Comment écrire un roman à la troisième personne
Épisode de Écrire et être Lu par Jérôme Vialleton · 15 novembre 2020 · 15 min
Écrire un roman à la troisième personne est l’option qui s’impose par défaut quand vient le choix du point de vue. Pour autant, ce n’est pas un choix qui se fait à l’aveugle.
Certes, il est plus courant, plus connu et donc plus « facile » que celui d’une narration à la première personne. Mais il a également ses contraintes, ses limites et ses subtilités. Vais-je vous conseiller d’écrire un roman à la troisième personne sans les connaître ? De vous lancer comme ça ? À l’aveugle, en vous disant « Mais oui ! Ça va le faire ! »
Ce serait mal me connaître
Dans cet article, je vous propose :
– une description complète des deux types de points de vue à la troisième personne,
– les avantages et inconvénients de chacun d’eux,
– les situations dans lesquelles vous devez choisir tel ou tel point de vue,
– la subtilité qui donne du rythme et de la profondeur à vos personnages quand vous écrivez à la troisième personne.
Le tout illustré par des extraits faits maison.
Partant ? Si vous me répondez non avec un programme pareil, je vous conseille de laisser tomber l’écriture et de vous mettre au macramé.
Image par Patricia Alexandre de Pixabay
Point de vue omniscient ou limité ?
Le choix d’écrire un roman à la troisième personne du singulier n’est que le premier d’une série de trois options que vous devrez prendre avant et pendant l’écriture de votre livre.
La deuxième de ces options à prendre avant le début de la phase d’écriture est celle du point de vue omniscient ou limité.
Pourquoi avant ? Parce que ce choix est final et ne devra pas être changé une fois fait. Que vous choisissiez l’un ou l’autre, vous serez uni pour toute la durée de votre travail pour le meilleur et pour le pire. Alors oui, il est toujours possible de divorcer et de revenir en arrière, mais cela signifie également reprendre tout ce que vous avez déjà écrit pour que ce soit cohérent.
Les divorces coûtent cher (on est nombreux à pouvoir en témoigner), alors réfléchissez bien avant de dire « oui ».
Le point de vue omniscient
L’auteur est omnipotent quelque soit sont point de vue, mais il n’est omniscient qu’avec la troisième personne.
Omniscient est à prendre au sens littéral : vous savez tout, sur tout et tout le monde. Cela signifie que votre connaissance de votre histoire ne connaît pas de frontière géographique, temporelle et émotionnelle.
Vous pouvez vous déplacer dans votre récit comme bon vous semble d’un endroit à un autre, d’une époque à une autre et d’un personnage à un autre. Personnages dont vous connaissez par cœur les pensées, rêves, souvenirs et désirs.
Exemple :
« Paul dansait presque devant la porte du bureau de Julie tant il passait rapidement d’un pied sur l’autre. Il voulait simplement l’inviter à dîner, mais il avait l’impression de se présenter à un examen. Il avait tout mûrement réfléchi : le choix du restaurant, les vêtements qu’il allait porter, le programme de la soirée, pour être sûr de correspondre à ce qu’il pensait être son genre d’homme idéal. Si seulement il avait su que Julie mourrait d’envie de se trouver un compagnon qui lui proposerait des soirées pizza à regarder le foot à la télé. Il se serait sûrement détendu un peu. »
Voilà typiquement ce que peut faire un point de vue à la 3eme personne omnisciente. C’est efficace, court et direct, car le narrateur est en mesure d’expliquer le malentendu qui oppose Paul et Julie de but en blanc.
Image par Zhivko Dimitrov de Pixabay
Le point de vue limité
Avec un point de vue limité, le narrateur est contraint à un seul angle. Il ne peut avoir accès qu’à la version de l’histoire de Paul ou celle de Julie à la fois.
Alors vous allez me dire « Mais quelle différence alors entre écrire un roman à la troisième personne limitée et à la première personne ? »
C’est une bonne question (et je vous remercie de l’avoir posée).
