Roule galette #26 - NEU! 75 ( 1975, Brain)

Épisode de Roule Galette par Saravadio · 27 mars 2026 · 46 min

Au début des années 70, l’Allemagne de l’Ouest voit apparaître une scène musicale très particulière que la presse britannique appellera plus tard le krautrock. Ce terme est d’ailleurs plutôt réducteur, parce que les groupes concernés n’avaient pas forcément l’impression de faire partie d’un même mouvement. Mais ils partageaient une idée : rompre avec le rock anglo-américain traditionnel, avec ses structures blues, ses formats classiques, et inventer une musique plus libre, plus expérimentale, plus ancrée dans le présent.

Parmi ces groupes, on trouve par exemple Can, Faust, Cluster, ou encore Amon Düül II. Mais l’un des projets les plus radicaux et les plus influents reste Neu!.

Neu! est fondé en 1971 à Düsseldorf par deux musiciens : Klaus Dinger et Michael Rother. Tous les deux ont brièvement fait partie de Kraftwerk à ses débuts. À l’époque, Kraftwerk n’est pas encore le groupe électronique que l’on connaît aujourd’hui ; c’est plutôt un laboratoire sonore où se rencontrent rock expérimental, improvisation et musique contemporaine.

Dinger et Rother quittent rapidement Kraftwerk pour développer leur propre vision. Leur idée est assez simple mais très radicale : créer une musique basée sur la répétition, sur le mouvement continu, presque comme une route qui défile sans fin. Klaus Dinger développe alors ce qui deviendra l’un des éléments les plus célèbres du groupe : le rythme motorik. C’est un battement très régulier, très droit, souvent joué à tempo moyen, qui donne une sensation d’élan permanent. Ce n’est ni vraiment du rock, ni vraiment de l’électronique, mais une sorte de pulsation mécanique et hypnotique.

Après leur premier album en 1972, Neu! enregistre très rapidement un second disque : Neu! 2, qui sort en 1973. Ce deuxième album est devenu presque aussi célèbre que le premier, mais pour une raison assez particulière.

La moitié du disque contient de nouveaux morceaux dans la continuité du style du groupe : longues pièces répétitives, guitares planantes de Michael Rother, et le fameux rythme motorik de Klaus Dinger. Mais le groupe se retrouve alors face à un problème très concret : les nouvelles idées ne viennent pas immédiatement , le budget du label est épuisé et ils n’ont plus assez d’argent pour enregistrer de nouveaux titres pour la seconde face.

Plutôt que d’abandonner le projet, ils prennent une décision assez radicale : remplir la face B en manipulant les morceaux de la face A. Ils passent certains titres en vitesse accélérée, d’autres au ralenti, certains sont passés à l’envers ou transformés par le montage. À l’époque, ce genre d’idée est assez inédit dans le rock. Ce qui était au départ une contrainte financière devient finalement une expérimentation sonore très audacieuse.

Mais après ce disque, la situation devient compliquée pour le groupe. Les ventes restent modestes et les tensions artistiques entre Dinger et Rother commencent à apparaître.Ils tentent une tournée en incluant Moebius et rodelius de cluster mais ça ne fonctionne pas .  Les deux musiciens prennent alors des chemins un peu différents. Michael Rother se consacre à son autre projet, Harmonia, qu’il forme avec Cluster, et commence aussi à travailler sur sa carrière solo. De son côté, Klaus Dinger développe des idées plus directes, plus énergiques, qui annoncent déjà l’esthétique qu’il explorera plus tard avec son groupe La Düsseldorf.

Pendant presque deux ans, Neu! reste donc en sommeil. Ce n’est qu’en 1975 que les deux musiciens se retrouvent pour enregistrer ce qui deviendra leur troisième album, Neu! '75.

Et cette période de séparation se ressent clairement dans le disque. Plus que les précédents, il donne l’impression de rassembler deux visions musicales différentes.

