L'Église doit-elle demeurer neutre?
Épisode de Question de croire par Stéphane Vermette et Joan Charras-Sancho · 9 octobre 2024 · 26 min
L'Église doit-elle demeurer neutre?
Pourquoi les Églises donnent-elles leur opinion sur un projet de loi? Doit-on attendre l’accord de l’État pour se prononcer?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane se questionnent sur les appels à la neutralité, s’inspirent de l’exemple de Jésus dans les évangiles et expliquent la différence entre le concept de neutralité en France et au Canada.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité une question à la fois. Cette semaine, l'Église doit-elle demeurer neutre? Bonjour Stéphane, bonjour aux auditorices. Bonjour Joan, bonjour tout le monde qui est à l'écoute.
Est-ce que l'Église doit demeurer neutre ?
Ça, c'est quelque chose que j'ai pas mal entendu concernant la bénédiction des couples de même genre, qui est un sujet qui m'a occupé pas mal d'années.
Et lorsque je demandais aux différentes instances protestantes en France qu'on puisse en débattre de façon ouverte, pluraliste, de façon publique aussi, souvent on me disait mais non, mais tu vois, comme c'est pas encore autorisé par l'État, on va éviter ça, on veut quand même garder une certaine neutralité, ce qui est important d'abord. c'est de respecter la loi.
Et moi, dans mon petit cerveau de théologienne, je me disais, mais depuis quand la confirmation a été autorisée par l'État ? Ça ne nous empêche pas d'en faire.
Et là, comme c'était un sujet un peu touchy, un peu délicat, d'un seul coup, il fallait qu'on fasse preuve de réserve et qu'on attende très sagement que l'État tranche pour qu'on puisse se mettre à réfléchir théologiquement et publiquement à la question. Donc moi je me méfie un petit peu de cette neutralité qu'on utilise finalement comme un cache-misère.
Limiter la neutralité à certains sujets
C'est très pertinent à la réflexion même si nous venons de deux Églises différentes. C'est quelque chose que j'entends aussi et c'est ce que j'appelle la géométrie variable.
Certains sujets, il faut s'impliquer, il faut appeler ou écrire à nos députés, à nos représentants. Il y a d'autres sujets, ah là, il ne faudrait pas toucher à ça.
L'un des exemples avec l'Église Unie du Canada, c'est la question, je pourrais dire, israélo-palestinienne. Et l'une des choses qui revient souvent, c'est pourquoi on se soucie de ça, pourquoi on fait de la politique.
Récemment, le secrétaire général de l'Église unie du Canada a écrit une lettre au premier ministre canadien au nom de l'Église demandant de suspendre les relations avec Israël jusqu'à ce qu'il y ait une enquête sérieuse sur le dossier qui était accumulé par la Cour internationale de justice pour ce qui se passe à la bande de Gaza.
Et il y a eu une grosse réaction. Naturellement, on voit les images de la guerre, les gens sont touchés. Oui, c'est tragique ce qui se passe à la Bande de Gaza. Les enfant meurent, mais on sent qu'il y a le « mais ». Pourquoi on prend position, il y a les deux côtés de la médaille, on devrait rester neutre.
Les buts derrière notre neutralité
Pour moi, en fait, la prétendue neutralité, c'est une question de pouvoir aussi, finalement. C'est-à-dire que souvent, en fait, on se dit neutre pour ne pas se mettre à dos les gens qui ont du pouvoir.
Et typiquement, là, quand il s'agit d'un conflit géopolitique, c'est assez complexe, je trouve, d'arriver à porter une parole qui disent qu'il y a eu des massacres de part et d'autre. Et comme on n'est pas là pour se poser en juge moral de qui a commencé quoi, qui a fait qui quand...
Je sais que maintenant tout le monde est devenu expert en géopolitique du Moyen-Orient, comme avant l'Ukraine. On ne savait même pas où était l'Ukraine. Après, on était tous des spécialistes sur l'Ukraine et avant sur la Syrie, pareil.
Mais en l'occurrence sur des conflits territoriaux qui sont bloqués pour plein de raisons qu'on ne va pas lister. Choisir la neutralité, il ne faut pas se le cacher, c'est aussi choisir de se mettre à l'abri d'enjeux de pouvoir.