La différence tient dans la flexibilité, plus grande, du point de vue limité. Il vous sera plus facile de changer de points de vue, c’est-à-dire de passer d’un personnage à un autre, qu’avec la première personne du singulier. Tout ce que vous aurez à faire pour cela, c’est de sauter une ligne.
Les lecteurs savent qu’un saut de ligne peut introduire un changement majeur dans la narration d’une histoire à la troisième personne. Ce changement peut concerner l’emplacement géographique, la ligne temporelle et le point de vue d’un personnage. Pas de souci à ce niveau-là, donc.
En revanche, il convient de le mettre rapidement au parfum. Le changement que vous opérez devra être introduit très rapidement, dès la première phrase, pour que le lecteur ne se sente pas largué.
Exemple :
« Paul dansait presque devant la porte du bureau de Julie tant il passait rapidement d’un pied sur l’autre. Il voulait simplement l’inviter à dîner, mais il avait l’impression de se présenter à un examen. Il avait tout mûrement réfléchi : le choix du restaurant, les vêtements qu’il allait porter, le programme de la soirée, pour être sûr de correspondre à ce qu’il pensait être son genre d’homme idéal.
De son côté, Julie se désespérait en fixant le calendrier humoristique posé sur son bureau. Le Chat de Geluck semblait la narguer en lui rappelant l’imminence du prochain week-end et qu’elle n’avait, à nouveau, personne avec qui le passer. Elle allait à nouveau manger une pizza en solitaire devant la champion’s league et cette idée lui donnait le cafard. Le foot, ça se partage ! »
Oui, c’est plus long. C’est normal, le point de vue limité ne permet pas la présentation directe des événements comme l’omniscient, mais cela offre certains avantages…
Les avantages du narrateur limité
Au final, vous allez le voir, la grande différence entre le point de vue omniscient et le point de vue limité se résume à une question de distance entre le lecteur et le personnage.
En effet, écrire un roman à la troisième personne ne signifie pas pour autant éloigner drastiquement le lecteur du personnage. Il est possible de le garder impliqué dans son histoire et de l’aider à s’identifier à lui. C’est juste plus ou moins facile en fonction du point de vue choisi.
Avec le point de vue omniscient, c’est très compliqué, pour ne pas dire impossible. Le narrateur se baladant d’un personnage à un autre en permanence, il est très difficile pour le lecteur de s’attacher à eux. Il voit la scène d’un point en hauteur et éloigné. De ce fait, on est plus dans la présentation des événements (quelqu’un raconte l’histoire) que dans la représentation de ces événements (quelqu’un vit cette histoire).
Il n’y a pas d’identification possible, pas de partage d’émotion. Le lecteur est toujours réduit au statut de témoin, à l’extérieur de l’histoire.
La 3e personne limitée rallonge le temps (comme on l’a vu dans l’exemple précédent), mais elle raccourcit la distance entre le lecteur et le personnage. Le récit est plus long, mais le lecteur s’implique plus dans la vie du personnage.
Le point de vue limité ne peut pas nous montrer autant de choses en aussi peu de temps comme l’omniscient, mais la vision qu’il nous offre est plus proche et personnelle.
Image par Pezibear de Pixabay
Alors, écrire un roman à la troisième personne… ou pas ?
« Ben me vl’a beau, me direz-vous. Avant j’hésitais entre la troisième et la première personne, et maintenant j’ai encore plus de choix et plus de doute. Merci bien ! »
Pas de panique. Ne vous abonnez pas encore au blog mon-macrame.fr, on va détricoter tout ça pour que ce soit plus clair.
La chose à comprendre c’est qu’il n’y a pas un choix meilleur que les autres, mais un choix plus adapté que les autres en fonction de l’histoire que vous voulez écrire et de votre style d’écriture.
Présentation ou représentation ?
Nous l’avons déjà vu, la présentation met le narrateur en avant (celui qui raconte) alors que la représentation l’efface au profit du personnage (celui qui vit l’histoire).
Sachant cela, on sait que la narration à la première personne et le point de vue omniscient sont plus dans la présentation que dans la représentation.
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