Pierre Haski : la vigie du monde qui vient
Épisode de Idées par RFI · 31 mai 2026 · 52 min
Cette semaine, dans ce numéro d’Idées, Pierre-Édouard Deldique reçoit le journaliste Pierre Haski. Avec lui, cinquante ans de reportages au long cours nous contemplent. Il est aujourd’hui un des plus fins analystes du monde qui vient.
Dans son livre qui s’intitule La fin d’un monde (Stock), il revient sur son parcours, les lieux, les visages, les événements qui ont façonné sa compréhension du monde. Il analyse les soubresauts du monde hérité de l’après-guerre. « Je suis né en un lieu et à une époque qui ont sans doute décidé du reste de ma vie : Tunis, en 1953… » écrit-il. Sa vie est un roman.
On le constate en l’écoutant, Pierre Haski écrit depuis une position enviable : celle d’un journaliste qui a traversé la fin de l’apartheid, la transition post‑maoïste en Chine, les guerres du Moyen‑Orient, l’effondrement des régimes communistes, la mondialisation triomphante puis sa remise en question aujourd’hui.
Ses souvenirs ne sont pas des anecdotes : ils constituent des points d’observation privilégiés pour saisir les lignes de force du présent et du passé. Ainsi, raconte-t-il, par exemple, son arrivée à Zanzibar dans les années 1970, jeune reporter découvrant un pays marqué par les séquelles du colonialisme et les tensions de la guerre froide.
Son expérience sud‑africaine est l’un des fils rouges du livre. Il y observe la chute de l’apartheid, la transition démocratique, puis les désillusions. Ces souvenirs nourrissent une réflexion plus large. Les transitions sont longues, fragiles, souvent décevantes. D’ailleurs le continent africain est fort présent dans son livre et dans ses propos tenus au micro où il nous parle par exemple de Thomas Sankara, l’ancien président du Burkina-Faso.
Correspondant à Pékin dans les années 2000, Haski voit la Chine passer du statut « d’usine du monde » à celui de puissance technologique et stratégique. Il raconte les illusions occidentales, les erreurs d’analyse, la fascination mêlée d’aveuglement. Ses souvenirs personnels — conversations, scènes de rue, rencontres avec des dissidents — donnent chair à une idée force. La Chine donne le ton dans le monde d’aujourd’hui. « Pour guetter l’avenir, regarder vers la Chine ».
De la Roumanie à la Russie, Haski décrit les espoirs de 1989, puis les dérives autoritaires, les nationalismes, les frustrations économiques. Ses souvenirs montrent comment les promesses non tenues ont nourri les populismes actuels. Fervent européen, il précise que l’Europe n’est pas réductible à l’UE : « On ne tombe pas amoureux d’une structure politique », lance-t-il.
Son constat est d’une implacable lucidité : l’ordre international né en 1945 — multilatéralisme, droit international, leadership occidental — est remis en question.
Au fil de ce numéro du magazine Idées et des pages du livre, Pierre Haski se livre aussi à une méditation sur le journalisme : la transformation des médias par le numérique, la difficulté croissante de « voir » le monde derrière les propagandes, les réseaux sociaux, les récits nationaux.
Il cite Hannah Arendt qui soulignait qu’avec les mensonges, un peuple ne croit plus en rien, ne peut se faire une opinion, et se trouve placé sous la menace de quiconque veut le manipuler.
Malgré le titre, le journaliste - qui tient à préciser que son livre ne s’intitule pas La fin du monde mais La fin d’un monde - ne cède ni au catastrophisme ni à la nostalgie, il croit encore à la possibilité d’un monde commun — à condition de repenser nos institutions, nos alliances et notre façon de voir les peuples.
Pierre Haski a créé sa chaîne sur YouTube : « Le Monde de Pierre Haski ».
Programmation musicale :
Amakhamandela - BCUC
Sankara - Gabin Dabiré
Karma Code - Skai Isyourgod
Mopti - Ray Lema ; Ensemble Partage.
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À propos du podcast
La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la…
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