L'Instant Philo - Démocratie et vote

Épisode de L'Instant Philo par Ouest Track Radio · 1 février 2026 · 14 min

Émission du 01 février 2026

Démocratie et vote L’instant philo, émission du 1er février 2026

Des élections municipales arrivent bientôt en France et mobilisent déjà classe politique et médias. La vie démocratique est scandée par ces périodes électorales jugées essentielles - à tel point que dans certains pays comme la Belgique, l’Italie, la suisse et l’Australie, aller voter est une obligation, pas un simple devoir civique dont on peut s’acquitter ou non car l’absence de participation aux élections est passible de sanction. La démocratie est le pouvoir - cratos en grec - du peuple – démos. L’élection au suffrage universel direct en constitue un symbole parlant. En 1962 De Gaulle a gagné le référendum pour faire élire le président de la République par le biais de ce scrutin qui a séduit un électorat populaire.

Mais le droit de vote accordé à l’ensemble des citoyens suffit-il vraiment à donner le pouvoir au peuple ? C’est loin d’être évident. L’action citoyenne ne se réduit pas au vote : il s’agit d’exprimer ou de manifester des désaccords, de s’engager dans divers collectifs – syndicat, parti, association - de protéger des droits fondamentaux et parfois la démocratie elle-même ou l’indépendance de son pays. Ce n’est pas parce qu’il est invité à glisser de temps en temps un bulletin dans l’urne que le peuple possède une réelle influence sur les orientations et mesures politiques. On en fait parfois l’amer constat. C’est sans doute pourquoi une tradition anarchiste va jusqu’à dénoncer le vote.

I. De la nécessité des élections en démocratie

A. Critique de la position anarchiste

Cette critique peut parler aux personnes lassées de ces votes qui ne semblent rien changer, ni améliorer mais difficile d’y adhérer complètement. L’extrême droite contemporaine[i] dénonce aussi les méfaits supposés des élections et de la démocratie sur l’efficacité de l’action politique et entrepreneuriale et elle fait toujours la promotion d’un pouvoir autoritaire et inégalitaire. Le refus des élections réunit ainsi anciens libertaires, libertariens et néo-réactionnaires actuels. Pas bon signe ! Surtout dans son radicalité, la critique anarchiste porte autant sur les démocraties que sur les régimes autoritaires à l’origine d’injustices et réprimant avec violence toute liberté d’expression. Les élections permettent tout de même d’éliminer les dirigeants dont le peuple ne veut plus.

B. Le non-respect du vote démocratique et ses effets politiquement délétères

1) Vote et plébiscite

D’ailleurs quand le résultat d’une élection n’est pas respecté, des troubles apparaissent dans un pays. Cela montre son importance politique. L’esprit d’un vote est trahi d’abord quand on en fait un plébiscite comme Napoléon III qui a aboli la République et imposé l’empire. Etre adoubé par une majorité issue des urnes ne peut être prétexte d’agir à sa guise, ni d’ignorer les représentants du peuple, les corps intermédiaires et les manifestants dans la rue. Un pouvoir démocratique doit accepter que la voix du peuple s’exprime par d’autres moyens que le vote et en tenir compte. Vox populi, vox dei.

2) Des votes majoritaires méprisés

Les votes majoritaires qui sont méprisés ont les effets délétères d’une trahison. Le non au traité de Maastricht annulé par le traité de Lisbonne est une blessure portée à l’expression du peuple qui a rendu bien difficile le rapport des citoyens à la politique européenne. Le refus de nommer un premier ou une première ministre issue de la coalition arrivée en tête aux dernières élections législatives a ouvert une crise et une instabilité politique qui ont coûté déjà très cher - quelques milliards - à la France à un moment où notre pays n’en avait nul besoin. Aux USA, le refus des résultats à la présidentielle de 2020, a conduit à une tentative de coup d’état faisant plusieurs morts au Capitol et produit une situation dont les dommages se font encore sentir. Plébiscites et mépris du verdict des urnes constituent deux formes de déni démocratique dont les effets perturbent dangereusement la vie politique.

II. Les conditions requises pour des élections vraiment démocratiques

A. Séparation des pouvoirs et état de droit

Un ensemble de conditions est donc nécessaire pour que des élections soient une incarnation de la volonté générale et non un instrument d’une classe dominante désirant asseoir son pouvoir. La séparation des pouvoir en fait partie. La démocratie repose sur la souveraineté populaire[ii] laquelle correspond au pouvoir législatif – celui de faire la loi en France par le biais des députés et sénateurs, représentants du peuple. Les législations auxquelles le peuple obéit sont ainsi censées être l’émanation de sa volonté. L’autonomie politique – le fait d’obéir aux lois qu’on s’est prescrites[iii] – est garante de la liberté des citoyens. Toutefois le pouvoir législatif ne peut être confondu avec le pouvoir judiciaire qui applique les lois et fait respecter l’état de droit, ni avec l’exécutif qui décide des orientations du pays. Une loi ne peut être abolie sans passer par la consultation du parlement – sans quoi on passe de la démocratie à un dangereux populisme. Toute attaque de l’indépendance du pouvoir judiciaire et des juges est la porte ouverte à l’arbitraire, aux intérêts privés et à la corruption dont la démocratie et son système électoral ne peuvent sortir gagnants.

B. Pluralisme politique et liberté d’expression

La démocratie se nourrit de pluralisme politique, de liberté d’expression garantie par la loi, de l’indépendance du journalisme et du respect du savoir scientifique. Car il ne faut pas confondre liberté d’expression et droit de dire tout et n’importe quoi. Fake news, attaque ad hominem sans fondement, propos portant atteinte à la dignité des personnes ne peuvent entrer dans la liberté d’expression, laquelle doit permettre un débat de qualité, argumenté et fondé sur des faits bien établis. Toute une tradition rappelle ces éléments de bon sens qui rendent possible débat public et délibération démocratique. L’intelligence collective placée dans de bonnes conditions conduit en effet à trouver des solutions plus justes et élaborées que des décisions prises par des individus parfois éloignés des réalités sociales et incapables de dépasser leurs intérêts immédiats.

C. Indépendance et fiabilité du journalisme

Une vraie liberté d’expression pose donc un cordon sanitaire pour éviter que le débat public ne s’envenime. En France, l’autorité de la régulation audiovisuelle et numérique cherche à protéger la qualité du débat public. En Belgique, cela prend une forme encore plus puissante pour empêcher une propagation d’opinions antidémocratiques. Les affaires de la cité ne peuvent être discutées qu’entre interlocuteurs qui acceptent un dialogue posé et argumenté.

A cet égard, il faut veiller à des lois qui permettent aux moyens d’information de rester vraiment pluriels et de lutter contre un monopole défendant des intérêts privés. Jean-Jacques Rousseau rappelait que la présence de grande inégalité de richesse au sein d’un état est un danger politique car les grandes fortunes sont parfois prêtes à peser de tout leur poids pour défendre leurs intérêts particuliers et obtenir l’élection du candidat qui leur convient, dans leur pays mais aussi dans d’autres. Un peu partout dans le monde, il y a actuellement un vrai danger d’un accaparement des sources d’information – télévision, journaux, réseaux sociaux - par des millionnaires, voire des milliardaires.

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À propos du podcast

"L'instant philo" par Didier Guilliomet En une dizaine de minutes de quoi nourrir sa réflexion sur des questions traitées de façon accessible.

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