Podcast : Pourquoi Lisons-nous ?
Épisode de Des livres pour changer de vie par Olivier Roland · 18 novembre 2009 · 53 min
J’adresse dans ce podcast une question qui est peu posée, et qui me semble fondamentale : Pourquoi lisons-nous ? , et la soif et le besoin qu’a l’espèce humaine de trouver des réponses à ses questions, avec en guest star notre ami Homo Habilis.
Vous pouvez écouter ce podcast en live en cliquant sur le bouton Play en haut, téléchargez le MP3 en cliquant sur Download, ou le récupérer dans iTunes directement.
Voici le texte de Voltaire, Histoire d’un bon Brahmin (écrite en 1761) que je cite :
Je rencontrai dans mes voyages un vieux bramin, homme fort sage, plein d’esprit et très savant. De plus il était riche, et partant il en était plus sage encore. Car, ne manquant de rien, il n’avait besoin de tromper personne. Sa famille était très bien gouvernée par trois belles femmes qui s’étudiaient à lui plaire; et, quand il ne s’amusait pas avec ses femmes, il s’occupait à philosopher.
Près de sa maison, qui était belle, ornée et accompagnée de jardins charmants, demeurait une vieille Indienne, bigote, imbécile, et assez pauvre.
Le bramin me dit un jour: « Je voudrais n’être jamais né. » Je lui demandai pourquoi. Il me répondit: « J’étudie depuis quarante ans, ce sont quarante années de perdues; j’enseigne les autres, et j’ignore tout; cet état porte dans mon âme tant d’humiliation et de dégoût que la vie m’est insupportable. Je suis né, je vis dans le temps, et je ne sais pas ce que c’est que le temps; je me trouve dans un point entre deux éternités, comme disent nos sages, et je n’ai nulle idée de l’éternité. Je suis composé de matière; je pense, je n’ai jamais pu m’instruire de ce qui produit la pensée; j’ignore si mon entendement est en moi une simple faculté, comme celle de marcher, de digérer, et si je pense avec ma tête comme je prends avec mes mains. Non seulement le principe de ma pensée m’est inconnu, mais le principe de mes mouvements m’est également caché : je ne sais pourquoi j’existe. Cependant on me fait chaque jour des questions sur tous ces points; il faut répondre; je n’ai rien de bon à dire; je parle beaucoup, et je demeure confus et honteux de moi-même après avoir parlé.
« C’est bien pis quand on me demande si Brama a été produit par Vitsnou, ou s’ils sont tous deux éternels. Dieu m’est témoin que je n’en sais pas un mot, et il y paraît bien à mes réponses. « Ah! mon révérend père, me dit-on, apprenez-nous comment le mal inonde toute la terre. » Je suis aussi en peine que ceux qui me font cette question : Je leur dis quelquefois que tout est le mieux du monde; mais ceux qui ont été ruinés et mutilés à la guerre n’en croient rien, ni moi non plus : je me retire chez moi accablé de ma curiosité et de mon ignorance. Je lis nos anciens livres, et ils redoublent mes ténèbres. Je parle à mes compagnons : les uns me répondent qu’il faut jouir de la vie et se moquer des hommes; les autres croient savoir quelque chose, et se perdent dans des idées extravagantes; tout augmente le sentiment douloureux que j’éprouve. Je suis prêt quelquefois de tomber dans le désespoir, quand je songe qu’après toutes mes recherches je ne sais ni d’où je viens, ni ce que je suis, ni où j’irai, ni ce que je deviendrai. »
L’état de ce bon homme me fit une vraie peine: personne n’était ni plus raisonnable ni de meilleure foi que lui. Je conçus que plus il avait de lumières dans son entendement et de sensibilité dans son cœur, plus il était malheureux.
Je vis le même jour la vieille femme qui demeurait dans son voisinage : je lui demandai si elle avait jamais été affligée de ne savoir pas comment son âme était faite. Elle ne comprit seulement pas ma question : elle n’avait jamais réfléchi un seul moment de sa vie sur un seul des points qui tourmentaient le bramin; elle croyait aux métamorphoses de Vitsnou de tout son cœur, et, pourvu qu’elle pût avoir quelquefois de l’eau du Gange pour se laver, elle se croyait la plus heureuse des femmes.
Frappé du bonheur de cette pauvre créature, je revins à mon philosophe, et je lui dis: « N’êtes-vous pas honteux d’être malheureux dans le temps qu’à votre porte il y a un vieil automate qui ne pense à rien, et qui vit content? – Vous avez raison, me répondit-il; je me suis dit cent fois que je serais heureux si j’étais aussi sot que ma voisine, et cependant je ne voudrais pas d’un tel bonheur. »
Cette réponse de mon bramin me fit une plus grande impression que tout le reste; je m’examinai moi-même, et je vis qu’en effet je n’aurais pas voulu être heureux à condition d’être imbécile.
