Culture de l'erreur en entreprise : et si on s'inspirait de l'aviation ?
Épisode de Chères Erreurs par Cécile Guinnebault · 25 juin 2026 · 26 min
Dans cet épisode de Chères Erreurs, je reçois Didier Mariotti, dirigeant et instructeur de vol depuis un an, pilote depuis dix ans. Ingénieur agronome de formation, installé en Champagne où des chefs de cave l'ont incité à rester, il a fini par réaliser un rêve d'enfance contrarié par sa myopie : voler. Son super-pouvoir, la passion, qui selon lui abolit toutes les limites — sauf celles, bien réelles, qu'impose la sécurité aérienne.
Le point de départ : la chronique numéro 36 de Chères Erreurs, J'ai présumé de mes forces. Je sors d'une opération chirurgicale lourde, je n'ai pas respecté mon mi-temps thérapeutique, et je pars sur des routes verglacées pour honorer un coaching d'équipe. Mon client fait tout pour m'accueillir dans les meilleures conditions possibles. Je m'endors quand même au volant sur le chemin du retour, et termine dans un fossé. Dix-huit mois d'arrêt de travail plus tard, j'en tire une leçon coûteuse sur les limites qu'on refuse de s'imposer.
Didier, lui, vit dans un univers où dépasser ses limites peut coûter la vie — la sienne et celle des autres. Ce qu'il en a tiré sur la gestion de l'erreur et de la charge mentale est précieux pour quiconque dirige une équipe.
Une erreur n'est jamais le fruit d'une seule cause.
C'est la théorie du gruyère suisse : chaque tranche a un trou, et l'erreur survient quand tous les trous s'alignent. Il suffit de tourner une seule tranche d'un quart de tour pour empêcher l'accident. Il n'y a jamais un seul fautif. C'est une accumulation de petites failles.
Le partage de l'erreur sauve des vies. Le jugement les met en danger.
Dans l'aviation, on partage les erreurs au maximum, le plus rapidement possible, sans aucun jugement. Pas pour montrer que l'autre n'est pas bon, mais pour préserver la sécurité collective. En entreprise, on pointe l'erreur pour dénigrer, pour se positionner, pour se protéger — d'où les dix personnes en copie d'un mail. Ce n'est pas un manque de bonne volonté. C'est que les conséquences ne sont pas perçues comme vitales.
Être devant son avion, pas derrière.
Anticiper, préparer ses briefings, mentaliser ses prochaines actions avant d'agir : c'est ce qui permet de rester serein face au danger, plutôt que de le subir. Dans l'entreprise, on fonctionne trop souvent avec un seul plan, et dès qu'il y a un accroc, tout s'arrête et on improvise dans l'urgence.
Ne jamais être tout le temps à fond.
Garder 20 % de capacité cognitive disponible, c'est ce qui permet de réagir au bon moment. Sans cette marge, le cerveau tunnelise : il se focalise sur une seule solution et n'entend plus les signaux d'alerte, même les plus sonores. Didier raconte avoir manqué une alarme ayant sonné quinze fois, en plein vol, simplement parce que sa charge mentale était saturée.
S'acheter du temps : la première compétence de dirigeant.
Créneaux bloqués dans l'agenda, apprentissage du non, gestion des priorités : ce sont les outils concrets de Didier pour préserver sa capacité de réflexion stratégique, plutôt que de se laisser déborder en permanence.
Pour illustrer cette conversation, Didier choisit l'image de la boussole : un instrument qui permet de garder son cap tout en ayant l'agilité de le modifier face à un danger — un cumulonimbus qu'on contourne plutôt qu'on traverse, avant de reprendre sa trajectoire en sécurité.
Un épisode pour tous les dirigeants et managers qui veulent installer une vraie culture de l'erreur en entreprise — et apprendre à ne jamais présumer de leurs propres forces.
Retrouvez Didier Mariotti sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/didier-mariotti-911a7313/
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À propos du podcast
Et si l'apprentissage se faisait grâce à nos erreurs et non pas malgré elles ? Dans Chères Erreurs, Cécile Guinnebault, coach et superviseure, explore la puissance transformatrice de nos ratés. Ce podcast prolonge la newsletter du même nom et le livre Chères Erreurs : 40 chroniques pour…
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