Omer Shem Tov, otage du Hamas pendant 505 jours: «J’étais l’esclave de mes geôliers»
Épisode de Le grand invité international par RFI · 7 octobre 2026 · 9 min
Omer Shem Tov a 24 ans, il a été enlevé par le Hamas au festival Nova le 7 octobre 2023. Il est resté otage du mouvement islamiste armé pendant 505 jours. Il vient de publier un livre en hébreu et en anglais sur l'histoire de sa détention : Meeting myself in hell, que l'on peut traduire par « seul avec moi-même en enfer ». Rencontre avec ce jeune homme chez ses parents, près de Tel Aviv.
RFI : Votre livre raconte comment vous avez été capturé le 7 octobre 2023 au festival de musique Nova avec vos deux amis Itay et Maya Regev. Pouvez-vous nous raconter ce qui s'est passé lorsque vous êtes arrivé à Gaza, prisonnier du Hamas ?
Omer Shem Tov : Alors que nous entrons dans Gaza, j’entends des gens crier, faire la fête. Je vois des mains se glisser à l’arrière de la camionnette pour essayer de nous attraper. Plus tard, nous arrivons à cette maison là-bas. On y reste environ une semaine. Il y a une famille, il y a une femme et des enfants. Je viens juste de voir, juste devant moi, que la jambe de Maya est pratiquement sectionnée à ce stade. Ils font comme si c'était normal, comme si c'était une bonne chose. Au bout d’une semaine, Maya a été transférée à l’hôpital, et Itay et moi, on passait d’appartement en appartement. Après avoir passé 53 jours ensemble dans des appartements, Itay et Maya ont été libérés dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu, et j’ai immédiatement été emmené dans un tunnel.
Le premier tunnel dans lequel j'ai séjourné se trouvait à 40 mètres sous terre. J'étais enfermé dans une cellule minuscule et étroite. J'ai vécu dans l’obscurité totale pendant 50 jours d’affilée. J'ai souffert d'une faim extrême : on ne me donnait qu’un morceau de pain par jour, parfois un demi-morceau, et parfois je n'avais même qu’un petit verre – de la taille d’un verre à shot – rempli d’épices, d’herbes séchées et d’eau salée. Pas de lumière. À un moment donné, j'ai pensé que j’étais devenu complètement aveugle.
Après 50 jours dans cette cellule, j'ai été transféré dans un tunnel légèrement plus grand. Là-bas, la plupart du temps, il y avait entre quatre et cinq terroristes, parfois plus. Et pendant 400 jours, je suis resté au même endroit, par miracle. Et je suis devenu leur esclave. Je creusais pour eux à l’intérieur des tunnels. Je transportais des bombes d'un endroit à l’autre. Je transportais des quantités folles de nourriture de mes propres mains, au moins, je dirais, 500 cartons d’aide de l’ONU, que je répartissais dans le tunnel pour les terroristes.
À l’époque, je cuisinais pour eux, je faisais le ménage, je creusais… Je faisais tout ce qu'ils me demandaient, et ils me crachaient dessus. Ils m’insultaient. Parfois, je me disais : « Oh, peut-être qu’il y a de l’humanité ici. Peut-être que j’essaierai de trouver une sorte de lien avec eux. » J'ai essayé, j’ai vraiment essayé, de leur parler, de les faire rire, de plaisanter avec eux. Rien n’a vraiment aidé.
J'ai traversé ce chemin intérieur. La première semaine là-bas, je suis devenu fou. J’avais l’impression d’étouffer, je ne pouvais plus respirer, j’étais plongé dans l’obscurité totale, je mourais de faim, je ne savais tout simplement pas quoi faire. J'avais l’impression de devenir fou. Tout dans ma tête était tellement bruyant. Et au bout d’une semaine, j'en suis arrivé à un point où je me suis dit : « Bon, j'ai deux options. Soit je m’enfonce de plus en plus dans la dépression, la colère et l’incrédulité à l'idée de rentrer chez moi, soit j'accepte simplement la situation. Et je fais confiance à Dieu, ou à qui que ce soit d’autre, pour me mettre sur le bon chemin. » Et je lâche prise sur mon ego, je lâche prise sur ma colère, je mets tout de côté, et je me sens en paix avec moi-même, en comprenant que c’est exactement là où je suis censé être en ce moment. C’est exactement l’endroit et exactement le moment, et tout ce qui arrivera à partir de maintenant est pour le mieux.
