La Corée du Nord continue son ouverture au tourisme
Épisode de Chronique des transports par RFI · 10 avril 2026 · 3 min
Ce jeudi 9 et vendredi 10 avril, le ministre chinois des Affaires étrangères s'est rendu en Corée du Nord et le mois dernier, la ligne Pékin-Pyongyang, fermée depuis six ans en raison de l'épidémie de Covid, a repris du service. Au-delà du symbole, c'est peut-être le signe d'une volonté de développer le transport de voyageurs et le tourisme. Faut-il y voir un changement dans l'une des dictatures les plus isolées de la planète ?
Les images sont inédites à la télévision nord-coréenne. Un train passe sur le célèbre pont de l’Amitié avec à son bord des employés et touristes chinois qui saluent les caméras, la dictature étant d’habitude plus disposée à montrer des chargements de chars et de missiles.
24 heures de train pour le Pékin-Pyongyang
La crise sanitaire de 2020 n’étant plus qu’un mauvais souvenir, les premiers voyageurs partis de Chine ont pu franchir le fleuve Yalu entre Dandong et Sinuiju, ville coréenne frontalière de la Chine. Le trajet dans son entier entre les deux capitales Pékin et Pyongyang dure 24 heures.
Alors pourquoi rouvrir cette ligne de train maintenant et surtout avec un tel affichage ? Les experts géopolitiques ont remarqué que depuis six ans, de nouvelles routes (souvent gigantesques, à huit voies) se sont construites en Corée du Nord, notamment près de la frontière entre la Corée du Nord et la Chine.
À l’heure actuelle, il y a seulement deux points de passage pour le transport de voyageurs entre les deux pays alors que la frontière commune mesure près de 1 416 km. Mais le transport de marchandises s’est particulièrement développé dans les années 1990 grâce à la mise en place d’une zone spéciale économique au nord-est de la Corée du Nord. Le commerce extérieur nord-coréen avec la Chine est estimé à 90 % des échanges (le reste essentiellement avec la Russie et l’Iran).
En Corée du Nord, ce sont les jeunes militaires qui participent à construire les infrastructures. Le service obligatoire dure 7 ans et consiste souvent à réparer ou construire de nouvelles routes. On comprend l’avantage d’avoir une main-d’œuvre moins chère.
À lire aussiCorée du Nord: visite du ministre chinois des Affaires étrangères, nouveau signe du rapprochement entre les deux pays
Le marathon de Pyongyang 2026 annulé
Mais aller jusqu’à penser qu’avec ces nouvelles routes, la Corée du Nord cherche à s’ouvrir au reste de la planète, c'est sans doute exagéré. « Depuis quelques années, la Corée du Nord cherche à se détacher de la Chine. Pyongyang s’est rapproché de la Russie pour lui fournir des équipements et des forces militaires. Ce commerce militaire (7 milliards de dollars en 2025) lui permet d’accumuler de la richesse dont elle manque (en raison des sanctions internationales de l’ONU dues aux armes nucléaires), analyse Arnaud Leveau, de l’université Paris-Dauphine. La Corée du Nord cherche donc à se rééquilibrer et la réouverture de ce train pour permettre le transport de voyageurs est le signe d’une volonté d’échange avec l’extérieur. Mais attention ! Je ne dirais pas que la Corée du Nord est prête à accueillir le monde entier ! Cette dictature reste obsédée par l’ordre et la surveillance. Le simple fait d’avoir annulé le marathon de Pyongyang cette année (programmé le 5 avril) en est la preuve. »
Les ferrys et l’ouverture vers la mer
L’ambition touristique de la Corée du Nord n’est peut-être pas si exagérée. Notamment en raison d’un autre transport qui s’est développé lui aussi, le transport par bateaux.
Les ports fluviaux et maritimes nord-coréens se sont agrandis. Aujourd’hui, ils offrent aux Chinois de Mandchourie (nord-est de la Chine) la possibilité d’aller rapidement à la mer.
