Est-ce que la consécration change une vie?

Épisode de Question de croire par Stéphane Vermette et Joan Charras-Sancho · 14 octobre 2026 · 27 min

Au-delà des titres et des cérémonies, Joan et Stéphane explorent dans cet épisode la signification de la consécration et son impact dans leur vie en partageant des anecdotes personnelles et des réflexions sur l'engagement et leur parcours spirituel.

[Stéphane] Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, est-ce que la consécration change une vie?

[Joan] Bonjour Stéphane.

[Stéphane] Bonjour, Joan, et bonjour à toutes les personnes qui nous écoutent. Je crois que ce sujet te touche particulièrement.

[Joan] Ah oui, on va y revenir. Il m'est arrivé 2 ou 3 trucs il y a 2 semaines à la cathédrale de Lausanne, on va y revenir.

Être consacré plusieurs fois

[Joan] Mais entre-temps, j'ai réfléchi à une anecdote que m'a racontée un collègue de l'Église réformée vaudoise, un collègue que j'aime beaucoup, que je salue là, qui se reconnaîtra. Il est vraiment super marrant et avec lui, de temps en autre, je tiens la roulotte devant la gare d'Yverdon et je trouve que c'est un ministère magnifique.

Alors, ce collègue m'a raconté qu'il y a quelques années, alors qu'il était encore pasteur évangélique, je précise, il avait déjà eu, je ne sais pas quoi, une prière, une consécration, une bénédiction, un truc évangélique.

Il est parti en mission au Caire, auprès là-bas des communautés protestantes. Et puis là-bas, il y a un synode arabe, quelque chose de ce goût-là. Et tout le monde ne parlait pas anglais, lui-même ne parlait pas vraiment arabe.

Un jour de fête, dans une communauté multiculturelle, multilangue, multipleine de choses, lui, on lui avait annoncé que c'était un culte d'accueil. Et puis l'évêque du synode arabe… Dieu seul sait ce qu'on lui avait dit… mais en tout cas, d'une façon vraiment très spontanée et pleine d'amour, il lui a mis les deux mains sur la tête comme ça et l'a consacrée.

Donc le collègue m'a dit, bon, vu l'ambiance, le français, l'anglais, l'arabe, tout ça, l'évêque qui s'était déplacé de je-ne-sais-où au Liban ou je ne sais pas où, il n'a pas fait d'histoire et il a accepté d'être reconsacré.

Et puis, quelques années plus tard, il a senti un vrai appel pour devenir ministre dans l'Église réformée vaudoise et donc il a fait son parcours pour être diacre. Et là, on lui a annoncé qu'il allait être consacré comme diacre. Du coup, il a dit bon ben allez hop, on y va, au point où j'en suis. Et donc, finalement, autant être consacré trois fois au lieu d'une. Ça a l'air de rendre toutes ces institutions tellement heureuses.

Et puis finalement, quand on a un peu souple d'esprit, quand on a eu des ministères de droite et de gauche, on prend ce qui vient. Qu'est-ce que tu en dis?

L’inconfort de devenir un pasteur

[Stéphane] Moi, tout ce que j'ai entendu, c'est l'imposition des mains. C'est quelque chose, je dois avouer, je m'ouvre, je déteste qu'on me touche la tête. Il n'y a aucune raison, c'est comme ça.

Lorsque l’on consacre ou on ordonne, ici à l'Église Unie on parle plus d'ordination, mais on va utiliser consécration aujourd'hui pour que tout le monde s'y retrouve.

Lorsqu'il y a consécration, il y a l'imposition des mains, et j'avais invité quelques amis à participer à ce moment-là, et mes amis le savaient très bien que j'avais un blocage de ce côté-là.

Et pendant les heures précédentes, ils disaient toujours, « On va te toucher la tête, Stéphane! On va te toucher la tête! » Et j'ai fait, « Ok, ok, ça va bien aller! Ça va bien aller, ça va bien aller! »

Ce n'était pas devenir pasteur en tant que tel, mais c'est quelques secondes d'inconfort qui peut-être était un symbole du ministère. Parfois, il faut faire quelques petits trucs d'inconfort pour réussir à faire quelque chose.

* Photo de la collection personnelle de Stéphane Vermette. Utilisée avec permission.

