Pourquoi continuer à attribuer le prix Nobel de la paix
Épisode de La fabrique du monde par RFI · 9 octobre 2026 · 3 min
Le très prestigieux prix Nobel de la paix est remis aujourd'hui à Oslo. C'est une tradition bien établie depuis 1901, mais ces dernières années, l'attribution du prix a été soumise à polémique dans un monde plus en plus anxiogène, et dans un climat de plus en plus tendu.
Évidemment, dès qu'il y a polémique internationale, il y a un nom qui revient souvent ces dernières années. C'est celui de Donald Trump. Il ne devrait pas l'avoir cette année après avoir attaqué le Venezuela et l'Iran. Et d'ailleurs, il fait moins campagne pour l'obtenir que l'an dernier quand il affirmait avoir mis fin à huit guerres en huit mois. Il n'avait pas réussi à convaincre le comité Nobel, qui lui avait préféré l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado. Elle n'avait pas échappé à l'ombre de Donald Trump et avait finalement remis sa médaille au président américain. Cela ne lui a pas servi à grand-chose, puisque depuis Donald Trump qui a fait déposer et enlever Nicolas Maduro n'a pas de mots assez aimables pour Delcy Rodriguez, issue du régime qui refuse toujours l'entrée du pays à Maria Corina Machado.
Déceptions
Donald Trump n'est pas la seule origine des soucis du comité Nobel. Il y a aussi des choix effectués par le passé et qui ont déçu par la suite. Les exemples sont nombreux. Citons l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, lauréate en 1991 pour sa lutte non violente pour la démocratie et les droits humains. Devenue présidente de son pays son attitude au moment des exactions de l'armée birmane contre les musulmans rohingya lui a été reprochée. Désigné quelques mois après son élection en 2009, Barack Obama deviendra le président américain qui fera un usage immodéré des drones en Afghanistan et détournera le regard des lignes rouges qu'il avait lui-même fixé à Bachar el-Assad au début de la guerre en Syrie. Enfin, encore plus récemment, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a été récompensé en 2019 pour ses efforts pour la paix entre son pays et l'Érythrée. Il s'est lancé l'année suivante dans une guerre contre les rebelles du Tigré qui a tué plus de 600 000 morts, l'une des guerres les plus épouvantables de ces dernières années et qui est au bord de reprendre.
Montrer l'exemple
Alors il y a plusieurs solutions. Certaines ont été testées, comme davantage donner le prix à des organisations ou à des causes plutôt qu'à des personnalités politiques susceptibles de décevoir. Il y a aussi la solution de ne pas attribuer le prix, tout simplement. Cela existe. Exemple le prix Mo Ibrahim, du nom d'un milliardaire anglo-soudanais, pour la bonne gouvernance en Afrique. Faute d'ancien dirigeant satisfaisant aux critères, il n'a pas été attribué depuis cinq ans. Et puis le climat général n'est pas forcément à la paix, mais plutôt au retour de la loi du plus fort et de la guerre dans les relations internationales. Mais il faut dire que les seules fois où le prix Nobel de la paix n'a pas été attribué, c'était pendant les deux Guerres mondiales. Ce serait un symbole un peu trop fort et en ces temps troublés, il est peut-être encore temps de montrer l'exemple de ceux qui défendent la paix.
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À propos du podcast
Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.
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