Colorfol, musique à la carte au Cameroun pour musiciens en développement
Épisode de L'Afrique en marche par RFI · 18 octobre 2026 · 5 min
Comment faire face aux mastodontes de la musique et des contenus que sont Spotify, Deezer ou YouTube et promouvoir la musique de son pays et des jeunes artistes qui méritent d'être entendus ? C'est le défi que s'est fixé, depuis bientôt six ans, la plateforme camerounaise Colorfol. Un petit Poucet musical qui veut devenir grand.
Créée en 2019, la plateforme d'écoute Colorfol permet aux fans de bikutsi, de makossa ou de rap camerounais de retrouver leurs musiciens préférés, et aussi et surtout de découvrir des artistes en plein développement de carrière.
À Douala, Ronny Kitio, ingénieur informatique, a eu l'idée de créer cette plateforme pour rendre service au début à une amie chanteuse en mal de visibilité. Depuis, la petite idée a bien grandi, comme nous l'explique le cofondateur de Colorfol : « Aujourd'hui, c'est 200 000 utilisateurs, dont 50 000 utilisateurs actifs par mois, avec près de 10 millions de titres diffusés et plus de 15 000 artistes de façon globale. »
Colofol s'adresse aux artistes indépendants et aux labels indépendants. Si je suis artiste indépendant, je peux m'inscrire par un formulaire d'inscription. L'app peut « uploader » la musique, mettre son prix, la date de sortie et directement avoir les statistiques d'écoute de sa musique : « C'est vraiment ouvert à tous les artistes indépendants qui veulent monétiser leur musique via leur communauté. Colorfol se rémunère par commission. Chaque transaction ou chaque achat, c'est entre 20% et 30% que l'on perçoit. Cela veut dire qu'on reverse 80% aux artistes. »
« Une meilleure exposition » pour « toucher directement le premier public »
Un système de rémunération en fonction de l'écoute d'un titre ou bien d'un album qui plaît au Cameroun et qui permet aux musiciens de se rémunérer et de financer leurs projets. Jocelyn Nkembe, manager du groupe de rap camerounais Trois officiel, explique : « Il y a aussi ce côté identitaire de plate-forme camerounaise. Cela fonctionne beaucoup. Ça permet aussi de soutenir le "local". On essaye d'industrialiser tout cela dans un environnement où il n'y a pas réellement d'industrie musicale établie. Parce qu'il a pas vraiment de droits d'auteur qui soient bien gérés ici. Donc, c'est très important d'avoir une plateforme comme Colorfol qui permet à l'artiste de générer directement des revenus et de pouvoir grâce à ses revenus continuer sa carrière et vivre de sa musique. »
Outre l'écoute d'artistes, la plateforme permet de mettre en place des billetteries électroniques pour les concerts ou du merchandising d'accessoires dédiés aux musiciens. Pour Luc Mayitoukou, de l'agence culturelle Zhu Culture, expert en management artistique, ces plateformes qui se développent aussi en Ouganda, en Afrique du Sud ou bien au Sénégal sont précieuses afin d'épauler le développement d'artistes successifs négligés par les mastodontes que sont Spotify ou Apple Music :
« C'est toute la question de la construction des catalogues, où beaucoup d'artistes africains ne sont pas sur les grandes playlists de Spotify ni de Deezer. Alors que là, oui, ils peuvent avoir une meilleure exposition et directement toucher le premier public. Une musique camerounaise, pour la diaspora. C'est vrai que ce n'est pas des musiques forcément africaines qui sont en haut des playlists sur Spotify. Donc c'est vraiment, en termes d'exposition, un gain. »
En matière de développement et d'offre musicale, les Camerounais de Colorfol comptent s'ouvrir vers le marché ouest-africain grâce à une nouvelle levée de fonds.
À lire aussiL'artiste camerounais Barthélémy Toguo en un mot, un geste et un silence
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À propos du podcast
L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne…
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