Pourquoi nos maisons sont-elles plus polluées que l'air extérieur?
Épisode de Questions d'environnement par RFI · 7 septembre 2026 · 3 min
La pollution de l'air tue chaque année dans le monde des millions de personnes. Et c'est paradoxalement à l'intérieur que l'air est le plus contaminé. Mais des solutions existent.
C'est un fléau invisible qui tue en silence. Six millions et demi de personnes meurent chaque année dans le monde à cause de la pollution de l'air, selon une estimation de l'Organisation mondiale de la santé. Face à ce bilan macabre, l'ONU a institué, depuis 2020, chaque 7 septembre, une Journée mondiale contre la pollution de l'air joliment baptisée « Journée internationale de l'air pur pour des ciels bleus ».
La pollution de l'air est partout, et pour échapper aux gaz d'échappement des voitures et aux fumées des usines, vous pensiez vous réfugier chez vous ? Grave erreur. L'air de nos maisons est même plus pollué que l'air extérieur. « On a l'impression que lorsqu'on est en intérieur, on est plus protégé, on retrouve le cocon du domicile. Mais dans la réalité des faits, on s'aperçoit que l'air est souvent beaucoup plus pollué qu'à l'extérieur, deux à trois fois plus », alerte Jean-Luc Savello, référent qualité de l'air intérieur pour Atmo France, la fédération des associations de surveillance de la qualité de l'air en France.
Cuisiner génère de la pollution
Cette pollution intérieure vient d'abord de l'air extérieur qui s'accumule dans un espace confiné. Mais nos maisons engendrent elles-mêmes un air pollué. Peindre ses murs dégage de la pollution, et tout au long des années les peintures, qui contiennent des produits chimiques, continuent de polluer. La pollution intérieure est en fait partout dans notre vie quotidienne, par exemple quand on prépare à manger. Des pics de pollution, il y en a dans les embouteillages mais aussi dans la cuisine.
« Le fait de faire cuire, de faire chauffer de l'huile, tout ce qui est activité de combustion émet des particules fines, ce qui va dégrader la qualité de l'air intérieur, en particulier lors de la friture », poursuit Jean-Luc Savello. Plus la température de cuisson est élevée, plus elle dégage des particules fines et des composés organiques volatils. Manger moins de frites est donc bon pour la santé, à double titre. Et ouvrir la fenêtre quand on cuisine ne sert pas seulement à chasser les odeurs.
Produits ménagers polluants
Et si on fait le ménage pour dépolluer ? Paradoxalement, l'entretien du domicile peut provoquer de la pollution, et c'est de la faute des industriels. « Depuis longtemps, la publicité nous a vendu le fait qu'on devait avoir forcément des produits qui ont des odeurs. Mais comme pour les bougies parfumées, on se retrouve avec des composés chimiques ajoutés, constate Jean-Luc Savello. Ce qu'on conseille, c'est d'utiliser des produits naturels pour nettoyer, voire de l'eau chaude tout simplement. La propreté n'a pas d'odeur. »
Mais la pollution peut être naturelle. La nature produit par exemple du radon, un gaz radioactif, « inodore, qu'on retrouve dans les roches, dans plusieurs régions de France (le Massif central, l'est, la Bretagne, la Corse...), qui va s'accumuler dans les maisons et qui peut provoquer des cancers du poumon, notamment. C'est la deuxième cause de cancer du poumon après la cigarette », explique Jean-Luc Savello, qui est aussi le directeur de Qualitair Corse. Du radon, il y en a un peu partout sur la planète. Au Cameroun, une étude avait estimé que les trois quarts des maisons pouvaient contenir des taux anormaux de radon.
Faire « roter » sa maison
Face à la pollution de nos intérieurs, les plantes dépolluantes peuvent-elles être des alliées ? Certes, des plantes à la maison participent au bien-être, c'est joli, mais l'effet dépolluant signalé dans les jardineries est surtout un effet marketing. « Une plante permet de réduire le dioxyde de carbone (CO2) dans une pièce. En revanche, il n'y a pas de preuve que la plante permette d'améliorer la qualité de l'air intérieur. Parfois c'est même l'inverse, lorsqu'on arrose trop les plantes, par exemple, il peut y avoir des moisissures qui se créent », souligne Jean-Luc Savello, d'Atmo France.
Il n'existe en réalité que deux solutions pour éviter que la pollution intérieure n'encrasse nos poumons, alors que nous passons environ 80 % de notre temps à l'intérieur : limiter ces pollutions intérieures, et surtout aérer, ouvrir ses fenêtres. Dix minutes par jour suffisent, et c'est mieux le matin. Il y a pour cela une expression en anglais, plutôt imagée : c'est le « house burping ». En français, faire « roter » sa maison !
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À propos du podcast
La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les…
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