31 - Bien-être animal avec Luc Mounier

Épisode de Renouée - Agriculture de Régénération par Lennan Bate · 29 décembre 2025 · 1 h 04 min

Le bien-être animal est aujourd’hui au cœur de nombreux débats, mais il reste souvent mal compris. Entre idées reçues, injonctions sociétales et réalités de terrain, une question essentielle demeure : de quoi parle-t-on vraiment quand on parle de bien-être animal ?

Pour en discuter, j’accueille Luc Mounier qui travail depuis plus de 25 ans à VetAgro Sup. Responsable de la chaire Bien-Être Animal et expert auprès du ministère et du Parlement européen, il travaille sur les filières bovines, porcines et volailles et nous aide à faire le lien entre science, élevage et société.

Dans cet épisode, nous allons revenir aux fondamentaux : comment définir les besoins des animaux, quel rôle joue l’éthologie, et en quoi le bien-être animal impacte la santé, la productivité, l’environnement et les choix de société.

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31 - Bien-être animal avec Luc Mounier

Luc Mounier: C'est pas la faute des éleveurs, le système dans lequel on est. C'est la

faute de tout le monde. Tout le monde a été dans ce système-là. A la sortie de la

guerre, on a dit aux éleveurs, il faut produire. On a mis des zootechniciens en leur

disant, voilà comment on va produire. Le consommateur s'est mis à manger de la

viande midi soir, midi soir, à un prix défiant toute concurrence. Donc, il était bien

content. Les politiques ont été dans ce système-là. Donc, c'est la faute de tout le

monde. C'est la faute du système. C'est pas la faute de l'éleveur. La majorité des

éleveurs que je connais, aiment leurs animaux et aimeraient bien avoir un système qui

soit plus propice au bien-être des animaux, c'est évident. Mais il faut aussi qu'ils

puissent manger, qu'ils puissent rembourser les investissements qu'ils ont fait.

Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la

santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture

occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire

des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne

notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin

d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture

réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au

travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Le bien-

être animal est un terme omniprésent aujourd'hui, souvent débattu, parfois

instrumentalisé et surtout entouré de nombreuses idées reçues. J'ai donc demandé à

Luc Mounier, qui est enseignant bien-être animal chez Vetagro Sub depuis plus de 25

ans, de nous éclairer sur ce sujet complexe. Donc voici un épisode pour prendre du

recul, déconstruire les idées reçues et comprendre pourquoi une approche holistique

du bien-être animal est aujourd'hui essentielle, que ce soit pour les animaux, leséleveurs, l'environnement et notre société dans son ensemble. Tu enseignes le bien-

être animal depuis 25 ans chez Vetagrosup et t'es aussi responsable cher bien-être

animal. Alors avant de commencer, est-ce que tu peux te présenter, peut-être nous

parler comment t'en es venu à devenir prof.

Luc Mounier: De bien-être animal ? Alors ça c'est une longue histoire et c'est

complètement le hasard. J'étais étudiant à l'école Veto à Lyon, donc qui est devenu

Vetagrosup. et je m'occupais pas mal des associations étudiantes. Et le directeur de

l'époque m'a dit, à la fin de mes études, « Mounier, ça serait pas mal que vous restiez.

» Et il m'a dit, il y a une discipline qui va se développer, et ça, c'était en 2000-2001.

C'est le bien-être animal. Moi, je voulais faire vétérinaire à la campagne, je voulais faire

vétérinaire rural, aller faire des césariennes, soigner des vaches, des choses comme

ça. Puis j'avais un attrait J'étais curieux, j'avais un attrait pour l'enseignement, je lui ai

dit pourquoi pas. Et il m'a dit dans ce cas-là, si tu veux faire ça, il faut faire ta thèse à

Clermont-Ferrand. Il y a une équipe, c'est des experts du bien-être animal, c'est les

seuls qui travaillent là-dessus actuellement. Et donc, il m'a envoyé là-bas. Je me suis

intégré à l'équipe. Je suis revenu à l'école Véto où j'ai passé les concours pour devenir

prof. En zootechnie, donc c'est l'étude des élevages, je restais sur ma discipline, et bien-