Je proposai la chose à des philosophes, et ils furent de mon avis. « Il y a pourtant, disais-je, une furieuse contradiction dans cette façon de penser. » car enfin de quoi s’agit-il? D’être heureux. Qu’importe d’avoir de l’esprit ou d’être sot? Il y a bien plus : ceux qui sont contents de leur être sont bien sûrs d’être contents; ceux qui raisonnent ne sont pas si sûrs de bien raisonner. Il est donc clair, disais-je, qu’il faudrait choisir de n’avoir pas le sens commun, pour peu que ce sens commun contribue à notre mal-être. » Tout le monde fut de mon avis, et cependant je ne trouvai personne qui voulût accepter le marché de devenir imbécile pour devenir content. De là je conclus que, si nous faisons cas du bonheur, nous faisons encore plus de cas de la raison.
Mais, après y avoir réfléchi, il paraît que de préférer la raison à la félicité, c’est être très insensé. Comment donc cette contradiction peut-elle s’expliquer? Comme toutes les autres. Il y a là de quoi parler beaucoup.
Transcription texte (littérale) du podcast :
Bonjour, c'est Olivier du blog" des livres pour changer de vie". Bienvenue dans ce 7ème Podcast dans lequel j'adresse une question qui peut-être n'est pas assez posée, à savoir, pourquoi lisons-nous ? Je pense que c'est une question qui peut être vraiment intéressante. Cela va être un Podcast un peu particulier, dans le sens où je vais vous faire part de mes réflexions sur le sujet, donc je ne vous donnerai pas de réponse définitive, mais plutôt mon aperçu, mes réflexions, mon sentiment à ce sujet.
Pourquoi lisons-nous? Je ne parle pas ici des lectures pour le loisir, la détente, ni même de livres de fictions générales, bien qu'on puisse être dans une démarche de non-divertissement lorsque nous lisons des livres de fiction. Plus spécifiquement, pourquoi lisons-nous des livres de non-fiction et quand même quelques livres de fiction d'un très bon niveau ? Pour moi la réponse est simple. Je pense que nous lisons avant tout parce nous cherchons des réponses. Et pour moi le fait de chercher des réponses est une caractéristique indissociable de l'espèce humaine. Je pense que plus que toute autre chose, le besoin d'avoir des réponses nous distingue du règne animal. Comme les animaux nous partageons deux fondations de base sur lesquelles notre vie s'appuie : le besoin de survivre et le besoin de nous reproduire. Sans ces bases l'espèce humaine ne serait pas ce qu'elle est. C'est la même chose pour les animaux. Par contre l'espèce humaine, à un pilier, un besoin fondamental supplémentaire. Juste survivre et se reproduire ne lui suffit pas. Il lui faut quelque chose de plus, qui se résume à un besoin de réponses. Des réponses à quoi? A des questions qui viennent de contraintes qui se posent à nous.
Autres épisodes de « Des livres pour changer de vie »
- Comment AVOIR l’état d’esprit d’un entrepreneur et qu’est-ce que ça APPORTE ? 1 janvier 2015
- Comment quitter la Sécurité Sociale, mode d’emploi 17 octobre 2014
- Comment Gauthier Toulemonde a géré son entreprise pendant 40 jours depuis une île déserte 13 mars 2014
- J’arrête de râler (en 4 étapes simples) – Interview avec l’auteur 28 février 2014
- Comment Sylvain Jeuland a laissé tomber son doctorat pour créer sa petite entreprise 7 janvier 2014
- Comment Damien Vernier a créé son entreprise en étant étudiant en histoire et comment il l’a automatisé pour devenir libre 26 septembre 2013
- Les 4 habitudes des personnes indépendantes financièrement 5 septembre 2013
- Emission de radio : les livres et le développement personnel 23 août 2012
- La Grève, d’Ayn Rand (la Révolte d’Atlas) 7 novembre 2011
- Le Kindle sort en France : le livre électronique change le monde 2 novembre 2011
- Vidéo : Evitez une erreur qui m’a coutée des années 30 août 2011
- Père riche, Père pauvre : Devenir riche ne s’apprend pas à l’école 17 janvier 2011
- Interview : Comment Jérôme Fournier a acheté 8 appartements avec 1650 euros par mois 21 décembre 2010
- Interview : Comment Thibault Vincent dort deux heures par jour avec le sommeil polyphasique 13 novembre 2010
- Podcast : Deep Survival 18 août 2010
À propos du podcast
Une sélection de livres rares et exigeants pour changer de vie.
Épisodes similaires
- Radio et DAB+ : y aura-t-il un jour de la vidéo FM ? – Ça marque ! Le podcast qui décrypte les stratégies de communication digitale et les innovations du marketing éditorial
- Webinaire / découvrir les ETF avec Amundi : comprendre, choisir et investir – Webinaire
- Arrêt maladie, Indemnités limitées à un an : ces enjeux RH que les DRH doivent poser sur la table du CoDir dès maintenant – Capital Humain – Travail, ressources humaines et santé mentale
- [AZIMUT ENTREPRENDRE | 1/3] - 15 000 abonnés sans montrer son visage - Safia Hadidi – Donne le Rythme
- Bénédicte Henry, sa foi, <br>ses convictions et engagements – Les rencontres du père Jacques Thierry
- 1000 ads en une semaine : comment Flytex scale ses ads Meta avec l'IA – Le Rendez-vous E-commerce
Tous les épisodes de Des livres pour changer de vie · Plus de podcasts Business