Canal de Panama: comment El Niño perturbe le commerce mondial
Épisode de Aujourd'hui l'économie par RFI · 16 septembre 2026 · 3 min
Le canal de Panama va une nouvelle fois réduire son trafic à partir d'octobre, en raison du manque d'eau provoqué par le phénomène climatique El Niño. Cette restriction intervient alors que cette voie maritime stratégique fonctionne presque à pleine capacité, notamment en raison des perturbations au Moyen-Orient. Avec des conséquences économiques qui peuvent aller jusqu'au prix des marchandises.
C'est un nouveau séisme dans le transport maritime mondial. La direction du canal de Panama a annoncé une nouvelle réduction de son trafic à partir d'octobre. La voie qui relie l'océan Atlantique au Pacifique ne pourra accueillir qu'à peine 30 navires par jour. En cause : le phénomène climatique El Niño et le manque d'eau nécessaire au fonctionnement du canal. Longue de 80 kilomètres, cette voie maritime permet aux navires de relier l'Atlantique au Pacifique sans contourner l'Amérique du Sud. Chaque année, environ 5 % du commerce maritime mondial y transite, ce qui représente des centaines de milliards de dollars. En 2024, ce sont ainsi 444 milliards de dollars de marchandises qui sont passés par le canal.
Son importance est encore plus visible depuis le début de la crise au Moyen-Orient. Le conflit et les perturbations autour du détroit d'Ormuz et du canal de Suez poussent certains pays asiatiques à s'approvisionner davantage aux États-Unis, et donc à faire passer davantage de navires par le canal de Panama. Ces derniers mois, il fonctionnait presque à sa capacité maximale, avec jusqu'à 40 passages quotidiens. Mais une dizaine de passages en moins par jour à partir d'octobre, c'est considérable pour une voie par laquelle transitent des centaines de milliards de dollars de marchandises.
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El Niño prive le canal de Panama de l'eau nécessaire à son fonctionnement
Cette hausse du trafic intervient au moment même où le canal est confronté à un problème de taille : il n'y a pas assez d'eau pour faire passer tous les navires. Le canal fonctionne grâce à l'eau de pluie, stockée dans deux grands lacs artificiels. Entre mai et août, les apports d'eau dans le bassin ont été inférieurs de 44 % à la normale. Résultat : 36 passages quotidiens en août, 34 depuis le début du mois de septembre, puis 32 à partir de la mi-septembre et moins de 30 en moyenne à partir d'octobre.
Les conséquences sont très concrètes pour les armateurs. Moins de créneaux disponibles signifie davantage d'attente et surtout des passages plus chers. Fin août, un méthanier a ainsi payé 5,3 millions de dollars pour obtenir un passage prioritaire, un record.
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Des routes plus longues et des coûts de transport plus élevés
Face à cette situation, certains armateurs boudent le canal, tout simplement en contournant l'Amérique du Sud. D'autres font transiter leurs marchandises par le rail, notamment au Mexique. Mais dans tous les cas, le transport est plus long et plus coûteux. Avec, potentiellement, un impact jusqu'au consommateur. Le coût du transport peut finir par se répercuter sur le prix des marchandises. Certains pays sont particulièrement exposés. Un quart du commerce extérieur de l'Équateur passe par le canal de Panama, contre 22 % pour le Chili et le Pérou.
Si l'on dézoome, El Niño n'a donc pas seulement un impact sur le canal de Panama, mais potentiellement sur toute l'économie mondiale. Le phénomène modifie les températures, les vents et les précipitations à travers le monde, et l'épisode actuel pourrait être particulièrement intense.
Pour le canal de Panama, cela se traduit très concrètement par moins d'eau, donc moins de bateaux. Et pour le commerce mondial, par des routes plus longues, des coûts plus élevés et, potentiellement, des prix qui augmentent. Une nouvelle illustration, finalement, d'une économie mondiale de plus en plus dépendante d'un climat qui, lui, devient de moins en moins prévisible.
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À propos du podcast
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