L'intelligence artificielle devient un enjeu politique majeur

Épisode de La fabrique du monde par RFI · 18 septembre 2026 · 3 min

C’est le sujet qui monte ces derniers jours dans le débat public à l’échelle mondiale, mais aussi dans les débats politiques plus locaux : les inquiétudes autour du développement de modèles d’intelligence artificielle qui prendraient leur autonomie et deviendraient hors de contrôle, et viendraient à représenter un risque existentiel pour l’espèce humaine.

C'est un ancien employé démissionnaire de la société américaine spécialisée Anthropic qui le dit dans une vidéo postée il y a quelques jours et largement reprise dans le monde entier : l’intelligence artificielle a le potentiel pour mener à l’extinction de l’espèce humaine d’ici dix ans. C’est le scénario à la Terminator dont on a souvent parlé ici. Une IA qui prendrait son autonomie et finirait par se débarrasser par des moyens divers d’une espèce humaine devenue encombrante.

Débat entre chercheurs

Ce n’est pas très rassurant. Ce qui l’est encore moins, c’est qu’il n’est pas le seul. Loin de là. Des patrons du secteur, comme Dario Amodei, patron d’Anthropic, militent pour une pause ou au moins une régulation de cette technologie. Jeudi, le roi d’Angleterre Charles III a lui aussi averti des risques existentiels. Des vrais spécialistes, des chercheurs, même s'il y a débat entre eux, le font depuis des mois, comme Yoshua Bengio, célèbre professeur canadien, sorte de père spirituel de l’IA. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, appelle à une coordination mondiale.

À lire aussiIntelligence artificielle: «Le niveau de sophistication des modèles a augmenté bien au-delà de la capacité des humains»

Centres de données

L’affaire prend une tournure politique. Surtout aux États-Unis, à moins de deux mois des élections de mi-mandat. Le pays est en pointe dans l’intelligence artificielle, en concurrence pour la première place avec la Chine, où le débat public est, disons, un peu plus encadré. Le problème, c'est la multiplication des centres de données, très gourmands en eau et en électricité, qui font monter le prix de ces ressources dans un contexte de coût de la vie élevé, sans parler des conséquences environnementales très lourdes. C’est pour cela que ces centres de données sont de plus en plus construits là où ces ressources sont accessibles et si possible là où il y a peu de monde pour protester. C’est-à-dire dans les zones rurales.

Un problème pour Donald Trump

Ces zones rurales soutiennent en majorité le président. Et cet électorat commence à lui faire savoir son mécontentement. Le New York Times a analysé le réseau social Truth Social de Donald Trump, où sont regroupés ses partisans les plus dévoués. Là où il poste ses messages en faveur d’une IA dérégulée. Là où désormais on lui répond, en lui suggérant par exemple de faire construire un centre de données à Mar-a-Lago pour en expérimenter un peu les conséquences. Cela devient un problème électoral important, en plus de l’inflation et de la guerre qui continuent en dépit des promesses. Mais ceux qui sont censés réguler laissent faire. Le congrès à majorité républicaine. Le président reste droit dans ses bottes pro-IA. Pour plusieurs raisons : sa famille, via ses fils, a investi dans des sociétés du secteur à croissance exponentielle. Les barons de la tech l'aident à diffuser son discours tant qu'il les laisse tranquilles. Il ne reconnait les résultats des élections que quand ils lui conviennent. Et quoi qu'il arrive, la Cour suprême lui a garanti l'immunité dans ses fonctions.

À lire aussiIA: pourquoi OpenAI et Anthropic veulent ralentir la course à l’intelligence artificielle

Autres épisodes de « La fabrique du monde »

À propos du podcast

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

La fabrique du monde

Épisodes similaires

Tous les épisodes de La fabrique du monde · Plus de podcasts News Politics