Et à partir de ce moment-là, j'ai vu la lumière. Vraiment, j'ai vu la lumière, j'ai eu cette rencontre avec moi-même et avec Dieu qui… Tout ça, ça n'a pas d’importance. Je suis toujours en vie. Je respire. Ma famille est chez elle en sécurité. Je dois juste faire confiance au processus. Je sais que j’arriverai dans un endroit meilleur. Il y a une lumière au bout du tunnel. Et à partir de ce jour-là, j'ai vraiment cru, à chaque seconde, que je rentrerais chez moi. Je n'avais aucun doute. Et oui, après 505 jours, j'ai été libéré et en échange, 100 terroristes ont été libérés.
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Vous vivez aujourd'hui chez vos parents, vous prenez des cours d'art dramatique, vous aimez toujours la musique, comment vous sentez-vous ?
C'est juste que j’aime travailler, bouger, faire des choses. J’aime aller de l’avant. Je n’aime pas me replonger dans le passé, remuer ces blessures. J'ai justement parlé de ça avec un ami : je commence à sentir ces flashbacks revenir. Il y a quelques jours, j’étais en vacances en Grèce. Un endroit où l’on est censé se sentir libre. Je me suis assis dans ce restaurant, et le serveur est venu derrière moi, et il avait la voix d’un des terroristes qui étaient avec moi, exactement la même voix. Et, pendant une seconde, j’ai d’abord eu peur, j'ai paniqué un instant. Je l'ai regardé et j'ai vu que ce n’était pas lui, mais on a l’impression d’être replongé dans ce moment-là, on a l’impression de revoir le terroriste.
Comme si tu le croisais à ce moment-là, comme si tout ce qui t’entourait changeait en une seconde et que tu restais figé. Tu ne peux plus bouger, ton cœur bat à tout rompre. Et c’est quelque chose que je vis presque tous les jours. Certains jours, c’est dur. Certains jours, c’est facile. Tu sais, ça ne dure qu’une seconde, tu y penses et ça s’en va. Mais parfois, tu peux vraiment le voir, tu peux vraiment le ressentir. Tu retournes là-bas et c’est… c’est dur. Mais, je crois dans le bien. Je crois en la lumière. Je crois que je peux aller de l’avant. Je ne sais pas si « aller de l’avant » est le bon mot. Je pense que je vivrai toujours avec ça, mais ça fait partie de moi et je l'accepte.
Que pensez-vous de ce qui se passe à Gaza ? 74 000 morts depuis trois ans, ressentez-vous de l'empathie pour les Palestiniens de l'enclave ?
Le jour du 7, ce fut une journée si cruelle que je pense qu’elle a brisé le cœur de tant d’Israéliens. Vous savez, c'était une journée qui a touché tout le monde. Notre pays est si petit que chacun connaît quelqu’un qui a été enlevé ou assassiné, un soldat tué pendant les combats. Je pense que tout le monde est touché par cela. Bien sûr, c’est dur pour moi de voir ces destructions, de voir des enfants et des femmes blessés ou morts, et je ne souhaite ça à personne. Vraiment pas. L’empathie… C’est un grand mot, je ne sais pas. Parce que d’un côté, je n’ai pas de place pour la colère en moi, vraiment pas. Et pour ces civils-là aussi, je suis triste pour eux. Vous savez, au quotidien, ils subissent une organisation terroriste qui contrôle la bande de Gaza. Ce qu’ils ont fait le 7 octobre, leur liste de choses qu’ils souhaitent faire... C’est une organisation terroriste. On ne peut pas nier ça.
Je ne dis pas que tout le monde à Gaza est un terroriste. Mais je pense qu'on leur fait un lavage de cerveau. Je pense vraiment que c’est le cas. On les force à agir d’une certaine manière, qui va à notre encontre et qui soutient le Hamas. À Gaza, soit on est avec le Hamas, soit on ne l’est pas. Et je veux dire, quand on ne l’est pas, on est mort. C’est tout. Alors oui, j’ai de la peine pour eux. Je suis triste pour ces enfants et pour ces femmes. Mais en même temps, c’est un problème. C’est-à-dire que c’est bien plus grave à mes yeux. Donc oui, j’éprouve de l’empathie pour les enfants. Je n’éprouve aucune empathie pour les terroristes. Pas une seconde.
Vous avez beaucoup voyagé, notamment aux États-Unis, pour raconter votre détention. Comment ce témoignage a-t-il été accueilli ?
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À propos du podcast
Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant. Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.
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