Est-ce que le nationalisme et la foi chrétienne peuvent aller ensemble?
Épisode de Question de croire par Stéphane Vermette et Joan Charras-Sancho · 24 juin 2026 · 27 min
Est-ce que le nationalisme et la foi chrétienne peuvent aller ensemble?
Plusieurs pays et pouvoirs politiques cherchent à instrumentaliser la foi pour développer un nationalisme identitaire fort. Cette stratégie conduit trop souvent à des dérives qui alimentent l’exclusion, le racisme et les conflits.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent les tentatives d’association entre le nationalisme et la foi chrétienne et proposent, à l’aide de références bibliques, une vision universelle fondée sur l’unité, la diversité et le bien commun.
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui s'intéresse à la foi et la spiritualité, une question à la foi. Cette semaine, est-ce que le nationalisme et la foi chrétienne peuvent aller ensemble?
Quelle est la nationalité de Dieu?
[Joan] Oui, c'est vrai, bonne question. Et d'ailleurs, quelle est la nationalité de Dieu? Tu sais ça, toi, Stéphane?
[Stéphane] C'est bien connu. Dieu est un Québécois.
[Joan] Exactement. Et d'ailleurs, c'est ce qui peut arriver si tu es à table avec des chrétiens de plusieurs nationalités.
Les Français vont dire : “Mais non, Dieu est français. Il aime l'amour, il aime le bon vin. Il aime traîner avec ses potes. Il aime faire des barbecues.
Puis là, les Brésiliens vont dire : “Ah non, les barbecues, c'est nous! Donc, Dieu est Brésilien, et d'ailleurs Dieu est de couleur comme nous, couleur non-blanche. Il aime les cheveux longs. Il aime traîner sur la plage aussi avec ses potes.
Et puis là, tu vas voir des peuples des îles qui vont dire : “Ah non, la plage, c'est nous! Dieu, il est un petit peu comme nous! Et puis d'ailleurs, Jésus, il aime pêcher, puis il aime parler aux pêcheurs. Ça c'est quelque chose de très caractéristique.
Et puis tu as les Suisses qui vont dire : “Non pas du tout! Jésus c'était quelqu'un de très carré. Il disait ce qu'il faisait. Il faisait ce qu'il disait. Quand un truc n'était pas bien organisé ou pas très correct, il râlait comme il faut. Et puis en même temps, souvent il ne dérangeait pas les gens. Il semblait aller dans le désert.
Et puis là, les peuples du désert vont dire… vous voyez bien que...
Donc en fait, c'est une conversation qui n'en finit plus sur la nationalité de Dieu ou de Jésus.
Dieu peut-il favoriser une nation au dépend de l’autre?
[Stéphane] C’est vrai qu'on se pose la question et c'est une question un peu inutile, mais c'est là. Par exemple, comment peut-on dire avec toute certitude que Dieu est dans notre camp lorsqu'on a un affrontement, lorsqu'on a un conflit? On voit ça dans des joutes sportives, les gens vont prier avant un match.
Et ça me fait penser… Il y avait une émission de télévision, c'était une comédie. Il y avait un extraterrestre qui voyait ça. Puis qu'il disait : “mais pourquoi est-ce qu'on prie? Eux autres aussi prient. OK, je comprends! On prie notre Dieu, puis notre Dieu va être plus fort que leur Dieu. C’est comme ça qu'on va gagner.”
C'est vrai que c'est absurde toute cette idée-là de penser que Dieu est avec ma nation, est avec mon groupe, avec ma tribu, avec ma famille, plus que les autres.
Les liens de proximité entre l’Église et une nation
[Joan] En tout cas, en France, moi je viens plutôt d'Alsace que de France, pour être tout à fait honnête, je suis plutôt alsaco-catalane que franco-espagnole. En France, j'ai toujours entendu dire que la France était la fille de l'Église.
[Stéphane] La fille aînée!
[Joan] La fille aînée de l'Église.
Alors, c'est une expression étonnante. Je suis lutéro-réformée. Je suis d'origine catalane espagnole. Je n'ai pas toujours compris ce que ça voulait dire, d'autant qu'il me semble que les conséquences de cette filiation privilégiée, finalement, ne sont pas si bonnes spirituellement.
Parce qu'il y a énormément de personnes avec qui j'ai pu parler, souvent d'un certain âge c'est vrai, pour qui la foi s'apparente à une contrainte, une contrainte forte.
Sans parler des écoles catholiques qui continuent à faire parler d'elles. Là moi, j'écoute le bouquin audio sur Bétharrame. C'est l'enfer, la façon dont on a traité les enfants, les jeunes jusqu'il y a encore très peu d'années!
Si je vais dans mon autre pays de cœur, c'est l'Espagne. Alors là, l'Espagne et le catholicisme, en tout cas certaines branches du catholicisme, la façon dont le franquisme s'est acoquiné à une secte de l'Église catholique qu'on appelle l'Opus Dei, qui a été longtemps d'ailleurs responsable de la communication au Vatican.
Et je me rends compte que ces deux pays avec lesquels j'ai des attaches culturelles généalogiques, la France et l'Espagne, connaissent un déclin énorme dans leur vie communautaire.
Je me dis que ce n'est peut-être pas une si bonne idée d'avoir un trop grand lien de proximité avec une Église. Pour une nation, ce n'est pas toujours garant de super bonne santé spirituelle.