La première moitié de l’album correspond plutôt à l’univers de Michael Rother : une musique atmosphérique, planante, presque contemplative, où les guitares se déploient lentement sur des rythmes souples. C’est une musique très ouverte, presque cinématographique, qui influencera beaucoup de musiques ambient et post-rock des décennies suivantes.

La seconde moitié de l’album est beaucoup plus brutale et directe. Là, on entend surtout l’influence de Klaus Dinger. Les morceaux deviennent plus nerveux, plus électriques, presque agressifs. Le titre “Hero”, par exemple, est souvent considéré comme une sorte de préfiguration du punk, deux ans avant l’explosion du mouvement en Angleterre.

Cette opposition entre les deux faces du disque donne à Neu! ’75 un caractère très particulier : c’est à la fois un album contemplatif et un album presque proto-punk. Deux visions différentes de ce que peut être le rock expérimental des années 70.

Même si Neu! n’a jamais connu un grand succès commercial, leur influence est immense. Leur manière d’utiliser la répétition et la pulsation a marqué des artistes très différents : David Bowie et Brian Eno pendant la période berlinoise, mais aussi plus tard des groupes comme Stereolab, Sonic Youth ou toute une partie de la scène indie et électronique.

Aujourd’hui, Neu! ’75 reste l’un des disques essentiels pour comprendre comment, au milieu des années 70, certains musiciens européens ont commencé à imaginer une autre façon de faire du rock : moins centrée sur la virtuosité, plus basée sur le rythme, la texture et l’hypnose sonore.

Nous allons démarré cette semaine , non pas avec ISI , qui ouvre l’album , mais par  le premier morceau de Neu ! que j’ai entendu : seeland . C’était chez un chez un disquaire Londonien , le fameux Selectadisc, remplacé depuis par Sister Ray  , dans Berwick street à Londres, et immortalisé sur la pochette du deuxième album d’Oasis , what’s the story morning glory .

C’était lors d’une de  ces journées marathon à Londres .  Lever 5 heures pour rejoindre le port de calais , prise d’un billet piéton à l’arrache pour 5 francs .traversée maritime où l’on ne pouvait s’empécher de faire une référence à la croisière s’amuse .

Arrivée à la gare de Douvres pour prendre un fameux English breakfast en attendant le train qui nous amenait à Londres . Une fois sur place, achat de la one Day travel card , puis le circuit commençait , principalement autour de Berwick  et Oxford street, même si on aimait bien démarrer à Marble arch , car ça me rappelait une chanson de Blueboy , que j’adorais . Selectadisc n’était pas forcément le disquaire où l’on passait le plus de temps , on cherchait plus les disques de secondes mains , type Mister  CD , bien plus intéressants financièrement , le marché de la seconde main étant nettement plus important en Angleterre qu’en France . Chez Selectadisc , c’était plus pour combler la liste de disques neufs que l’on avait remplie en feuilletant Magic, les Inrocks , l’indic … ou le NME acheté à Douvres . On regardait assez peu les disques autres  , freiné par notre budget déjà bien trop conséquent au regard de notre salaire . Mais comme ces disquaires étaient nettement mieux rangés que les capharnaüm de master cd , on y restait quand. Même un peu histoire de  se reposer mentalement … Je me souviens notamment avoir découvert là -bas l’album de radar Bros sur lequel on reviendra un de  ces jours  dans roule galette . Mais revenons , à ce NEU !  75 . Je regarde les bacs, quand ma tête se laisse emportée par ce SEELAND , douceur hypnotique  suffisamment marquante  pour que je calme un peu ma frénésie de recherches dans les bacs à cd ( oui  , nous étions vers 1996 ou 97  et le vinyle n’était pas redevenu la nouvelle poule aux oeufs d’or de l’industrie musicale) . Je garde ça en tête ,en me disant que je demanderais bien ce qui passe en ce moment au vendeur , mais partagé entre timidité et faiblesse linguistique,  je préfère attendre un peu .

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