Birmanie: l’insurrection gagne du terrain contre la junte militaire
Épisode de Le monde en questions par RFI · 2 août 2024 · 4 min
Pour la sixième fois consécutive depuis le putsch du 1er février 2021, la junte militaire birmane vient de prolonger de six mois l’état d’urgence alors que le pays continue de sombrer dans une guerre civile à huis clos. Cependant, l’insurrection pro-démocratie continue de gagner du terrain sur plusieurs fronts. Décryptage des raisons d'une telle progression.
Il y a dix jours, le général putschiste Min Aung Hlaing s'autoproclamait président. Dans une nation tenue d’une main de fer par ce général, dont la fuite en avant a plongé l’une des jeunes et prometteuses démocraties d’Asie orientale vers les heures les plus sombres de l’autarcie et de la violence politique, la population birmane a fini par comprendre et à s'y résigner, dans le sang et les larmes : elle ne pourra compter que sur elle-même pour maintenir la flamme démocratique dans son pays. En effet, selon l'ONU : « La situation des droits de l’Homme [est] devenue en Birmanie un cauchemar sans fin, loin des regards de la politique mondiale ».
Le peuple birman, qui a enduré sept décennies d’une succession de dictatures militaires depuis son indépendance, a décidé d’entrer en résistance, coûte que coûte. Alors que les premiers manifestants étaient abattus par les forces de sécurité dans les rues des grandes villes de Birmanie, trois semaines après le coup d’État de 2021, prélude à un bain de sang et à une répression féroce contre lesquels la communauté internationale a mollement réagi, une partie des élus, députés, activistes encore libres ont choisi la clandestinité afin d’organiser la rébellion. D’abord politiquement puis militairement, en s’alliant aux dizaines de guérillas ethniques actives aux quatre coins de cet immense pays bordant entre autres l’Inde, la Chine, le Bangladesh et la Thaïlande.
Depuis octobre dernier et le déclenchement de l’Opération 1027, d’audacieuses offensives armées menées par une coalition de volontaires et de guérilleros au nord, à l’ouest et au sud du pays ont provoqué la chute de dizaines de villes, l’arrestation, la fuite ou la reddition de centaines de soldats gouvernementaux et ont fait renaître l’espoir.
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État des lieux des rapports de force dans les soutiens internationaux
Sur la scène diplomatique, la contre-offensive, elle aussi, a commencé. Le gouvernement de l’ombre, formé sur les ruines de l’après-putsch, s’est organisé. Zin Mar Aung, ancienne prisonnière politique et infatigable ministre des Affaires étrangères de ce pouvoir parallèle birman, multiplie les appels à la communauté internationale : « Non seulement vous ne nous fournissez pas d’armes, martèle-t-elle, mais nous ne recevons aucune aide humanitaire... Si nous perdons la guerre, le monde démocratique sera, lui aussi, perdant. » Dont acte.
De son côté, le régime militaire, honni par l’ensemble de la population, acculé sur plusieurs fronts, fait aussi l’objet d’une batterie de sanctions internationales. Mais là encore, tout ne semble pas joué, tant politiquement que militairement. Pourvoyeurs d’armes et de précieuses technologies militaires, la Russie, la Chine ou la Corée du Nord sont encore les garants de la survie de la Tatmadaw, l’armée birmane. Idem au Conseil de sécurité de l’ONU où les vétos alliés de la junte empêchent tout vote décisif. Mais la Chine, inquiète pour la sécurité à sa frontière et déterminée à jouer un rôle croissant sur la scène mondiale, est en train, peu à peu, de lâcher les généraux putschistes birmans, un tournant sans doute décisif.
Le rêve d’une Fédération birmane est-il enfin à portée de main, comme le souhaitent le gouvernement de résistance et les 135 minorités ethniques ? Rien n’est moins sûr dans un pays où le facteur ethnique a toujours été le point de discorde et le préambule aux conflits armés. Les minorités ont toujours été considérées comme des citoyens de seconde zone, bien qu'elles représentent les deux tiers de la population et concentrent sur leurs territoires la plupart des immenses richesses et matières premières du pays. C’est là aussi le grand défi de la Birmanie. Que le jour vienne où elle parvienne à s’unifier dans la paix.
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À propos du podcast
Le monde en questions, une chronique hebdomadaire qui met en valeur, en contexte et en perspective un fait marquant de l’actualité internationale. Elle sera assurée par Bruno Daroux.
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