être animal. Et les deux sont étroitement liés. Mais au début, je n'avais aucun attrait

particulier pour le bien-être des animaux. On n'en parlait pas. On m'avait appris la

zootechnie, on m'avait appris la production, on m'avait appris éventuellement le confort

des animaux, mais c'était loin du bien-être. Et je suis rentré dans cette discipline. J'étais

un des premiers. En tous les cas, j'étais le premier à l'enseigner dans une école véto.

Et ce qui fait qu'après, petit à petit, ça s'est construit comme ça. J'ai participé à des

projets européens, j'ai monté mon enseignement, j'ai fait des collaborations. Mais au

début, ça vient vraiment de mon investissement associatif où le directeur m'a dit «

Mounier, ce serait pas mal que vous restiez ». Et il y a une discipline qui se développe.Et depuis, je suis resté dans le domaine parce que je trouve que c'est hyper

intéressant. On a une vision systémique de l'élevage. qui m'intéresse et qui m'a permis

de découvrir et de rencontrer des gens extrêmement.

Lennan Bate: Intéressants sur des thématiques assez variées. Super, on va pouvoir

décortiquer un petit peu ça. Mais pour commencer, est-ce que tu peux définir.

Luc Mounier: Ce qu'on appelle le bien-être animal ? Il y a une définition officielle qui a

été définie par l'ANSES en 2018, alors il y en a d'autres. Mais celle de 2018 de

l'ANSES, j'ai participé au groupe de travail et ce n'est pas pour ça que je l'aime bien,

mais je la trouve extrêmement intéressante. parce qu'elle recentre l'animal comme

étant l'acteur du bien-être des animaux, vraiment, et elle dit que le bien-être des

animaux dépend de l'état mental et physique des animaux, et que ça dépend de la

perception qu'il a de l'environnement. Et ça, c'est extrêmement important, parce que le

bien-être, il faut toujours prendre en compte l'animal, et c'est toujours l'animal qui a

raison, Et pendant très longtemps, on a fait plutôt de la bien-traitance, on a essayé de

mettre des conditions qui étaient favorables à l'animal, mais sans regarder vraiment ce

que l'animal nous disait. Et avec cette définition, on replace bien la notion d'être

sensible, qui est inscrite dans la loi, qui veut à la fois tout dire et rien dire, enfin qui n'est

pas suffisante en tous les cas en tant que tel, être sensible. Et donc, c'est un état

mental. Et cet état mental, il dépend de la perception. que l'animal a de la situation, à la

fois de son environnement physique, de son interaction avec les humains, avec ses

congénères, mais aussi de sa propre expérience, et donc ça va influer. Et donc, dans

une même situation, les animaux auront des bien-êtres qui sont différents. Et donc ça,

je trouve que c'est extrêmement important. Et tout ça, c'est basé sur la capacité des

animaux à ressentir des émotions. En fait, ils peuvent être tristes, ils peuvent être

joyeux, ils peuvent être frustrés. Et donc ça génère un état mental qui va être plutôtpositif ou plutôt négatif. Donc ça, c'est la définition que j'aime bien. Après, il y a des

définitions qui sont plus opérationnelles, parce que sur le terrain, état mental et

physique, c'est parfois un peu compliqué. Et donc, on utilise des définitions

opérationnelles. La plus connue, c'est celle qu'on appelle le principe des cinq libertés. Il

y a cinq grandes catégories de critères à respecter. Pour garantir le bien-être des

animaux, je vais en donner 2-3. La première, il ne faut pas qu'il ait faim et qu'il ait soif.

La deuxième, il ne faut pas qu'il soit dans un état d'inconfort. La troisième, il ne faut pas

qu'il ressente de douleurs, qu'il ait de blessures ou de maladies. La quatrième, il faut

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À propos du podcast

Le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine.

Renouée - Agriculture de Régénération

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