«Toulouse-Lautrec, créateur d'icônes»: les nuits de Montmartre à Aix-en-Provence

Épisode de Reportage culture par RFI · 31 juillet 2026 · 3 min

Des nuits de Montmartre aux lumières du Moulin Rouge, des cafés-concerts aux maisons closes, Henri de Toulouse-Lautrec a été le grand chroniqueur du Paris de la Belle Époque, au tournant du 20ᵉ siècle. Plus de 100 ans après sa mort, le Caumont-Centre d'art d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France, propose un regard inédit sur son univers. À travers une centaine d'œuvres et une scénographie immersive aux airs de cabaret, l'exposition révèle comment ce peintre et affichiste visionnaire a su transformer les figures de la nuit en icônes intemporelles.

Henri de Toulouse-Lautrec a saisi comme nul autre l'effervescence de la vie nocturne parisienne à l'heure de la Belle Époque et de ses quelque 600 cabarets. Armé d'un crayon, cet aristocrate de petite taille aux jambes fragiles passe ses nuits à observer le monde du spectacle. À travers un geste, une silhouette, un accessoire, il parvient à révéler l'identité de ses modèles, comme l'explique Sophie Guérinet, responsable de la médiation culturelle de l'exposition : « Par exemple pour La Goulue, c'est le chignon. Pour Yvette Guilbert, ça va être les gants noirs. Jane Avril, elle, a un joli déhanchement et un chapeau incroyable. Donc il va styliser pour aller directement à l'essentiel ».

À une époque où les affiches publicitaires envahissent les rues, Toulouse-Lautrec comprend la force d'une image simple. Quelques traits lui suffisent pour immortaliser Aristide Bruant, le chansonnier au chapeau noir et à l'écharpe rouge.

« Même dans les couleurs, c'est assez épuré. Pour la grande affiche majeure du Moulin Rouge réalisée en 1891, il utilise uniquement trois couleurs : le rouge, le jaune et le noir. Et contrairement à d'autres affichistes qui vont représenter des Parisiennes plutôt idéalisées, lui va tout de suite mettre en avant des personnages que l'on retrouvait au sein de ces différents cabarets », poursuit Sophie Guérinet.

Toulouse-Lautrec, dans l'intimité de ses modèles

Mais au-delà des vedettes du Moulin Rouge, ce sont les êtres humains qui fascinent Toulouse-Lautrec, comme l'analyse la responsable de la médiation culturelle de l'exposition : « Ce qu'il aime avant tout, c'est vraiment représenter les portraits, la figure. Il va même s'installer au sein de ces maisons closes ; il y aura sa chambre. Il va rentrer un peu dans l'intimité de ces jeunes femmes et il va les représenter sans jugement avec beaucoup de bienveillance. Donc, on les voit en train de faire leur toilette, de se coiffer les cheveux, en train de faire leurs ongles ».

Ce regard profondément humain se pose aussi sur de parfaites inconnues croisées loin des lumières et de l'exubérance des cabarets, à l'exemple de Carmen Gaudin, « une jeune fille qu'il va rencontrer dans la rue, qui est une blanchisseuse, une jeune ouvrière. Elle sera son modèle pendant de nombreuses années. Il fera à la fois des peintures à l'huile, de grands tableaux et des peintures sur carton », selon Sophie Guinet.

Parmi les 5 000 œuvres réalisées au cours de sa courte vie - 36 ans - seules 31 sont des affiches. Il n'en fallait pas davantage à Toulouse-Lautrec pour capturer l'esprit de toute une époque et rendre ses personnages immortels.

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