Groenland, un accord après des mois de tensions qui laisseront des traces

Épisode de La fabrique du monde par RFI · 21 septembre 2026 · 3 min

Retour sur l’accord annoncé dans la nuit de vendredi à samedi sur le Groenland. Après des mois de tensions depuis janvier dernier entre États-Unis d’un côté Groenland, Danemark et Européens de l’autre et Otan au milieu, tout le monde se dit satisfait d’un accord dont on ne connait pas encore vraiment les détails.

Il reste à signer formellement, en principe demain en marge de l’assemblée générale des Nations unies à New York. Ce que l’on peut déjà constater c’est que la partie danoise et groenlandaise se félicite prudemment de l’absence de changement sur la souveraineté sur l’île arctique. Donald Trump est beaucoup plus dithyrambique. Il parle d’un rêve devenu réalité. Son secrétaire d’État Marco Rubio, qui a négocié plus discrètement que son patron depuis des mois confirme que l’accord répond « de manière permanente et complète » aux préoccupations de sécurité nationale de Washington concernant le Groenland.

Besoins psychologiques

Cela signifie en creux que le président américain n’a pas obtenu ce qu’il présentait pourtant comme l’un de ses besoins psychologiques : la propriété de l’île. Cela signifie aussi la confirmation de l’accord de 1951, pendant la guerre froide. Il donne la possibilité aux États-Unis d’installer autant d’implantations militaires qu’ils le souhaitent, on parle de trois nouvelles installations en plus de celle de Pituffik, au Nord.

Objectif stratégique et géopolitique

Cet accord permet apparemment à Washington de mettre son véto à l’installation d’implantations économiques ou militaires d’autres pays, comprendre la Chine et la Russie. Il y a au Groenland des réserves de minerais critiques et de pétrole, mais dont le caractère exploitable reste à confirmer. Et puis avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, l’ouverture du passage du nord-ouest va permettre de faire circuler des marchandises. Un mois après l’ouverture de la route commerciale entre la Chine et l’Europe, dite route de la soie polaire à Pékin, via le grand nord russe, il est impensable de ne pas répondre et de laisser à Vladimir Poutine et Xi Jinping l’initiative dans l’Arctique.

Messages

Cela s'adresse d'abord à destination de l’électorat MAGA, à un mois et demi des élections de mi-mandat. Il s’agit de montrer que le président sait sortir d’un conflit. Alors qu’il n’a manifestement aucune stratégie pour sortir de la guerre qu’il a lui-même déclenchée avec l’Iran. Une crise qui va à l’encontre de ses promesses de mettre fin à l’inflation et aux guerres infinies. L’autre message, c’est aussi de calmer le jeu avec ses alliés Européens.

Le mal est fait

La confiance entre alliés est largement atteinte par cette affaire du Groenland. Elle a resserré les liens entre alliés. C'est ce que montre la proposition européenne au Canada, en plein conflit commercial avec son voisin du sud, de venir membre associé. Au Danemark, les propos de plusieurs membres de l’administration américaine mettant en doute la fiabilité du pays comme allié ont choqué. Le Danemark a eu de nombreux soldats tués en Afghanistan aux côtés des États-Unis. Résultat : une possible révolution. Le pays jadis parmi les plus atlantistes d’Europe se dit intéressé par la proposition française de dissuasion nucléaire dite avancée.

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