#57 Nicolas Laugero Lasserre, Fédérateur

Épisode de TOKIO RADIO par Boris Pierre · 13 octobre 2026 · 1 h 05 min

Directeur de l’ICART, première école de la culture en France, collectionneur, commissaire d’exposition et entrepreneur culturel, Nicolas Laugero Lasserre construit des lieux, des projets et des rencontres autour de l’art.

Lorsqu’il arrive à Paris, son histoire avec l’art n’est pourtant pas écrite. Il s’inscrit aux Cours Florent avec l’envie de devenir comédien et s’installe à la Butte-aux-Cailles. C’est là, dans la rue, qu’il découvre l’art urbain.

Il achète sa première œuvre, un pochoir de Miss.Tic lors d’une vente caritative. Le geste pourrait sembler anecdotique. Il marque en réalité le début d’une collection qui compte aujourd’hui plus de 1 000 œuvres et d’un engagement qui ne le quittera plus.

À la même époque, Nicolas cherche du travail en répondant aux petites annonces. Il entre à l’Espace Pierre Cardin, dont il prendra ensuite la direction.

C’est là qu’il apprend son métier, au contact des artistes, du public et de tout ce qui permet à un projet culturel d’exister. La programmation, la production, la gestion d’un lieu, les représentations de Rome à Pékin. Il découvre surtout que la culture se fabrique.

Cette idée va traverser tout son parcours.

En parallèle, il fonde Artistik Rezo. D’abord média culturel, le projet devient un club, puis une galerie. Nicolas ne se contente déjà plus de parler des artistes. Il cherche à créer les endroits où ils peuvent être vus, rencontrés, accompagnés.

Cette volonté de relier la culture au réel se retrouve lorsqu’il prend la direction de l’ICART, école consacrée au management culturel et au marché de l’art. Il développe de nouveaux campus et multiplie les passerelles entre les étudiants et les projets culturels.

Puis il fait entrer sa propre collection dans un lieu inattendu. Près de 150 œuvres de 50 artistes prennent place dans l’école 42 créée par Xavier Niel. Banksy, Zevs, Jef Aérosol et d’autres investissent 4 000 m² de couloirs, d’escaliers et d’espaces de travail. ART42 est né. Sa collection cesse d’être seulement personnelle. Elle devient un lieu de découverte ouvert gratuitement au public.

Nicolas se tourne ensuite vers la Seine.

Avec Géraud Boursin et ses partenaires, il crée Fluctuart au pied du pont des Invalides, un centre d’art urbain flottant où se croisent expositions, librairie, événements, restauration et vie quotidienne. Là encore, l’accès aux expositions est gratuit.

Fluctuart ouvre la voie à d’autres lieux. Quai de la Photo est consacré à la photographie contemporaine. Son de la Terre fait vivre le jazz et les musiques du monde. Le Marcounet accueille une scène musicale au pied de l’île Saint-Louis. NANNA, installée au pied de Notre-Dame, ouvre un nouveau chapitre autour de la littérature.

La Seine devient progressivement un territoire culturel à part entière dans son parcours. Des centaines de milliers de personnes fréquentent chaque année ces lieux flottants.

La même envie se retrouve dans son travail de commissaire d’exposition. Avec Capitale(s) à l’Hôtel de Ville de Paris, il participe à faire entrer l’art urbain au cœur d’une institution parisienne. Avec le Tunnel des Tuileries, il emprunte le chemin inverse et installe l’art directement dans la ville. Cet ancien tunnel routier devient un parcours artistique de près de 850 mètres. Dix artistes français et internationaux investissent ses murs avec des fresques monumentales. Le public traverse gratuitement les œuvres en marchant ou à vélo. Le lieu de passage devient lieu d’exposition.

Nicolas a participé à l’organisation de plus d’une centaine d’expositions. Il a également coécrit un Que sais-je ? consacré à l’art urbain et a été nommé chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Son parcours raconte aussi une histoire plus large. Celle d’un art urbain passé de la rue aux galeries, des murs aux grandes collections et aux institutions. Nicolas, lui, s’y est intéressé bien avant sa reconnaissance institutionnelle. Sa première acquisition remonte à une époque où son marché était encore embryonnaire.

Depuis, il collectionne les œuvres autant qu’il construit les endroits où elles peuvent vivre, circuler et rencontrer leur public.

Dans TOKIO, nous parlons d’art, bien sûr, mais aussi de désir, d’engagement, d’entrepreneuriat, de transmission et de cette énergie qui pousse certains à transformer leurs convictions et leurs passions en projets.

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