L'ouverture touristique en préparation
La Corée du Nord serait-elle tentée par un développement touristique étape par étape ? Le développement rapide des voies ferrées, maritimes ou routières laisse présager que la Corée du Nord a opté pour cette option. C’est l’avis de Partick Maurin, chercheur à l’Inalco, l’Institut des langues orientales de Paris, qui se rend régulièrement en Corée du Nord : « Je connais le pont ferroviaire au-dessus du fleuve Yalu entre la Chine et la Corée du Nord. Les liaisons ont donc repris le 12 mars dernier. Et personnellement, je suis assez impressionné par la vitesse à laquelle se développent les infrastructures, estime le chercheur. Alors bien entendu, la Corée du Nord ne vise pas à devenir une puissance commerciale comme les États-Unis, mais elle veut se faire reconnaître aux yeux du monde. Les grandes villes aux frontières se sont modernisées. Tout est prêt pour accueillir les touristes des pays voisins dans les hôtels et pour leurs activités. La majorité des touristes sont Chinois. Ils vont skier ou bien se baigner à la mer (la Corée du Nord est bordée par deux mers : la mer du Japon à l’est, la mer Jaune à l’ouest). »
Les trains entre Pyongyang et Pékin ont repris dans des trains appelés trains internationaux. Mais pour le moment, seuls les étudiants et les travailleurs chinois en poste en Corée du Nord ont droit à un billet.
À lire aussiLa Chine prône une «coordination» renforcée avec la Corée du Nord sur les questions internationales
À lire aussiEn Corée du Nord, une station balnéaire touristique ouvre ses portes à Kalma
Autres épisodes de « Chronique des transports »
- Une bande dessinée pleine d'humour sur la chaîne d'approvisionnement 23 octobre 2026
- Certains pays interdisent aux personnes sourdes et malentendantes de conduire 16 octobre 2026
- Sandrine Zerbib: «Collaborer avec la Chine est le meilleur moyen de progresser» pour les industriels européens 9 octobre 2026
- L'Inde et sa stratégie de corridors 2 octobre 2026
- Sommet international sur l'espace: l'entreprise Atmos Space Cargo chargée du transport en orbite 25 septembre 2026
- Le train est une force diplomatique, selon Claude Leblanc, spécialiste du ferroviaire 18 septembre 2026
- La Chine va créer des usines de pneus en Égypte pour multiplier ses routes commerciales 11 septembre 2026
- Des rails aux bornes de recharge: les vols de cuivre perturbent les transports en Europe 4 septembre 2026
- Le Liban, nouvelles ambitions 24 juillet 2026
- Le «bleisure», l'avenir du voyage d'affaires 17 juillet 2026
- En Afrique, la vente de motos électriques explose depuis la guerre en Iran 3 juillet 2026
- Le livre des solutions pour ceux et celles qui ont peur de l'avion 19 juin 2026
- «Les ports africains ont tout à gagner avec l'intelligence artificielle» 12 juin 2026
- L'Afrique du Nord, nouvel eldorado de l'export grâce à ses investissements dans les transports 5 juin 2026
- L’hôtellerie aéroportuaire se réinvente et se tourne vers le marché européen 29 mai 2026
À propos du podcast
L’histoire nous le dira mais, sans la pandémie de coronavirus, aurait-on réalisé l’importance du transport international ? L’absence de déplacements et l’essor du commerce sur internet ne nous auront jamais autant concernés. Aujourd’hui, nos paquets sont déposés devant notre porte. Avant cette…
Épisodes similaires
- Radio et DAB+ : y aura-t-il un jour de la vidéo FM ? – Ça marque ! Le podcast qui décrypte les stratégies de communication digitale et les innovations du marketing éditorial
- Webinaire / découvrir les ETF avec Amundi : comprendre, choisir et investir – Webinaire
- Arrêt maladie, Indemnités limitées à un an : ces enjeux RH que les DRH doivent poser sur la table du CoDir dès maintenant – Capital Humain – Travail, ressources humaines et santé mentale
- [AZIMUT ENTREPRENDRE | 1/3] - 15 000 abonnés sans montrer son visage - Safia Hadidi – Donne le Rythme
- Bénédicte Henry, sa foi, <br>ses convictions et engagements – Les rencontres du père Jacques Thierry
- 1000 ads en une semaine : comment Flytex scale ses ads Meta avec l'IA – Le Rendez-vous E-commerce
Tous les épisodes de Chronique des transports · Plus de podcasts Business