UE-Chine: l’Europe durcit le ton pour rééquilibrer une relation commerciale déficitaire

Épisode de Aujourd'hui l'économie par RFI · 8 octobre 2026 · 3 min

Face à l’ampleur de son déficit commercial avec la Chine, l’Union européenne durcit le ton. Le commissaire européen au Commerce est à Pékin pour tenter de rééquilibrer les échanges, alors que les Européens s’inquiètent désormais de l’impact des produits chinois sur leur industrie. Mais Bruxelles veut éviter une escalade commerciale avec Pékin.

Les Européens haussent le ton face à la Chine, mais veulent encore éviter la guerre commerciale. Le commissaire européen au Commerce est à Pékin pour deux jours afin de discuter avec son homologue chinois. L’objectif de ce déplacement est clair : tenter de rééquilibrer une relation commerciale très largement déficitaire pour l’Europe. L’an passé, le déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine était d’environ 360 milliards d’euros. Et ce n’est plus seulement un problème comptable. C’est désormais un problème industriel. Les Européens ont vu arriver sur leur marché des produits chinois de plus en plus compétitifs : batteries, équipements électriques, automobiles, produits chimiques ou encore panneaux solaires. De nombreux secteurs sont concernés. Bruxelles accuse notamment Pékin de soutenir massivement ses industriels, ce qui leur permettrait de produire à très grande échelle et à des coûts très bas. Pour les Européens, l’enjeu est donc de préserver leur industrie tout en continuant à commercer avec la Chine.

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Le marché européen, principal atout de Bruxelles face à Pékin

Si l’Union européenne envoie son commissaire au Commerce à Pékin, c’est aussi parce qu’elle n’est pas démunie face à la puissance chinoise. Son principal atout reste son marché intérieur. Le marché unique représente des centaines de millions de consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat important. Pour les industriels chinois, accéder à ce marché est donc particulièrement précieux, d’autant que la demande intérieure chinoise reste fragile et que Pékin cherche justement à soutenir ses exportations. L’Europe dispose par ailleurs déjà de droits de douane et d’outils de défense commerciale. Bruxelles a notamment imposé des droits supplémentaires sur les voitures électriques chinoises.

La France et l’Allemagne veulent désormais aller plus loin. Les deux pays demandent la mise en place d’un mécanisme permettant de restreindre plus rapidement l’accès au marché européen lorsqu’un pays pratique, selon eux, une concurrence déloyale ou utilise massivement les subventions publiques. Paris et Berlin considèrent notamment que la Chine est concernée et souhaitent que la Commission européenne puisse réagir rapidement. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’Union européenne négocie en position de force.

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Terres rares : la Chine dispose elle aussi de puissants leviers

La Chine contrôle en effet une partie importante des chaînes de valeur mondiales, notamment pour certaines matières premières et certains composants stratégiques. Les terres rares en sont l’un des meilleurs exemples : l’industrie européenne dépend encore largement de la Chine pour ses approvisionnements. Le contrôle des exportations vers l’Europe constitue donc l’un des principaux leviers dont dispose Pékin. La Chine peut également riposter à d’éventuelles mesures européennes en visant certains produits européens, comme elle l’a déjà fait par le passé avec le cognac français. Le rapport de force est donc paradoxal. La Chine dispose d’un avantage en amont des chaînes de production, tandis que l’Europe conserve un avantage en aval, grâce à son marché intérieur. Les deux parties ont parfaitement conscience de cette situation. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles cherchent à négocier. Si Pékin accepte de limiter les exportations de certains produits vers l’Europe, Bruxelles pourrait considérer que le dialogue fonctionne et, en retour, être prête à lâcher du lest.

Car la Chine produit énormément, mais elle a besoin de débouchés. Pour Pékin, mieux vaut donc trouver un compromis et exporter un peu moins que risquer de ne plus pouvoir exporter du tout vers certains marchés. D’autant que les tensions commerciales avec les États-Unis compliquent déjà les exportations chinoises. C’est précisément pour cela que la France et l’Allemagne souhaitent un rapport de force européen plus assumé. L’Union européenne peut profiter de cette situation pour défendre ses intérêts, mais comme toujours dans une négociation commerciale, durcir le ton est une chose : il faut aussi éviter de brusquer son interlocuteur au risque de provoquer une escalade que les deux parties cherchent justement à éviter.

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