« Élève étiqueté “bavard” : comment sanctionner un acte, pas une personne »

Épisode de Prof et Pédago par Arnold Desaintjean · 31 octobre 2026 · 6 min

Élève étiqueté, élève condamné ?Septembre, salle des profs, machine à café : « Tu as la 4e C ? Courage. Surtout Yanis. » Tu ne sais rien de lui, ni ses notes, ni ce qu’il aime, mais tu le guettes déjà. Au premier bavardage, tu es presque rassuré : la réputation avait raison. En décembre, le bulletin affiche « Élève bavard », comme celui de l’andernier, et dans la tête de Yanis, « j’ai bavardé » est devenu « je suis bavard ».

Dans cet épisode de Prof Et Pédago, on s’intéresse à ce que ta réponse à un élève lui dit de lui-même, et à la façon de sanctionner un acte sans coller une étiquette à une personne. Pour les enseignants, les professeurs stagiaires, les formateurs et tous ceux qui travaillent auprès d’élèves, on regarde ce que disent les chercheurs sans les caricaturer.

Le sociologue Howard Becker a décrit dès 1963, dans Outsiders, comment la déviance tient aussi à l’étiquette que le groupe appose sur celui qui a commis l’acte : un acte, puis une étiquette, puis un entourage qui traite l’élève en conséquence. L’effet Pygmalion est à manier avec prudence : la revue de Jussim et Harber, en 2005, conclut que les prophéties autoréalisatrices existent en classe mais qu’elles sont généralement faibles, et qu’elles pourraient peser davantage sur certains élèves, notamment ceux de groupes stigmatisés. L’essai randomisé d’Okonofua, Paunesku et Walton (2016) suggère qu’un court module invitant des enseignants à comprendre le point de vue des élèves pourrait réduire les suspensions, avec un échantillonlimité : une piste, pas un dogme. Côté philosophie de l’éducation, Eirick Prairat propose des principes pour qu’une sanction soit éducative, dont l’objectivation : on sanctionne un acte, jamais une personne.

Ce que tu emportes, ce sont trois réflexes à tester dès demain, sans budget et sans recette miracle. Le premier : dire « tu as » plutôt que « tu es », parce qu’un acte peut se réparer alorsqu’une identité, c’est beaucoup plus compliqué. Le deuxième : lire l’émotion que tu ressens, avec la grille de Rudolf Dreikurs, présentée honnêtement comme une grille de lecture féconde et non comme une méthode validée à l’école. Le troisième : la question-boussole, « qu’est-ce que ma réponse va dire à cetélève de lui-même ? », posée avant de sanctionner, pas pour ton calme mais pour lui.

L’épisode est rythmé, un peu irrévérencieux envers les tics de la salle des profs, et sérieux sur le fond : la sanction, la relation pédagogique et la gestion de classe y sont abordées sans accuser personne. Les sources sont à retrouver dans la fiche « Pour aller plus loin ».

Si tu as déjà entendu « lui, je le connais » à propos d’un élève, prends cinq minutes. Et la prochaine fois qu’un collègue te glisse « Courage, surtout Yanis », demande-lui ce que Yanis fait debien.

Prof un jour, pédago toujours.

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À propos du podcast

Bienvenue dans Prof Et Pédago, le podcast pédagogique pour celles et ceux qui veulent réfléchir à leur métier d’enseignant sans se prendre la tête. Chaque épisode (5 minutes, à peu près...) explore un thème clé de la vie prof : relation pédagogique, didactique, posture, organisation, motivation...…

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