10 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices tragiques (1)

Épisode de Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge par Collège de France · 30 avril 2025 · 59 min

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2024-2025

La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante

10 - Sacrifices tragiques (1)

Résumé

Dans le cadre de l'exploration du matériau poétique grec pour étudier la part des dieux en contexte sacrificiel, la tragédie est une pièce de choix. En effet, l'association entre tragédie et sacrifice est l'une des plus historiographiquement chargées qui soient, pour deux raisons au moins. Tout d'abord, la question des origines du sacrifice, qui a hanté la recherche sur le rituel depuis le milieu du XIXe siècle, a puisé à la tragédie grecque une partie de ses arguments. Puisque le mot tragédie signifie en grec « le chant du bouc », le genre tout entier a pu être articulé au cadre rituel de la mise à mort d'un animal. Ensuite, la perversion et le détournement des sacrifices tragiques qui conduit à mettre des humains à mort ont nourri l'intérêt, voire la fascination, des chercheurs modernes pour le sacrifice humain. S'il est bien une perversion de l'offrande sacrificielle, c'est celle-là, dont la présente leçon se saisit.

La mise à mort rituelle d'Iphigénie, rappelée par le chœur de l'Agamemnon d'Eschyle, est l'exemple le plus célèbre de ce que nous avons pris l'habitude d'appeler un sacrifice humain. Au supplice d'Iphigénie requis par Artémis vient s'ajouter celui de Polyxène, réclamée par l'ombre d'Achille, dans l'Hécube d'Euripide. Ce ne sont pas les seules figures tragiques à s'inscrire dans un tel cadre, mais il faut reconnaître qu'elles sont paradigmatiques dans toute la tradition grecque elle-même, et dans l'historiographie ensuite. La pertinence de les considérer comme des « sacrifices humains » est analysée. Quant à la jeune fille anonyme mise à mort dans les Héraclides d'Euripide et le fils de Créon, Ménécée, qui se suicide dans les Phéniciennes, leur sort est scellé par d'antiques prophéties qui font respectivement de Perséphone et de la Terre les destinataires de leur sang pour sauver Athènes, dans le premier cas, et Thèbes, dans le second. Le lexique de ces différentes mises à mort, plus ou moins ritualisées selon les contextes, est analysé.

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À propos du podcast

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