Octobre rose: se réapproprier son corps et sa sexualité après un cancer du sein [1/2]
Épisode de Reportage France par RFI · 20 octobre 2026 · 4 min
Comme chaque année en octobre, plusieurs acteurs de la lutte contre le cancer du sein se mobilisent dans toute la France pour sensibiliser à la maladie. C'est l'un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Plus il est diagnostiqué tôt, plus la patiente à de chance d'y survivre. Au prix, souvent, de séquelles physiques et psychologiques laissées par les traitements et les opérations. Quel rapport les patientes entretiennent-elles avec leur corps ? Comment se réapproprier son intimité et sa sexualité ? C'est la question que RFI a posé à une femme aujourd'hui guérie du cancer du sein, et à une sexologue qui vient en aide aux malades. Reportage à Paris, à l'hôpital Saint-Joseph.
« Perdre un sein, c'est aussi perdre la capacité de séduire. Le regard de l'homme sur la femme, évidemment, la capacité d'être belle et d'être sexuelle aussi », explique Ysabelle-Rose, 56 ans. L'année dernière, elle découvre qu'elle est atteinte d'un cancer du sein de grade 3. Elle en a gardé une cicatrice sur la poitrine après l'ablation, et une relation ambigüe avec ce nouveau corps : « Je ne suis pas moins femme. Je n'ai pas moins d'envies sexuelles. Je ne pense pas donner moins envie. Sauf peut-être pour des hommes qui sont un peu limités, justement, à l'apparence physique. Cela peut, peut-être, choquer. Ça, je l'entends. Mais la féminité, cela passe aussi par autre chose que deux seins sur un corps », affirme-t-elle.
À l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, le docteur Sophie Wylomanski travaille justement sur ces questions avec des patientes. Chirurgien-gynécologue et sexologue, elle les rassure d'abord. Oui, il est normal que la sexualité soit perturbée pendant le parcours de soin, selon elle : « On sait que la chirurgie, les cicatrices vont donner des modifications de la sensibilité de la peau, mais également les rayons. Les rayons vont modifier la peau. On va avoir une sensation de peau cartonnée. On va adapter en fonction de leurs symptômes. L'hormonothérapie peut assécher les muqueuses. Cela peut être de la kinésithérapie, toutes les thérapies à médiation corporelle. Le cancer, c'est une épreuve qui vous est imposée, qu'on subit. Et du coup, on va généralement être totalement pris par cette annonce et par tout ce que le corps médical va demander de faire en vue de cette guérison. La libido, le désir sexuel, est vraiment lié à comment on se sent dans son corps et comment on estime son corps. Ce sont des choses qui vont pouvoir entraver le désir sexuel. »
À lire aussiCancer du sein : pourquoi les patientes sont-elles de plus en plus jeunes?
« Retrouver la joie du corps, la joie de la vie, du plaisir »
Bien souvent, la sexualité d'avant ne réapparait pas comme par magie une fois la patiente guérie. D'où l'importance d'un accompagnement sur la perception de soi, comme l'explique le docteur Sophie Wylomanski : « Il va falloir se réapproprier ce nouveau corps. Ce sera un corps différent, mais c'est un corps qui peut être beau. Et quand on voit justement l'art-thérapie et tout ce qu'on peut mettre en place, il y a des moyens d'aider les femmes à se réapproprier ce corps qui a été largement malmené. »
C'est justement en suivant un atelier d'art-thérapie qu'Ysabelle-Rose a pu dépasser ses appréhensions. Dans le hall de l'hôpital Saint-Joseph, une exposition la met en scène aux côtés d'autres femmes. Elle nous montre fièrement la photo capturée à la fin de la séance : elle y pose entièrement nue, le corps recouvert d'un camaïeu de peinture violette. « Quand je l'ai faite, je me suis sentie divine. C'était vraiment très spirituel », reconnaît-elle. Un sentiment qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps. « Surtout depuis l'opération où il y avait une perte d'estime de soi très forte, précise-t-elle. Là, ça m'a vraiment permis de retrouver la joie du corps, la joie de la vie, du plaisir. C'était vraiment très puissant. »
Elle ajoute : « Là, ça y est. Je suis OK avec ça (se déshabiller devant un homme, NDLR). Je suis allée à la mer, à la piscine. J'ai vraiment l'impression que tout le monde me regarde des fois, alors que finalement, tout le monde s'en fout. Mais il y a quand même ce moment de... Et puis après, on le dépasse. Mais c'est un vrai travail intérieur. Déjà qu'on est complexées, nous les femmes, pour un rien : un bouton, une vergeture, ou un truc... Alors là, c'est vraiment puissant. »
Dans le monde, 1 000 cancers du sein sont diagnostiqués chaque jour, ce qui en fait l'un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Mais c'est aussi l'un de ceux qu'on soigne le mieux, s'il est dépisté au plus tôt.
À lire aussiOctobre rose: grâce à la recherche, «chaque forme de cancer du sein va avoir son traitement adapté»
Autres épisodes de « Reportage France »
- «Je te crois»: des formation aux violences faites aux enfants pour les acteurs du périscolaire en France 25 octobre 2026
- Football américain: pour la NFL, Paris se met à l'heure étatsunienne 22 octobre 2026
- Octobre rose: s'informer et se sensibiliser au cancer du sein à la Grande Mosquée de Paris [2/2] 21 octobre 2026
- France: un an après le casse du Louvre, où en est la sécurité dans les musées? 18 octobre 2026
- Les entreprises chinoises à la conquête de l'Europe au Mondial de l'automobile 15 octobre 2026
- À Mayotte, les chiffres alarmants de la mortalité infantile 14 octobre 2026
- Mobilisation lycéenne en France: un déclic politique pour des jeunes avant la présidentielle 13 octobre 2026
- France: les policiers municipaux de Montrouge se forment pour mieux accueillir les femmes victimes de violences 13 octobre 2026
- En Guyane, l'orpaillage illégal dégrade la vie des populations et ravage durablement les forêts 11 octobre 2026
- Santé: les aidants ont besoin d'«être vus, entendus et reconnus», confie Pauline Mangin, mère d'une fille handicapée 8 octobre 2026
- En France, un salarié sur trois dit avoir déjà subi une situation de harcèlement au travail 7 octobre 2026
- En France, les contrôles aux frontières ont augmenté à la suite de la crise à Ceuta 6 octobre 2026
- Les lycéens solidaires manifestent pour dénoncer leurs conditions d'étude 5 octobre 2026
- En France, ne plus pouvoir faire face à ses besoins alimentaires et résidentiels, une réalité en hausse 4 octobre 2026
- France: les «re.traiteurs», des retraités qui cuisinent pour arrondir leurs fins de mois 1 octobre 2026
À propos du podcast
Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.
Épisodes similaires
- À la Une: la fin d’un bastion de la presse libre en Russie – Revue de presse internationale
- Côte d'Ivoire: l'héritage du photographe Paul Kodjo dans son pays d'origine – Reportage Afrique
- Cyberattaque contre la plateforme de cryptomonnaies Binance: «Le marché reste assez serein pour l'instant» – Invité international
- Journal - 2026.10.30 – [KBS WORLD Radio] Journal
- Gilles Boyer, eurodéputé Renew, co-directeur de la campagne d'Edouard Philippe – Mardi politique
- Expo sur Amilcar Cabral: «On a voulu présenter un intellectuel africain qui a mis la dignité au centre de son action» – Le grand invité Afrique
Tous les épisodes de Reportage France · Plus de podcasts News Politics