En France, l’intelligence artificielle menace déjà l’emploi des plus jeunes

Épisode de Aujourd'hui l'économie par RFI · 13 octobre 2026 · 4 min

Pour la première fois, une étude menée par les chercheurs de l’école de commerce HEC et la Banque de France pointe une baisse des embauches chez les jeunes dans les métiers les plus exposés à l'intelligence artificielle.

C'est une étude dont les conclusions ne devraient pas surprendre certains recruteurs. Selon les chercheurs de l'école de commerce HEC, les entreprises françaises semblent bel et bien freiner les embauches dans les métiers où les tâches peuvent être effectuées par l’intelligence artificielle. Pour mener à bien leur étude, les chercheurs ont créé un indice d’exposition des métiers à l’IA qu’ils ont ensuite rapproché avec les données sur les créations de postes et les fins de contrat entre janvier 2019 et mars 2026.

Un recul important des embauches en grande partie chez les plus jeunes

L'analyse des résultats par groupe d’âge montre un recul des embauches particulièrement marqué chez les 21-29 ans. En mars 2026, les embauches en CDI dans les 20% de métiers les plus exposés à l’IA ont baissé de 28% par rapport à novembre 2022, date du lancement de ChatGPT pour le grand public. En comparaison, pour les métiers considérés comme les moins exposés à l'IA, le recul des embauches n'est que de 8%.

Cet écart entre les deux trajectoires, entre les métiers exposés ou non à l’IA, se réduit chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, puis il devient presque inexistant pour les salariés de 50 ans et plus. En résumé, l’expérience d’un salarié fait l’effet d’une sorte de bouclier anti-IA.

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Une baisse des embauches qui ne se reflète pas dans les chiffres du chômage global

La baisse des embauches en CDI des 21–29 ans est aujourd'hui en partie compensée par le fait que les licenciements et ruptures de contrats sont moins nombreux. Les entreprises ne suppriment pas davantage de postes dans l’absolu mais elles réduisent la part des embauches des plus jeunes. Le marché du travail est en quelque sorte gelé. Les employeurs sont prudents face à cette technologie qu'ils maîtrisent encore mal et puis il y a le poids de la conjoncture économique globale et des jeunes qui ont plus tendance à conserver leurs postes.

Mais ce n’est probablement qu’une étape transitoire. L’an dernier déjà, une étude majeure de l’université de Stanford, aux États-Unis, avait mis en lumière une baisse effective de 13% dans l'emploi des plus jeunes dans les métiers exposés.

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Les auteurs de l’étude mettent en garde les employeurs

Les auteurs de l'étude alertent par ailleurs les entreprises : l'automatisation des tâches qui incombaient auparavant aux salariés les plus jeunes pourrait réduire la production à long terme, car les postes de début de carrière sont, aussi, ceux où se forment, par la pratique, les compétences des professionnels expérimentés de demain. Par ricochet, il pourrait également y avoir une raréfaction des profils expérimentés sur ces tâches.

Cette étude vient en tout cas nourrir une angoisse réelle chez les étudiants, d'ores et déjà lucides sur les risques de l'IA vis-à-vis de l'emploi. Selon le dernier baromètre Talents conçu par l’école de management Skema, près de trois étudiants sur quatre (74%) perçoivent l'IA générative comme « une menace » sur les postes de début de carrière. De quoi nourrir l’inquiétude et la colère des lycéens qui manifestent dans les rues en France.

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