#57 - Papa Parle avec Verino
Épisode de Papa Parle par Pierre-Yves Pajot Sourisseau · 31 juillet 2026 · 1 h 45 min
Vérino a sonné à la porte du studio. Le type qui lui ouvre lui demande ce qu’il fout là. Il répond qu’il a rendez-vous avec Pierre-Yves. « C’est qui, Pierre-Yves ? » « Papa Parle. » « Je vois pas du tout. »
Voilà. Bienvenue dans mon podcast.
Il est resté 1h44. Je n’ai quasiment rien coupé, et je vais te dire pourquoi : parce qu’à un moment, on a arrêté de faire une interview.
Je te mets ici les quatre trucs qui ne m’ont pas lâché depuis.
1. Il a arrêté de se raconter des histoires sur lui-même
Pendant des années, Vérino se pensait insomniaque. L’artiste torturé, l’inspiration qui vient à 3h du matin, le cerveau qui ne s’éteint jamais.
Puis il a eu un enfant.
Et il a compris qu’il n’était pas insomniaque du tout. Il avait juste trop de temps. À partir du moment où quelqu’un dort quand il veut et pas quand tu veux, tu prends tes dix minutes de pause pour t’endormir. Fin du mystère.
Le personnage n’a pas survécu à la paternité. Et honnêtement, tant mieux.
Je me suis demandé, en réécoutant, quelle histoire je me raconte encore sur moi. Le genre de truc auquel je tiens tellement que je ne l’ai jamais vérifié.
2. Il était jaloux de son fils. Et il l’a dit.
Ça, c’est le passage que je n’avais pas vu venir.
Il regarde son grand, 12 ans à l’époque. La Switch parce que papa joue à Mario. La PlayStation rachetée 50 balles au voisin. Les copains qui débarquent quand ils veulent, c’est open bar. Une assise financière qui fait qu’on ne s’inquiète pas. On part au ski. Et le gamin, en parallèle, un peu dilettante à l’école.
Et là, la phrase monte toute seule : « Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as. »
Sauf qu’il s’entend la dire. Et il réalise que c’est mot pour mot la phrase de ses propres parents.
Ce qu’il en tire est très simple et je n’y avais jamais pensé comme ça : on dit merci quand on reçoit un cadeau. Ton gosse, lui, ne reçoit pas un cadeau. Il vit sa vie. Il navigue dedans. Il n’a aucun point de comparaison, et ce n’est pas un défaut de caractère, c’est juste sa réalité.
La jalousie était là. Il ne l’a pas niée. Il l’a nommée, et ça a désamorcé le reproche.
Sa phrase, sur ce sujet, résume tout l’épisode : accepter que t’es un connard, dans le couple, sur scène ou en tant que père, ça t’apporte toujours quelque chose.
3. Le dragon
Chez lui, la colère a un nom. On dit aux enfants : « Faites gaffe, vous allez réveiller le dragon. » Ça se dit en rigolant. Et en même temps, tout le monde sait très bien ce que ça veut dire, et personne n’a envie de le voir arriver, ni les gosses, ni lui.
Il cite Dune : la peur tue l’esprit. Et il déroule : un enfant à qui tu cries dessus se fige. Il passe en mode survie. Plus rien ne se passe dans son cerveau. Il n’apprend pas, il n’évolue pas, il enregistre juste un réflexe.
Puis il raconte le soir où il a débordé. Son premier, trois mois, les dents, qui ne s’arrête pas de pleurer. Il le prend, il le pose dans son lit, il ferme la porte, il va s’asseoir sur son propre lit.
Et il dit : « Là, je ne vais pas pouvoir. »
C’est peut-être le moment le plus utile de l’épisode. Parce que la conclusion n’est pas « il faut savoir se contrôler ». Elle est plus honnête que ça : la bonne réaction, c’est d’identifier qu’on pourrait. Tu ne te mets pas au-dessus du risque. Tu te mets en sécurité, et tu mets tout le monde en sécurité avec toi.
4. Le droit d’être nul
Un copain à lui a demandé un jour à un humoriste américain comment il faisait pour sortir un spectacle par an. Réponse : il suffit d’accepter d’être une merde pendant six mois.
Vérino applique ça à sa vie de père, et c’est là que ça devient intéressant.
Vingt ans de scène, une soixantaine d’heures de stand-up écrites, et quand sa femme lui dit « là, tu te plantes », il ne se braque pas. Il a l’habitude. Tous les soirs, il sait que s’il prend le mauvais chemin, il n’offre pas la bonne expérience à la salle.
Alors il dit pardon à son grand. Il dit « je ne sais pas ». Il dit, quand il est au bout : « Là, franchement, je suis démuni. Faut que tu m’aides. On fait quoi ? »
Face à un ado de 15 ans, c’est probablement plus fort que n’importe quelle punition.
La phrase que je garde
En fin d’épisode, il lâche : « Je suis peut-être un mauvais papa, je sais pas. »
Ses fils, eux, lui disent qu’il est le meilleur papa du monde.
Et il répond : « Je suis le meilleur papa de TON monde. Il y a peut-être d’autres papas meilleurs avec leurs enfants. Mais pour toi, je suis le meilleur. »
Je trouve ça d’une justesse assez rare. Ça enlève la pression du classement, et ça garde tout l’amour. Tu n’as pas à être le meilleur père du monde. Tu as juste à être le sien.
Il y a beaucoup d’autres choses dans cet épisode que je n’ai pas mises ici : sa décision de ne jouer que trois soirs par semaine pour être à la maison le reste du temps, pourquoi il a quitté la télé, le cercle de couleurs sur le frigo pour les cycles de sa femme, pourquoi il refuse tous les partenariats depuis 2016, et le défi qu’il m’a mis dans les pattes en fin d’entretien et que je vais devoir tenir.
Et toi, il ressemble à quoi ton dragon ? Tu l’as reconnu à quel moment ?
Réponds directement à ce mail, je lis tout.
À dans deux semaines, Pierre-Yves
Papa Parle. Père par accident, papa par amour.---------------
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À propos du podcast
Bienvenue dans Papa Parle, je suis Pierre-Yves Pajot Sourisseau, je suis papa de 4 lardons, Devenir père c’est comme une deuxième naissance, tout nos acquis sont remis en question quotidiennement. Pour le pire comme pour le meilleur. Ça fait maintenant 10 ans que j’essaye de devenir un meilleur…
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