À Rock en Seine, des concerts en audiodescription pour les personnes malvoyantes et non-voyantes
Épisode de Reportage culture par RFI · 5 septembre 2026 · 3 min
Les pratiques d'inclusivité des concerts se développent au fil des ans et cette année, pour la première fois, le festival Rock en Seine, qui s'est tenu fin août, expérimentait un système d'audiodescription des concerts à destination du public malvoyant et non-voyant.
Pionnière de l'audiodescription de concerts en France, l’association Valentin Haüy accompagne déjà quatre festivals de musique dans leur démarche d’inclusivité. Pour Rock en Seine, ils ont notamment fait appel à Morgan Renault, auteur et narrateur d’audiodescription chevronné. Depuis sa cabine insonorisée, il commente le concert. Un exercice à la fois descriptif et artistique. « Je vais essayer de faire vivre le concert en live visuellement, parce qu’en fait, il arrive aussi très souvent que le public réagisse à ce que fait l’artiste, pointe-t-il, et rien de plus frustrant pour un spectateur non-voyant d’entendre les gens réagir sans comprendre pourquoi. Et l’idée, c’est ça aussi, c’est que tout le monde vive le concert en même temps. »
Concrètement, voilà ce que l'on peut entendre lorsqu'on l'écoute décrire un concert : « Les musiciens entrent sur scène en haranguant la foule. Ils portent des lunettes de cycliste des années 90, des lunettes noires, une chemise blanche ouverte, un pantalon noir. »
Cette année, ils ne sont que quatre à bénéficier du dispositif. Justine, 27 ans, souffre d’achromatopsie. Elle ne voit pas les couleurs et a une acuité visuelle de deux sur dix. Au début, elle n’était pas convaincue par ce dispositif qui ajoute du son aux sons qu’elle perçoit déjà. « Ça m’a rajouté beaucoup d’informations en plus, je me rends compte que je ne les avais pas quand je regardais un concert, reconnaît la spectatrice. Et par exemple, ça peut être les jeux de lumière, les couleurs, comment sont habillés les artistes. »
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« Ça nous rapproche, on nous inclut »
Sans l’audiodescription, Justine ne serait pas venue à Rock en Seine. « Je vais être un peu comme les autres. Je vais voir des détails que les gens du public arrivent à voir. Et ça, je trouve ça génial parce qu’on essaie de se mettre au même niveau, s'enthousiasme-t-elle. Et par exemple, quand Djo va lever la main pour faire signe au public, là on sait qu’on va pouvoir l’accompagner et être avec lui, alors qu’en temps normal, on ne le verrait pas. Et en tout cas, ça nous rapproche, on nous inclut. »
Une étude de la Fondation Malakoff Humanis Handicap, menée sur 850 personnes, révèle que 75 % des interrogés ont fréquenté un lieu culturel par an au cours des dernières années. Mais parmi ces lieux, les festivals et concerts arrivent en dernier. « L’audiodescription, j’ai envie de dire, c’est la partie la plus visible de l’iceberg, dénonce Anne-Gaël Tardieu, référente du dispositif pour l'association Valentin Haüy. Et l’accessibilité, c’est aussi sensibiliser [les festivals] aux transports pour aller jusqu’à leur événement, c’est l’accessibilité numérique, comment on communique avec des personnes déficientes visuelles. Le public qui perd la vue peut avoir renoncé à des choses. Moi, je perds la vue progressivement depuis l’âge de 36 ans. Et pour moi, c’était hors de question de me retrouver dans une vie au rabais. En fait, dans une vie où je suis à côté de la société, où je ne peux plus rien apporter. »
Des installations d’autant plus cruciales que le public malvoyant est amené à grandir. Selon l’OMS, ce nombre devrait doubler d’ici à 2050 du fait notamment du vieillissement de la population.
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