1978 : Aldo Moro, l’enlèvement qui a fait trembler l’Italie
Épisode de Autrement l'Histoire par Tim Girard · 1 février 2026 · 1 h 00 min
En 1978, l’Italie traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Attentats, assassinats politiques et violences idéologiques rythment le quotidien de ce pays plongé dans ce que l’on appelle les « années de plomb ». Dans ce climat de peur et de tension extrême, Aldo Moro occupe une place centrale. Dirigeant majeur de la Démocratie chrétienne, ancien président du Conseil, juriste respecté et catholique convaincu, il est l’un des architectes du « compromis historique », un projet inédit visant à intégrer le Parti communiste italien au jeu gouvernemental afin de stabiliser une démocratie menacée de dislocation.
Le 16 mars 1978, jour décisif où le Parlement doit voter la confiance à un gouvernement soutenu pour la première fois par les communistes, Aldo Moro quitte son domicile romain sous escorte. À 9h05, via Mario Fani, le convoi est pris dans une embuscade d’une efficacité redoutable. En quelques dizaines de secondes, cinq hommes chargés de sa protection sont abattus. Moro est extrait vivant de la voiture et emmené par un commando des Brigades rouges, organisation terroriste d’extrême gauche qui revendique aussitôt l’opération.
Commencent alors cinquante-cinq jours de captivité. Moro est enfermé dans un appartement ordinaire de Rome, dans une pièce minuscule baptisée par ses ravisseurs « prison du peuple ». Il est soumis à un simulacre de procès idéologique et interrogé sur les responsabilités de l’État, la corruption et les équilibres du pouvoir. Mais surtout, il écrit. Des dizaines de lettres, adressées à sa famille, aux dirigeants politiques, au pape. Il y supplie l’État de négocier, affirmant qu’aucune raison d’État ne peut justifier le sacrifice d’une vie humaine. Ses mots sont lucides, parfois désespérés, souvent accusateurs.
À l’extérieur, l’Italie se déchire. Le gouvernement adopte une position de fermeté absolue : aucune négociation avec les terroristes. Cette ligne est soutenue par la Démocratie chrétienne et le Parti communiste, soucieux de démontrer sa loyauté institutionnelle. D’autres voix, minoritaires, appellent à sauver Moro à tout prix. L’opinion publique oscille entre peur, colère et impuissance. Les lettres de Moro, rendues publiques, provoquent malaise et controverses : pour certains dirigeants, elles ne reflètent plus sa volonté libre, mais une parole brisée par la captivité.
Au sein même des Brigades rouges, le doute s’installe. Une partie du commando souhaite négocier un échange de prisonniers, tandis qu’une autre estime que l’exécution est nécessaire pour frapper l’État au cœur. Finalement, la décision de tuer Moro est prise.
Le 9 mai 1978, son corps est retrouvé dans le coffre d’une voiture garée via Caetani, à égale distance des sièges de la Démocratie chrétienne et du Parti communiste. Le choix du lieu est lourd de sens : le compromis historique est symboliquement assassiné avec lui. L’Italie est sous le choc. Les funérailles se déroulent dans la douleur, la famille refusant toute cérémonie officielle, accusant l’État d’avoir abandonné Moro.
Sa mort marque un tournant. Le compromis historique s’effondre, la répression antiterroriste s’intensifie et les Brigades rouges entrent dans un lent déclin. Pourtant, des zones d’ombre subsistent : failles de sécurité, refus de négocier, possibles influences internationales. Des décennies plus tard, une question demeure : Aldo Moro est-il mort uniquement sous les balles de ses ravisseurs, ou aussi d’un choix politique qui a accepté qu’il ne soit pas sauvé ?
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À propos du podcast
Derrière les grandes dates de l’histoire, il y a des erreurs, des peurs et des décisions irréversibles. Chaque sujet plonge au cœur d’un moment fort du passé : une bataille, une révolution, une catastrophe, un crime, une croyance, un effondrement. L’objectif n’est pas d’apprendre des dates par…
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