Et prendre position, ça peut être parfois, comment dire, ça peut parfois créer du mal sans créer du bien, parce que, par exemple, sur certaines prises de position qui ne sont pas suivies d'actes, je me demande toujours qu'est-ce que ça apporte aux gens sur place, en fait.
Puisque là, par exemple, on peut dire c'est un massacre qui est en train de se passer sur la bande de Gaza, c'est juste. On va arrêter d'avoir des relations avec Israël. Mais pourquoi est-ce qu'on fait ça ? C'est parce qu'en fait, on ne peut rien faire d'autre.
C'est parce qu'en fait, on ne peut pas les aider les Gazaouis. En fait, on ne sait même pas à qui envoyer de l'argent. En fait, on n'a pas envie de donner de l'argent à l'Égypte parce que c'est un gouvernement véreux.
Donc en fait, comme on ne peut rien faire de constructif pour aider les gens, on va dire plutôt qu'on va casser une relation. avec un interlocuteur sur place qui lui-même éventuellement souffre à ses problèmes, se remet lui-même d'un massacre.
Et c'est là que moi je suis un peu perdue dans ces questions-là. Je suis autant perdue par la prise d'opposition que par la neutralité et en même temps je comprends que tout le monde a envie d'avoir l'impression qu'il ou elle fait quelque chose.
Les moments où la neutralité n’est pas possible
Et la neutralité, c'est souvent la position confortable. J'ai eu le privilège de rencontrer plein de gens, des partenaires qui disaient parfois, nous, on n'a pas le luxe de demeurer neutre. Et ça fait réfléchir.
Nous, c'est facile d'être neutre. On est dans un pays occidentaux, on a des ressources. J'ai un toit au-dessus de ma tête. Je suis protégé par une constitution, par des lois, par les forces de l'ordre. On a parlé des conflits qu'on connaît.
Et il y a tellement de conflits qui sont oubliés, qui ne font pas les nouvelles. Ces gens-là sur le terrain, faut qu'elles survivent, faut qu'elles trouvent moyen d'opérer leurs activités et n'ont pas ce privilège-là de dire « moi je m'en mêle pas, j'essaie d'être au-dessus de la mêlée » parce que ça fonctionne. Ne fonctionnent pas. Ils vont subir des conséquences.
Même la neutralité entraîne des conséquences. Il faut rester conscient de notre privilège de ce côté-là.
La neutralité selon Jésus
Et c'est vrai qu'en fait, moi, je n'ai jamais considéré Jésus comme quelqu'un de neutre. Donc, c'est vrai que c'est une vertu qui m'échappe un peu, même si sur certaines questions, elle me plaît.
J'ai toujours trouvé que dans tout ce qu'il faisait, il était engagé. Il avait l'air de prendre un parti des fois à contre-courant de tout le monde, par exemple quand il parle avec des collecteurs d'impôts, quand il a des prostituées qui le suivent, etc. Des choses qui sont encore maintenant, qui posent question à certaines églises, à certains partis, à certains courants.
J'ai l'impression que Jésus était du genre à prendre position, à être prêt à être mis en question, comme on le voit avec la femme qui dit que même les petits chiens mangent les miettes quand ils essayent de la rabourrer. et qui était d'accord aussi de changer d'opinion.
J'ai l'impression que Jésus incarne bien ce que me disait souvent mon père quand j'étais ado et que j'étais parfois un peu survoltée. « Ouais, mais t'as vu, les gens changent d'avis tout le temps. » Il me disait « Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis, Joan. Changer d'avis, c'est sain, c'est bien. »
Dans la vie, il faut être amené à changer d'avis. Moi, c'est vrai qu'en tant que pasteur, ministre, engagé dans l'Église, j'ai toujours trouvé ça bien d'avoir des convictions.
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À propos du podcast
Pour une vision différente de la foi, la spiritualité et la religion au 21e siècle. D'une manière progressiste et ouverte, Joan et Stéphane n'offrent pas des réponses, mais des pistes de réflexion sur des enjeux contemporains. Ce podcast réuni deux pasteurs: Joan Charras-Sancho ( Église…
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