Comment un champignon a-t-il sauvé des millions de vies?

Épisode de Questions d'environnement par RFI · 29 octobre 2026 · 3 min

Les champignons sont bons pour la santé. Depuis un siècle et la découverte du premier antibiotique, la médecine explore leurs propriétés chimiques pour le traitement des infections, des greffes d'organe et sans doute demain des maladies psychiatriques.

C’est la saison des champignons dans l’hémisphère nord. C’est en automne, porté par l’humidité et des températures encore douces, que le « fruit » du champignon montre le plus souvent le bout de son nez, ou de son chapeau. Et s’il paraît vital d’éviter les champignons vénéneux, qui peuvent tuer (on compte plusieurs décès chaque année rien qu'en France), on conseille en revanche les champignons comestibles, un produit naturel qui ne peut faire que du bien. Certains champignons servent carrément à soigner, à guérir des maladies. Et en la matière, la première découverte de la médecine moderne, inattendue, a lieu en 1928.

Champignon antibiotique

C’est complètement par hasard (ce qu'on appelle la sérendipité) que le biologiste britannique Alexander Flemming découvre la pénicilline, le premier antibiotique. « Flemming était un homme à la fois génial et un petit peu négligeant, qui avait un laboratoire en fait assez mal tenu, raconte Paul de Vulpian, cofondateur de l'entreprise Villa Hélène spécialisée dans la mycothérapie, le soin par les champignons. En rentrant de vacances, il aperçoit une tâche vierge au milieu d’une plaque de culture de staphylocoques : quelque chose les empêche de se développer et il se rend compte que c'est une moisissure. Un champignon avait rendu le développement des staphylocoques impossible. » Depuis, les antibiotiques ont sauvé des centaines de millions de vies dans le monde.

Une simple moisissure, un simple champignon, peut tuer une bactérie, parce que les champignons sont de vraies usines à molécules chimiques. « On voit bien qu'un champignon est capable d'agir de manière extrêmement violente sur notre corps. Quand on prend le mauvais, un quart de chapeau suffit à nous abîmer le foie, les reins, le cœur, le cerveau, la digestion, etc. Cette même puissance chimique est capable d'agir pour notre bien », souligne Paul de Vulpian.

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Greffe d'organe

Les champignons ont aussi révolutionné le traitement des maladies cardiovasculaires ainsi que les greffes d'organes, quand on transplante un cœur, ou un foie. Jusque dans les années 1970, l'opération se soldait par un échec, jusqu'à la découverte d'un champignon. « Le système immunitaire du receveur refusait l'organe étranger, parce que le corps est fait pour ça, pour faire la différence entre ce qui est sien et ce qui est extérieur, rappelle Paul de Vulpian. Parallèlement, certains laboratoires demandaient de rapporter des échantillons de terre et de moisissures d'un peu partout dans le monde pour essayer de trouver un antibiotique plus puissant encore que la pénicilline. Et un jour, on a trouvé un autre champignon qui s'est avéré être un très mauvais antibiotique, mais qui avait un autre super-pouvoir : baisser de manière sélective l'immunité sans que la personne qui le prenne ne soit tuée par le moindre rhume. On a augmenté de manière considérable et radicale la durée de survie après greffe des gens ».

Champignons hallucinogènes

On n'en a pas fini avec les champignons puisqu’une nouvelle révolution s'annonce, celle des champignons hallucinogènes. On les connait surtout comme drogue récréative – et naturelle : ils poussent un peu partout dans les prés. Ils pourraient soigner des maladies psychiatriques, selon les premières études menées. « Une petite molécule qu'on appelle la psilocybine va agir de manière très puissante sur nos réseaux neuronaux et va aider les patients qui ont des maladies liées au cerveau qui se coincent dans des processus répétitifs, explique Paul de Vulpian. La capacité de ce champignon à recréer la carte neuronale est extrêmement intéressante. On découvre qu'en une prise on peut avoir des résultats déjà excellents sur des maladies aussi chroniques que l'alcoolisme, la dépression ou le stress post-traumatique. » Une douzaine de champignons seulement sont actuellement utilisés en médecine, alors qu'il y aurait sur terre 1,5 million d'espèces de champignons. Le champ des possibles est immense.

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