Une startup tunisienne qui vise le zéro polluant dans l'industrie textile

Épisode de L'Afrique en marche par RFI · 18 septembre 2026 · 4 min

L’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde. Elle génère 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et près de 20 % de la pollution de l'eau potable. Les pays du Maghreb comme le Maroc ou la Tunisie font partie de ceux fortement impactés par cette pollution du fait de la fabrication de prêt-à-porter en grande quantité. Aussi, c’est pour limiter la pollution de l’eau qu’en Tunisie la start-up Pigment Oco a mis au point un procédé qui limite l’usage de l’eau dans la teinture.

C'est en juin dernier, lors du salon Vivatech à Paris, qu'Amal Chebbi a présenté l'invention de sa startup Pigment Oco. Cette startup tunisienne fondée en 2024 propose de changer la donne dans la teinture textile en éliminant l'eau et les produits chimiques.

« Qu'est-ce qu'on fait exactement ? On offre un procédé de coloration des fibres de coton, qui élimine l'utilisation de l'eau complètement et qui élimine aussi les rejets chimiques. La teinture textile consomme énormément d'eau. Pour teindre un kilogramme de coton, il faut entre 100 litres et 140 litres d'eau, explique-t-elle. Pour nous, en Tunisie, on a pas mal de secteurs de textiles stratégiques. On vit un stress hydrique. Donc la problématique était locale et on a la même problématique partout dans le monde actuellement, malheureusement. On a donc trouvé une nouvelle façon de faire, c'est d'éliminer l'utilisation de l'eau complètement dans le procédé de teinture ».

L'industrie textile à travers le monde consomme 1 900 milliards de litres d'eau par an, une eau souvent rejetée en mer et chargée de produits toxiques. Les risques sanitaires et environnementaux sont énormes, souligne Amal Chebbi.

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Un danger global pour le Sud

« C'est un danger global. On commence par la Tunisie notamment, mais en fait la teinture consomme énormément d'eau et aussi cette eau usée, elle est pleine de toxines, de métaux lourds qui vont être rejetés dans les rivières et dans les océans, pourrir les sols, nos mers, notre eau, notre nappe hydrique, en Tunisie, en Méditerranée et le Sud global, notamment l'Asie, déplore Amal Chebbi. Parce que le gros marché par rapport à la coloration des fibres, c'est l'Inde, c'est la Chine, le Pakistan, le Bangladesh. Donc on a la même problématique : arrêter d'utiliser l'eau complètement. Ça m'apparaît vraiment comme révolutionnaire ».

La solution de Pigment Oco permet donc d'avoir zéro rejet d'eau ou de liquides polluants, une économie d'un tiers en matière d'usage de colorant et supprime les fixateurs chimiques qui provoquent souvent des maladies chez les travailleurs textiles. La start-up a bénéficié d'un programme de soutien des autorités tunisiennes pour un montant de 42 000 euros, 140 000 dinars. HEC Paris et l'organisation Women's Forum ont également servi d'incubateur à la startup.

« Pour nous, on cherche toujours des projets à impact, un impact social, environnemental. Et ce qui est bien dans le projet Pigment Oco, c'est que l'argument d'impact, il est immédiatement lisible, souligne Flavio Conesa, responsable initiative au sein du Women's Forum for the Economy and Society. On voit que la teinture textile, ça consomme à peu près 1 900 milliards de litres par an, et c'est 20 % de la pollution industrielle mondiale de l'eau et 80 % des colorants du marché. Ils sont toxiques et non biodégradables. Donc nous, à notre niveau, quand on est en jury de sélection, aucun juré n'a besoin d'une expertise sectorielle pour comprendre la valeur d'un procédé qui va supprimer l'eau et les produits chimiques dans l'étape de coloration des textiles. Le projet Pigment Oco coche tous les critères de Women for good, c'est-à-dire un projet qui est porté par une femme, un projet d'impact et un projet qui aussi est viable sur l'aspect financier et qui, au-delà de ça, ramène une innovation technologique qui peut vraiment bénéficier, avoir un impact bénéfique pour tous ».

Pigment Oco continue de développer son procédé entre Paris et Tunis et cherche des projets pilotes avec des usines textiles qui décideront avec cette solution de relever un défi environnemental et industriel.

À écouter dans 8 milliards de voisinsMode : pourquoi s’intéresser à la teinture textile?

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