Episode 154 - Google veut former la France à l'IA !
Épisode de DigitalFeeling par Elodie Chenol · 10 avril 2026 · 16 min
Dans ce 154 ème épisode de Digitalfeeling, on parle d'une annonce que j'ai trouvée intéressante, et que je veux décrypter avec vous, parce qu'elle touche directement à ce que je fais au quotidien : la formation à l'IA.
Le 24 mars dernier, Google France a publié sur son blog le lancement d'un programme baptisé "L'IA en action", pensé pour accompagner les TPE-PME et les professionnels français. Au menu : un nouveau parcours d'apprentissage, une étude d'impact menée avec Ipsos et France Travail, et un nouveau certificat IA.
Mais derrière les annonces bien formulées, qu'est-ce qu'il y a vraiment ? Qu'est-ce que ça dit de l'état de l'adoption de l'IA en France ? Et surtout qu'est-ce que ça change pour vous, que vous soyez dirigeant de PME, salarié ou formateur ?
C'est ce qu'on va explorer ensemble.
Le cas concret qui ouvre le débat : Vent de Voyage
Google commence son article avec une histoire. Celle d'une PME de Saint-Malo : Vent de Voyage, qui upcycle des voiles de bateaux pour en faire des sacs et accessoires. Un savoir-faire artisanal, ancré dans un territoire.
Accompagnée par les Google Ateliers Numériques, la responsable marketing de l'entreprise a utilisé l'IA pour traduire et adapter plus de 400 fiches produits. Résultat : la part du chiffre d'affaires réalisée à l'export est passée de 10 à 30 %.
Je veux m'arrêter là-dessus une seconde, parce que c'est exactement le type de cas qui fait tomber les objections que j'entends souvent en formation.
"L'IA, c'est pour les grandes entreprises tech." Non. Une PME d'upcycling en Bretagne vient de tripler sa part à l'export grâce à un usage concret et maîtrisé de l'IA.
"L'IA va remplacer les humains." Non. Ici, elle a permis à une responsable marketing de faire quelque chose qu'elle n'aurait jamais pu faire seule, faute de temps et de budget : adapter 400 fiches produits pour des marchés internationaux.
Et Google le formule très bien dans son article : les vrais bénéfices de l'IA ne résident pas dans l'automatisation de ce qu'on faisait déjà, mais dans l'élargissement de ce qu'on peut accomplir.
Cette phrase, je vous invite à la noter. C'est une grille de lecture extrêmement utile pour évaluer n'importe quel projet IA dans votre organisation.
Les chiffres qui font mal : où en est vraiment la France ?
Avant de parler du dispositif Google, parlons de la réalité du terrain. Parce que Google ne lance pas ce programme dans le vide — il répond à un diagnostic préoccupant.
Ipsos a mené une étude sur la perception et les usages de l'IA chez les professionnels français. Le taux d'utilisateurs a doublé en deux ans, passant de 28 % en 2023 à 51 % en 2025.
Ça, c'est la bonne nouvelle. La courbe monte.
Mais voilà où ça coince : seuls 9 % des salariés utilisent l'IA au quotidien. Et le retard est encore plus marqué dans les PME.
51 % qui ont essayé. 9 % qui l'ont vraiment intégrée. C'est le fossé entre l'expérimentation et l'adoption réelle. Et c'est précisément ce fossé-là que je vois dans mes formations.
Les gens essaient ChatGPT, ils sont impressionnés, et puis... ils retournent à leurs habitudes. Parce qu'ils ne savent pas quoi en faire concrètement dans leur métier.
Et justement, le premier frein cité par les professionnels, c'est un manque de concret : ils se demandent simplement "comment l'IA peut-elle m'aider, moi, dans mon métier ?"
Cette question, elle est légitime. Et elle est saine. Ce n'est pas du scepticisme mal placé, c'est une demande de pertinence.
Un dernier chiffre qui me marque : 72 % des dirigeants estiment que l'IA sera un avantage compétitif indispensable d'ici trois ans — mais seulement 21 % des salariés français déclarent avoir reçu une formation dédiée, et c'est encore moins dans les petites entreprises.
Il y a donc un dirigeant sur deux qui croit à l'IA… mais qui n'a pas encore formé ses équipes. C'est le paradoxe central de ce moment.
Le dispositif "IA en action" : ce que Google propose concrètement
Alors que fait Google face à ce constat ? Le programme "L'IA en action" repose sur trois axes.
