Automobile: les marques occidentales peuvent-elles encore s'imposer en Chine?

Épisode de Aujourd'hui l'économie par RFI · 29 octobre 2026 · 3 min

Le patron de Volvo estime que les voitures de marques occidentales sont vouées à disparaître du marché chinois dans les prochaines années. Après une chute de 40 % de ses livraisons en Chine au troisième trimestre 2026, le constructeur suédois illustre les difficultés des groupes historiques face à des concurrents locaux plus rapides et plus compétitifs. Mais derrière cette crise se cache aussi un autre problème : la surcapacité de production de l'industrie automobile chinoise.

Le constat du patron de Volvo est sans appel. Le modèle qui consistait à concevoir des voitures en Europe pour les vendre à prix élevé en Chine arrive en bout de course. Le constructeur suédois, qui appartient au groupe chinois Geely depuis 2010, peine lui-même à s'imposer sur ce marché. Son dirigeant reconnaît avoir sous-estimé la vitesse à laquelle l'industrie automobile chinoise s'est transformée. Les constructeurs locaux proposent désormais des voitures électriques moins chères, mais aussi des véhicules dotés de technologies numériques avancées. Écrans, commandes vocales et logiciels adaptés aux attentes des consommateurs chinois sont devenus des arguments commerciaux majeurs.

À l'inverse, les marques européennes ont longtemps privilégié des modèles internationaux, conçus pour plusieurs marchés et développés selon des cycles plus longs. Cette stratégie les pénalise face à des concurrents capables d'innover plus rapidement et de réduire leurs prix. Les conséquences sont déjà visibles. Volvo prévoit 2 500 suppressions de postes supplémentaires. Volkswagen et BMW annoncent eux aussi des restructurations. Le groupe allemand, qui a longtemps dominé le marché chinois, a déjà fermé plusieurs usines dans le pays et cherche à réduire ses ventes. Il doit désormais adapter ses véhicules aux goûts des consommateurs locaux, notamment en matière de technologies embarquées.

À lire aussi - Aujourd'hui l'économieAutomobile: la stratégie chinoise qui bouleverse le marché mondial du thermique

L'industrie automobile chinoise confrontée à une surcapacité de production

Les constructeurs chinois ne sont pourtant pas épargnés par les difficultés. Après des années de soutien public et d'investissements massifs, l'industrie automobile du pays souffre d'un excès de capacités de production par rapport à la demande. Selon une enquête du Wall Street Journal, les capacités de production chinoises atteindraient 63 millions de véhicules par an. C'est plus de trois fois les besoins du marché intérieur attendus en 2026. Cette situation s'explique notamment par la multiplication des constructeurs et des usines, encouragée par les investissements et le soutien des autorités locales. Mais la demande ne progresse pas au même rythme que l'offre. Une fois leur voiture achetée, les consommateurs ne la remplacent pas immédiatement, ce qui limite les débouchés sur le marché intérieur.

Pour écouler leur production, les constructeurs chinois sont donc contraints de se livrer à une guerre des prix. Cette stratégie leur permet de tenter de conquérir de nouveaux clients, mais elle fragilise aussi leurs marges. Elle accentue par ailleurs la pression sur les marques occidentales, qui ne peuvent pas toujours rivaliser avec les coûts de production et la vitesse d'innovation de leurs concurrents locaux.

À lire aussi - Aujourd'hui l'économieLes alliances entre constructeurs automobiles occidentaux et chinois s’accélèrent

Quel avenir pour les marques occidentales sur le marché chinois ?

Face à cette concurrence, les constructeurs occidentaux doivent revoir leur stratégie. Il ne suffit plus de concevoir des voitures en Europe et de les commercialiser en Chine en s'appuyant sur la réputation historique des marques. Ils doivent désormais développer des modèles plus adaptés aux attentes des consommateurs locaux, accélérer leurs cycles d'innovation et proposer des véhicules compétitifs, sans sacrifier leur rentabilité. Volkswagen illustre cette transformation. Le groupe allemand, qui a longtemps figuré parmi les acteurs dominants du marché chinois, doit repenser son offre pour répondre à la demande locale, notamment en matière de technologies embarquées. Volvo entend également s'appuyer davantage sur les technologies et les plateformes de sa maison mère, Geely.

Les craintes exprimées par le patron de Volvo doivent donc être prises au sérieux, même si la disparition des marques occidentales en Chine n'est pas inéluctable. Leur avenir dépendra de leur capacité à s'adapter à un marché dont elles ne dictent plus les règles. Ce qui se joue en Chine, ce n'est pas nécessairement la fin des constructeurs occidentaux, mais celle d'un modèle industriel qui leur a longtemps permis d'y prospérer.

Autres épisodes de « Aujourd'hui l'économie »

À propos du podcast

Aujourd'hui l'économie, présenté par Stéphane Geneste, vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique, du lundi au vendredi à 06h16 TU, toutes cibles.

Aujourd'hui l'économie

Épisodes similaires

Tous les épisodes de Aujourd'hui l'économie · Plus de podcasts Business