Terra Biga, une tontine 3.0 pour le Burkina Faso
Épisode de L'Afrique en marche par RFI · 13 juillet 2026 · 4 min
Vous connaissez sans doute les plateformes de dons ou de financement participatif comme Leetchi ou Ulule… Au Burkina Faso, le créateur d’une jeune start-up a mis en place en 2024 un équivalent africain, « Terra Biga », qui permet de soutenir des projets et même de faire des économies par des achats groupés.
Participer par des dons à des projets utiles à la société, réduire ses coûts de consommation avec des achats groupés de kits scolaires ou bien de groupes électrogènes, c'est la double fonction vertueuse de la plateforme burkinabè Terra Biga. Batiana Nacro, l'inventeur de cette application, était il y a quelques jours au salon VivaTech de Paris pour présenter son concept : « Terra Biga, c'est une plateforme de collaboration financière. Ça permet aux communautés qui ont des projets communs de facilement se connecter et de financer leurs projets elles-mêmes. C'est un principe de tontine. C'est comment utiliser le digital pour transformer effectivement le concept de tontine en quelque chose de plus robuste. Donc, ça s'adresse surtout aux populations locales. On a collaboré avec le Programme des Nations unies pour le développement au Burkina Faso et l'architecte Francis Kéré pour la réalisation d'une maternité dans l'est du Burkina Faso. C'est assez modeste comme investissement : 40 millions de francs CFA, soit à peu près 60 000 € pour la réalisation du projet. »
Une nouvelle maternité dans la commune de Tikba est donc en cours de financement sur dons privés. La start-up, elle, se rémunère en prélevant une commission de 6 % sur les sommes collectées, explique Batiana Nacro : « On est autour de 6 % ou soit sur des frais de dossier des fois qui sont de 10 000, 20 000 francs pour qu'on puisse mettre un projet sur notre plateforme. »
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« Transformer la "tontine" en quelque chose de plus robuste »
« Qu'est-ce qui nous garantit que l'argent qu'on vous donnera, puisque c'est du don, sera bien alloué au projet du cabinet ? » lui demande-t-on.
« C'est vrai que c'est un point qui est très important. Et nous, on travaille vraiment avec des organismes qui sont reconnus au Burkina Faso. On n'a pas ouvert la plateforme à n'importe quel projet. C'est pour ça qu'on a commencé à travailler avec le programme des Nations unies pour le développement, pour être en mesure de cibler des projets qui sont sûrs et qui auront un suivi, parce que le Pnud est engagé derrière. Donc, on ne prend pas des projets d'individus qui disent : "Bon, moi, j'ai envie de soutenir les femmes de tel village, donnez-moi de l'argent, on va le faire." Non, ça ne marche pas. On ne travaille qu'avec des structures et c'est pour ça qu'on est plus aujourd'hui dans une approche B2B. Au-delà du financement participatif, crowdfunding, vous pouvez aussi acheter des produits en gros en vous connectant avec d'autres personnes de la communauté. Un village, des agriculteurs qui achètent les mêmes engrais chaque année, mais de façon séparée, et bien, on est en mesure de les regrouper pour qu'ils achètent en gros. On mutualise ainsi les intérêts. »
Batiana Nacro a bénéficié de l'aide de l'opérateur téléphonique Orange au sein des Orange Digital Center, qui accompagnent par du soutien financier et managérial les jeunes pousses de la tech burkinabè. Asma Ennaifer est responsable du pôle Orange Digital Afrique : « Terra Biga, nous l'avons découverte grâce au Poesam, le prix Orange de l'entrepreneur social. C'est un concours qui récompense les innovations à fort impact social. Donc, nous travaillons aujourd'hui avec cette start-up parce que sa solution, on aimerait l'intégrer dans Max it et développer de nouveaux services avec Orange Money et la Fondation Orange. Max it, c'est la "super-app" d'Orange. Elle a aujourd'hui 25 millions de clients. Et, quand on met en avant une start-up sur la super-app, on lui ouvre déjà un marché de 25 millions de clients. »
« On mutualise ainsi les intérêts »
Quand une start-up fait appel à une autre start-up : la Sénégalaise Aïssatou Fall veut développer, elle, à Dakar, une application appelée « BPM », une billetterie en ligne pour toutes sortes d'événements culturels. Elle a besoin d'un coup de pouce financier de 9 000 euros. C'est donc naturellement qu'elle a fait appel à Terra Biga pour compléter son budget : « Pourquoi Terra Biga ? Parce que je voulais déjà utiliser une plateforme africaine, explique Aicha Fall. J'ai eu la chance d'aller au Burkina, j'ai eu la chance de m'asseoir avec Batiana Nacro et de voir en fait que c'est quelqu'un qui voulait vraiment aider la population africaine dans son ensemble. Je me suis dit : "Si je dois faire une campagne de crowdfunding, ce sera avec Terra Biga." »
Depuis deux ans, Terra Biga a permis la construction d'un lycée et d'un forage au Burkina Faso. Le projet de billetterie sénégalais, l'hôpital de Francis Kéré et une campagne de distribution de serviettes hygiéniques attendent, eux, les généreux donateurs pour prendre vie sur terrabiga.com.
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À propos du podcast
L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne…
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