Mannequineur, un métier méconnu mais essentiel à la mémoire du spectacle vivant

Épisode de Reportage culture par RFI · 14 août 2026 · 3 min

Le Centre national du costume et de la scène, à Moulins, dans le département de l'Allier, célèbre cette année le 20e anniversaire de sa création. Depuis 2006, ce musée-réservoir stocke, conserve, et veille sur des milliers de costumes de scène passés à la retraite. Pour son exposition anniversaire intitulée « Tous en scène », il dévoile certains de ses trésors et met aussi en avant les métiers souvent méconnus de ses équipes. Parmi ces professions, celle de mannequineur.

« Attention, il y a un petit escalier. Ce n'est pas grand chose, mais il est ancien. » Pour nous conduire dans son atelier du Centre national du costume et de la scène (CNCS), à Moulins, dans le centre de la France, Fabienne Sabarros-Helly nous guide avec expertise à travers un dédale de couloirs, de petits escaliers et d'arrière-salles. Au détour d'un virage, dans la pénombre, on sursaute à la vue d'une dizaine de mannequins debout face à un mur. La responsable du pôle mannequinage du CNCS sourit : « Ah oui, j'ai oublié de vous prévenir, j'ai tellement l'habitude... Alors, attention, j'ouvre la porte ! ».

L'inverse du travail de costumier

Dans la vaste salle sans lumière du jour - conservation des costumes oblige - qui constitue la réserve à mannequins du CNCS, des dizaines de bustes de tous types s'amoncellent, rangés sur des étagères, alanguis sur des chariots, ou mis au coin. Combien exactement ? « Entre 800 et 900 », souffle Fabienne Sabarros-Helly.

Il faut dire que ces mannequins sont essentiels au fonctionnement du CNCS et représentent le travail quotidien d'un mannequineur. « Ce sont nos pinceaux, ou nos marteaux, si l'on veut : les mannequins, ce sont nous outils de travail ! » Un travail qui consiste à « faire l'inverse du métier de costumier », explique la maîtresse des lieux qui poursuit : « Les costumes de spectacle vivant sont faits sur mesure pour un artiste. Nous, à partir de ce costume, on va essayer de retrouver la silhouette et l'attitude de la personne. Le costume étant sur mesure, son support doit l'être aussi ». L'idée, ici, est à la fois de redonner vie à un vêtement exceptionnel, tout en le préservant.

« Il y a donc des règles de base à respecter, énumère Fabienne Sabarros-Helly. On utilise des matériaux doux, sans produits chimiques, qui n'accrochent pas. Et, bien évidemment, il faut respecter la taille du vêtement, pour ne pas tirer le tissu. On ne va pas mettre un mannequin bien en chair dans un costume aux petites dimensions. »

Un métier aussi manuel que sensible

Chaque jour, plusieurs heures par jour, la volubile quinquagénaire s'installe dans cette réserve pour manipuler les mannequins et les costumes. « C'est manuel ! Il faut soulever les costumes, parfois très lourds, savoir manipuler les mannequins, ce qui n'est pas toujours évident. » Les tâches les plus classiques impliquent aussi de rembourrer des hanches ou, au contraire, d'affiner une ligne de taille, de découper du carton, de la ouate, de réaliser des moulages, bref, il faut mettre les mains à la pâte.

Mais le travail de mannequineur offre aussi des moments suspendus, comme ce jour que Fabienne Sabarros-Helly évoque avec tendresse. « Pour une exposition consacrée à Christian Lacroix, on travaillait sur un costume pas évident. Il n'était pas en très bon état, il était un peu spécial. On l'avait laissé dans un coin pour plus tard, un peu puni. Et puis un jour où on avait passé du temps dessus, on lui a mis ses bottes et là, il était avec nous, c'était magique ! Ce sont des moments joyeux ».

Il faut dire que Fabienne Sabarros-Helly passe assez de temps avec ses mannequins pour développer une forme de lien personnel avec eux. « Il y a quelque chose de l'ordre de l'intimité, de l'intériorité. On travaille presque avec l'âme de l'artiste, quelque part ! ».

Après près de 20 ans passés au CNCS, Fabienne Sabarros-Helly ne se lasse pas de ses fantômes, pour lesquels elle fait toujours des pieds et des mains. Quant à la charge de travail, elle ne diminue jamais : aujourd’hui en France, on ne compte qu’une quinzaine de mannequineurs répartis dans une poignée de musées.

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