Martin Sion, le patron d'ArianeGroup en mission pour faire décoller Ariane 6
Épisode de Aujourd'hui l'économie, le portrait par RFI · 28 avril 2023 · 4 min
Depuis le début du mois d'avril, le fauteuil de patron d'ArianeGroup - le maitre d'œuvre du programme de lanceurs Ariane - a un nouvel occupant : Martin Sion. Sa mission : faire décoller la fusée Ariane 6, petite sœur d'Ariane 5. Mais le chantier a déjà trois ans de retard. De nombreux défis attendent cet homme de 54 ans, ingénieur de formation.
Sur son compte Twitter, il se décrit en quelques mots comme un passionné d'aérospatial, de technologie et d'innovation. Martin Sion est un homme assez discret, qui a fait l’essentiel de sa carrière chez Safran, géant français coté en Bourse de l’aéronautique, de la défense et de la sécurité, né de la fusion en 2005 des entreprises Snecma et Sagem, spécialisées dans les moteurs d’avion et la mécanique.
Sa prise de fonction intervient alors que l’Europe est plongée dans une crise des lanceurs – ces fusées puissantes permettant de mettre en orbite des satellites ou d’autres charges utiles – dont elle peine à sortir. Le lanceur italien Vega est cloué au sol jusqu'à nouvel ordre, et le lanceur russe Soyouz a été retiré du marché par le régime de Vladimir Poutine en représailles aux sanctions économiques. Ariane 6 est donc le seul espoir de l'Europe pour garantir sa souveraineté dans l'espace, sans dépendre des États-Unis.
Sa construction a été décidée pour remplacer progressivement Ariane 5, dont un modèle s’est d’ailleurs envolé direction Jupiter le 14 avril. Elle coûte moins cher à produire, et devait décoller pour la première fois en 2020. Trois ans plus tard, la fusée européenne n’est pourtant pas encore prête. La pandémie de Covid a provoqué plusieurs longs retards auxquels se sont ajoutés guerre en Ukraine et des travaux sur la base de lancement de Kourou, en Guyane.
Stefan Barensky, rédacteur en chef du magazine Aerospatium : « Il y a une pression épouvantable. Quand on ne lance pas, les sous ne rentrent pas. Heureusement, ArianeGroup produit aussi des missiles de dissuasion [nucléaire], ça permet de faire un peu de revenu. Mais il faut travailler dans des conditions qui ne sont pas favorables et remotiver les équipes. Il y a du boulot… »
Tenir les carnets de commandes
Deuxième défi à relever pour Martin Sion : tenir les carnets de commandes déjà bien remplis. Mais les chantiers avancent lentement et le moral des troupes d’ArianeGroup commence aussi à faiblir. « Elles font leur maximum pour faire un produit de qualité dans des conditions qui leur sont défavorables. Et on leur rabâche à longueur de temps que du côté des Américains, c’est vachement mieux. Sauf que c’est complètement absurde. On ne compare pas des carpes et des lapins », résume Stefan Barensky.
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Face aux difficultés dans lesquelles sont englués les Européens, les Américains, eux, en profitent pour prendre de l’avance. Mais les deux continents ne jouent pas avec les mêmes règles. ArianeGroup est soumise à des règles strictes imposées par l'Agence spatiale européenne (ESA). La plus handicapante est celle du « retour géographique ». Concrètement, lorsqu'un pays européen investit dans ce programme spatial, il bénéficie en échange de contrats industriels sur son territoire. La mesure avait été adoptée pour éviter de mettre à l’écart les plus petits États. Mais aujourd’hui, le modèle est très critiqué. La production du lanceur est éparpillée sur 13 pays, et près de 600 sociétés sont mobilisées.
Martin Sion va donc devoir jongler entre les directives de l’ESA et les contraintes des entreprises partenaires. « On est plutôt dans la diplomatie que dans l’industriel », analyse Stefan Barensky. D’après son entourage professionnel, l’ancien de Safran a toutes les qualités requises pour relever le défi. « Il faut pouvoir avoir des capacités techniques, écouter les experts, les comprendre, les challenger, et prendre la décision qui s’impose pour résoudre toutes les difficultés techniques qu’on pourrait rencontrer, raconte Joel Barre, ancien délégué général de l’armement et ancien supérieur de Martin Sion. Et ça je pense que Martin Sion sait le faire, il l’a démontré dans sa carrière. » Il ajoute : « Et puis il a des qualités de grand manager aussi, des capacités d’écoute, de relations humaines, de savoir-être, de leadership, qui sont évidemment indispensables au poste qu’il aura à la tête de cette société. »
► À écouter aussi : Depuis Kourou, l’Europe s’envole vers Jupiter
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