Premier axe : un parcours repensé pour les TPE-PME.
Ce nouveau parcours "Entrepreneurs", porté par les Google Ateliers Numériques et co-construit avec France Travail, vise à accompagner des étapes concrètes : étude de marché, pitch commercial, visibilité en ligne.
Ce qui me plaît ici, c'est le mot "co-construit". Parce qu'un des problèmes récurrents des grandes formations institutionnelles, c'est qu'elles sont pensées par des gens qui ne sont pas dans les entreprises. Partir des vrais besoins de terrain, c'est la condition pour que ça marche.
Deuxième axe : une étude d'impact avec Ipsos.
Cette mesure est menée avec France Travail et les CCI dans cinq régions pilotes. Elle vise à évaluer l'impact de parcours de sensibilisation sur l'adoption de l'IA, les gains de productivité, et les freins identifiés — pour alimenter les futures politiques d'accompagnement.
C'est la partie la plus intéressante à mes yeux, parce qu'on manque cruellement de données robustes sur ce qui fonctionne vraiment en matière de formation à l'IA. Mesurer l'impact, c'est rare. Et c'est nécessaire.
Troisième axe : le nouveau Certificat Google IA professionnel.
Ce certificat vise à équiper les professionnels avec les compétences en IA les plus recherchées par les recruteurs — de l'analyse de données à la gestion de projets, en passant par la génération de contenus visuels et la création d'applications métiers sans coder.
Et l'ambition est chiffrée : en 2026, Google et France Travail visent 20 000 certificats distribués aux demandeurs d'emploi et aux conseillers.
20 000 certificats. C'est ambitieux. Est-ce que c'est suffisant face à l'échelle du défi ? On en parle juste après.
Mon analyse : ce que ça dit, ce que ça ne résout pas
Voilà ma lecture à moi, celle d'une formatrice qui travaille sur ces sujets depuis plusieurs années.
Ce que cette initiative dit de juste :
La formation par les cas d'usage, c'est non négociable. 62 % des actifs réclament des formations basées sur des cas d'usages concrets. Ce n'est pas une demande de confort, c'est une condition d'efficacité. On n'apprend pas à utiliser un outil en lisant sa notice. On apprend en le manipulant sur un problème réel.
Et l'engagement de Google de renforcer "la partie pratique" du parcours, c'est une bonne direction. La preuve par l'usage, comme ils le disent eux-mêmes, c'est la condition incontournable de l'adoption.
Ce qui mérite d'être nuancé :
Google reste Google. Ce dispositif, aussi bien intentionné soit-il, s'inscrit dans un écosystème : les outils mis en avant seront des outils Google. Gemini, Workspace, les outils Google Ads… C'est normal, mais c'est à garder en tête. La montée en compétences en IA ne doit pas être synonyme de dépendance à un seul acteur.
Deuxièmement : 20 000 certificats, c'est un chiffre qui sonne bien mais rappelons que la France compte plus de 4 millions de TPE-PME. La formation à l'IA ne peut pas reposer uniquement sur des acteurs privés ou sur des dispositifs nationaux ponctuels. Elle doit s'intégrer dans les stratégies RH des entreprises elles-mêmes.
Le vrai enjeu n'est pas l'accès à la formation. C'est le transfert de compétences dans le poste de travail. On peut avoir le meilleur certificat du monde, si personne dans l'entreprise ne crée les conditions pour expérimenter, la compétence reste théorique.
Ce que je retiens de cette annonce Google, au fond, c'est qu'elle confirme ce que le Baromètre du Numérique nous disait aussi : la France est à un point charnière.
L'adoption de l'IA est en train de s'accélérer. Les outils sont là. Les ressources de formation se multiplient. Mais le vrai défi, celui qui va faire la différence entre les organisations qui avancent et celles qui restent à quai, c'est la capacité à ancrer ces compétences dans le quotidien des équipes.
Et ça, ça ne vient pas d'un certificat. Ça vient d'un changement de posture managériale, d'une culture d'expérimentation, et d'un accompagnement humain qui ne se substitue pas à la technologie mais qui la rend intelligible.
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À propos du podcast
DigitalFeeling, le podcast IA & marketing digital qui passe à l'action Je suis Élodie Chenol, consultante et formatrice spécialisée en Intelligence Artificielle et marketing digital. Chaque semaine, en 10 minutes chrono, je réponds à une question de terrain pour vous aider à intégrer l'IA dans…
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