La foi chrétienne et le nationalisme américain
[Stéphane] D'un point de vue canadien, on regarde vers le sud et le nationalisme chrétien a toujours été très fort aux États-Unis. Tous les discours politiques se terminent presque toujours par “God bless America!’, “Que Dieu bénisse les États-Unis!”.
Mais récemment, on a quand même atteint un niveau supérieur. C'est quand même assez fort.
Trump se présente comme une figure messianique envoyée par Dieu pour sauver le pays, ou en tout cas une certaine vision du pays. Les membres de l'administration utilisent la religion. Le vice-président qui est catholique romain depuis sept ans, se permet de dire au pape de faire attention lorsqu'il parle de théologie parce qu'il ne faut pas qu'il déconne.
Il y a cette idée-là que nous avons cette foi, pas nécessairement pour nous guider, mais pour gouverner. Nous avons été mis là et nous avons une mission divine. Nous sommes les envoyés de Dieu.
Il y a quelque chose de très malsain là-dedans. Il y a un mélange de très malsain et de très toxique.
Le nationalisme fragmenté de la Suisse
[Joan] Cette toxicité, tu vois, pour l'instant, depuis là où je suis et ce que j'observe, je me rends compte qu'il n'y a pas trop de ça en Suisse. Alors je me dis, mais pourquoi? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas un nationalisme aussi fort qu'en France, et puis bien moins présent qu'aux USA, alors qu'il y a un fonctionnement assez similaire du fait du fédéralisme en fait.
Ici, c'est un fédéralisme qui fait que chaque canton a sa ou ses confessions religieuses. Il y a des cantons qui sont catholiques, d'autres qui sont réformés, d'autres qui sont un peu mixtes.
Du coup, comme ce nationalisme suisse est bien moins centralisé, moins homogène qu’en France et finalement aussi qu’aux États-Unis, on peut se payer le luxe d'avoir tout plein d'identités fragmentaires.
Et finalement, en étant moins homogène, la question du nationalisme est plutôt imbriquée dans des identités cantonales fortes. Les gens diront qu'ils sont Vaudois avant d'être suisses. Ils diront qu'ils sont Zuricois avant d'être suisses. Ça, c'est important pour eux et elles. Et du coup, l'identité religieuse passe encore en deuxième plan.
Alors longtemps, l'idée en général, c'est que la confédération est chrétienne. Ça, par contre, c'est assez important et c'est aussi articulé avec des équilibres cantonaux, comme je disais, au niveau des confessions, au niveau de l'impôt d'Église, au niveau de ce que ça donne culturellement dans les fêtes.
Mais il y a surtout une notion qui est liée à cette neutralité suisse qui est la paix sociale. Moi, lorsque je vais être inscrite à l'ordre des ministres suisses, en tout cas on espère, des ministres vaudois en septembre, je vais prendre des engagements.
Le tout dernier engagement de la liste, (il y a les engagements classiques, prêcher, s'occuper des gens, tout ce qu'il faut), c'est de participer activement à la paix sociale. Et à partir de là, on comprend aussi pourquoi les autres identités sont là, sont importantes, mais elles ne doivent pas jamais prendre le dessus sur cette paix sociale.
Les identités multiples
Autres épisodes de « Question de croire »
- Est-ce que la consécration change une vie? 14 octobre 2026
- Combien bien choisir ses modèles? 30 septembre 2026
- Qu'est-ce que la vraie amitié? 22 juillet 2026
- La vérité a-t-elle toujours une place dans notre monde? 8 juillet 2026
- Comment fixer des limites? 10 juin 2026
- Quelle place pour les diacres dans l'Église 27 mai 2026
- L'accueil des réfugiés est-il un obligation? 13 mai 2026
- La dépendance est-elle un problème spirituel? 29 avril 2026
- L'humour et la religion peuvent-ils coexister? 15 avril 2026
- Quelle est la signification du Samedi saint? 1 avril 2026
- Est-ce que l'Église a un avenir? 18 mars 2026
- Est-ce que la foi peut aider vraiment à surmonter des tragédies? 4 mars 2026
- Quelle est la place des femmes dans l’Église? 27 février 2026
- Est-ce que les Protestants célèbrent le mercredi des Cendres? 18 février 2026
- Comment doit-on lire la Bible? 4 février 2026
À propos du podcast
Pour une vision différente de la foi, la spiritualité et la religion au 21e siècle. D'une manière progressiste et ouverte, Joan et Stéphane n'offrent pas des réponses, mais des pistes de réflexion sur des enjeux contemporains. Ce podcast réuni deux pasteurs: Joan Charras-Sancho ( Église…
Épisodes similaires
- 18 - La traversée du chaos - Avec Marjorie Despatis – QUAND LE CIEL TOUCHE LA TERRE
- 229. Que dit la Bible sur l'amitié – Chrétienne
- #4 LE CHRISTIANISME EN NOIR ET BLANC - avec Joan Stavo-Debauge - GOD BLESS AMERICA – Mon voisin Évangélique - Documentaire, enquête historique - Regards protestants
- Origène, un premier Traité de la prière – Méditation chrétienne · RCF Alsace
- Fès (Maroc) - Un jour une synagogue du 23/10/26 – Un jour une synagogue
- Un parcours biblique et des lectures de l'encyclique "Magnifica Humanitas" – Billet d'actualité du Diocèse de Saint Claude
Tous les épisodes de Question de croire · Plus de podcasts Spiritualité