[Joan] Mais tu sais, je te rejoins vachement sur la notion d'inconfort, parce que dans cette belle consécration qui est un beau symbole de l'Église réformée vaudoise à la cathédrale de Lausanne, il y a eu plein de petits moments pour lesquels on nous avait préparés, mais qui ne sont pas ceux de ma culture ecclésiale, plutôt luthéro-réformée.

[Stéphane] Si je peux me permettre, Joan, tu as été consacrée il y a quelques semaines. Ce n'est pas tous nos auditeurs et auditrices qui le savent.

[Joan] C'est vrai, c'était il y a deux semaines, vous pouvez aller voir le replay. La très belle prière d'intercession avec Dieu, Père et Mère.

Moi, à la base, je viens plutôt de l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, une église plutôt luthéro-réformée, plutôt proche des liturgies et des rituels luthériens. Alors pas tout le monde, évidemment. Il y a une cinquantaine de paroisses réformées qui sont moins attachées à cela, mais après il y en a 250 qui le sont pas mal.

Et il y a une chose qui est assez importante quand tu es ordonné dans mon Église d'origine, c'est qu'on va te donner ton étole. Et finalement, ça m'a manqué, tout du long. C'est-à-dire que j'en avais fait la demande, mais ça n'a pas été possible pour des raisons réglementaires, parce que l'étole est très réglementée dans l'Église réformée vaudoise, et donc ça n'a pas été possible, mais ça m'a manqué tout du long.

Et je trouve que ça m'a manqué pour plein de raisons, mais aussi parce que, finalement, l'étole symbolise quelque chose d'important pour moi, qui est directement lié à ma consécration, c'est ce joug.

Alors ce joug, c'est vrai qu'on met au bœuf, puis c'est lourd. C'est bizarre un petit peu de se dire, mais quels les liens entre le ministère et puis tirer une charrette… encore que finalement ça vient en l'expliquant.

Mais c'est de se dire c'est un joug léger, un joug qui m'a été donné par le Christ, mais que je peux ôter aussi. C'est-à-dire qu'il y a des moments donnés où je peux vraiment ôter ce joug et dire voilà moi je suis juste Joan pour moi et je ne porte pas sur moi le salut de l'Église. C'est vraiment quelque chose que je remets à Jésus et puis des fois je prends ma part et je mets mon étole.

Et finalement suivre Jésus c'est un chemin de libération, mais aussi de responsabilité. Et en étant à la fois libérée et à la fois responsable, je suis tout autant légère qu'investie dans mon ministère.

Et voilà, ça m'a un petit peu manqué. Alors, j'ai exprimé mon besoin et on m'a répondu avec le règlement. J'accepte et mon cœur reste ouvert.

Être reconnu par son Église

[Stéphane] Je te comprends tellement, Joan. Moi, j'ai eu la chance que ma mère soit encore vivante avant que j'aie été consacrée. Elle m'a fait deux aubes, elle m'a fait plein d'étoles.

Donc, pour mon service de reconnaissance, c'est comme ça qu'on appelle ça ici, j'avais l'aube de ma mère, l'étole que ma mère avait faite et que j'ai encore et maintenant qu'elle est décédée, à chaque fois que je porte une aube et que je porte une étole, je sens comme elle m'embrasse encore après toutes ces années.

Ces petites choses-là demeurent importantes dans mon parcours. Ce n'est pas la Bible que j'ai reçue, parce que des Bibles, j'en avais déjà une dizaine. Je trouve ça toujours un peu bizarre qu'on reçoive une Bible lorsqu'on devient pasteur. Quand on a fait quatre ans de théologie, c'est au début qu'il faut avoir des Bibles. Mais ces petits symboles, ces petites choses-là qui font que c'est un moment spécial.

Je parle de service de reconnaissance parce que c'est souvent ça, la perception dans l'Église Unie, la version de la majorité, c'est une reconnaissance plus qu'un moment spécial. C’est l'affirmation d'un appel reçu plus tôt, ça marque la fin des stages, les études.

Et même lorsqu'on finit nos études, maintenant les personnes sont en paroisse pendant 18 à 24 mois, peuvent faire les sacrements et tout. Et il y a le service religieux à la fin pour célébrer tout ça.

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À propos du podcast

Pour une vision différente de la foi, la spiritualité et la religion au 21e siècle. D'une manière progressiste et ouverte, Joan et Stéphane n'offrent pas des réponses, mais des pistes de réflexion sur des enjeux contemporains. Ce podcast réuni deux pasteurs: Joan Charras-Sancho ( Église…

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