Une littérature de terrain avec Philippe Vasset • Intérieur jour #11

Épisode de Intérieur jour par Blandine Rinkel · 27 septembre 2026 · 59 min

“Je me dis souvent que j’écris des livres pour qu’il m’arrive des choses. J’ai envie qu’écrire soit se soustraire à l’économie de l’action — c’est à dire qu’en général, on fait des choses pour en obtenir d’autre, on fait des choses “en vue de…”, parce qu’on veut atteindre un objectif, mettre en oeuvre une idée… Ça ne veut pas dire qu’écrire serait un endroit où on fait n’importe quoi, c’est pas délirer au sens où il n’y aurait “pas de conséquence”, mais c’est un endroit où on peut s’engager dans quelque chose sans avoir complètement pensé tout ce que ça peut impliquer, générer. En fait, en suspendant tout ça. Soustraire l’action d’écrire à une économie du paraître et de l’efficacité, bref, à une économie de la justification.”

Ça voudrait dire, écrire des livres pour qu’il vous arrive des choses ? Non pas regarder, se promener voire errer en vue d’écrire mais écrire pour regarder, se promener voire errer ? C’est quoi, une littérature de terrain ? Et puis ça serait quoi, être au monde comme un oeil sans paupière, voire les choses à 360°, être une espèce “d’intériorité sans objet” ? Ce sont parmi les questions qu’on se pose Philippe Vasset dans cet entretien. Philippe Vasset est journaliste et puis écrivain, il a publié onze livres, parmi lesquels une trilogie de journaux intimes fictifs, La conjuration ou La légende, et puis une trilogie de « livres blancs », comme il dit, livres blancs comme on parle de bruits blancs ou, sur les cartes, des « zones blanches », les zones non cartographiéess) dont Une vie en l’air (Fayard 2017) et Un livre blanc (2007) - les deux récits, réalisés suite à des enquêtes de terrain dans les zones en questions, seront ré-édités chez Flammarion en octobre.

Le troisième “tome” de cette trilogie, Dans les grandes lignes paraît en cette rentrée aux éditions Flammarion également. C’est un errance, à la poursuite des lignes à haute tension, ces fils noirs qui zèbrent les paysages de France, « interminable dentelle de figures et de formes ». J’aime l’écriture de Philippe Vasset parce qu’elle me semble encapsuler la matière dont sont faites nos solitudes, nos présences, quand on marche par hasard et pour rien, dans des lieux inconnus, quand on se soustrait à l’utilité, à la productivité, à l’économie de marché aussi. J’aime l’usage de l’imparfait de cet auteur, son sourire discret, sa mélancolie et son goût du déplacement. On a parlé tous les deux en vrac, il y avait beaucoup de trous dans notre échange, de blancs pourrait-on dire, parce que la joie de l’errance, on la trouve aussi, parfois, dans une discussion. Vous me direz, si à l’écoute, on l’éprouve aussi.Avertissement : il y a des problèmes de volumes dans cet épisode, car j’ai eu un souci technique avec mon enregistrement, bricolé seule sans être ingénieure du son, hélas, mais ça n’arrivera plus.

Son premier livre, qu’il associe au courant de la muzak, est celui-ci :

Et si vous n’avez jamais entendu parler de “la muzak”, je vous recommande ce documentaire passionnant qui retrace l’histoire de la musique d’ascenseur :

Le livre qui a changé quelque chose à sa manière de voir le monde : La série des Arsène Lupin de Maurice Leblanc (début du XXème siècle)

Le livre qui a changé sa manière d’écrire : Fan's Notes de Frederick Exley, traduit en français sous le titre Le dernier stade de la soif par Philippe Aronson (l’original est de 1968)

Un dernier extrait, enfin, de Dans les grandes lignes, qui est actuellement en librairies, et que j’aime, allez, d’une façon mélomane :

Le générique du podcast est de Maison Pierō - Le temps libre, et les textures et mélodies qui accompagnent les lectures sont empruntées à Superpoze.J’ajoute aussi que désormais le podcast (le mot me paraît toujours “trop” mais sans doute faut-il appeler un chat un chat) Intérieur jour sera hébergé dans la revue Absalon. C’est une revue de littérature en ligne toute neuve, fraiche comme un citron, imaginée par des écrivain.e.s. J’en ai rejoint le comité éditorial, et c’est ici : revue AbsalonÀ vous, à bientôt,Blandine

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À propos du podcast

Des discussions à bâtons rompus avec des personnes dont les manières de parler/d’écrire stimulent, des voix dont la précision, la densité, le sens de l’humour, intriguent et irriguent à la fois. Des échanges d’une heure à partir de textes littéraires qui font (ou ne font pas) l’actualité. Le…

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