Pourquoi le Japon vient-il d'inventer le terme “kokusho-bi” ?
Épisode de Choses à Savoir PLANETE par Choses à Savoir · 1 mai 2026 · 2 min
Au Japon, les mots ne sont jamais neutres. Ils portent une nuance, une perception, presque une manière de ressentir le monde. C’est dans cet esprit qu’est née une nouvelle expression : “kokusho-bi”, que l’on peut traduire par “journée de chaleur extrême”. Derrière ce terme, il y a bien plus qu’un simple ajustement linguistique : une réponse directe à une réalité climatique qui s’intensifie.
L’été dernier, le Japon a connu des températures records, avec des épisodes de chaleur prolongés et parfois dangereux. Certaines villes ont dépassé les 40 degrés, tandis que les nuits restaient étouffantes, empêchant le corps de récupérer. Face à cette situation, les autorités ont pris conscience d’un problème inattendu : le vocabulaire existant ne suffisait plus à alerter efficacement la population.
Jusqu’ici, le Japon utilisait déjà plusieurs termes pour qualifier la chaleur, notamment “mōsho-bi”, qui désigne une journée dépassant les 35 °C. Mais ce mot, entré dans le langage courant, avait fini par perdre de son impact. À force d’être entendu chaque été, il ne provoquait plus la même vigilance. Or, dans un pays où la communication des risques repose beaucoup sur la précision des mots, cette banalisation devenait problématique.
C’est pourquoi les autorités japonaises ont décidé d’introduire “kokusho-bi”, un terme plus fort, plus évocateur, pour signaler des conditions particulièrement dangereuses. Fait intéressant : cette évolution n’a pas été imposée de manière verticale. Une consultation publique a été organisée, afin de recueillir les perceptions et les attentes des citoyens. L’objectif était clair : trouver un mot capable de provoquer une réaction, presque un réflexe de protection.
Car les enjeux sont considérables. Le Japon est une société vieillissante, et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables aux coups de chaleur. Chaque été, des milliers d’hospitalisations sont recensées. Dans ce contexte, un mot peut littéralement sauver des vies — s’il incite à rester chez soi, à s’hydrater, à allumer la climatisation ou à surveiller ses proches.
Ce choix illustre une idée plus large : face au changement climatique, il ne suffit pas d’adapter les infrastructures ou les politiques publiques. Il faut aussi adapter le langage. Nommer un phénomène, c’est le rendre visible, lui donner du poids, et parfois déclencher une prise de conscience.
En somme, “kokusho-bi” n’est pas qu’un mot de plus. C’est un signal. Celui d’un pays qui tente de s’ajuster, non seulement à la montée des températures, mais aussi à la nécessité de mieux les faire comprendre — et ressentir — par tous.
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