La Cour pénale internationale toujours sous pression des États-Unis

Épisode de La fabrique du monde par RFI · 22 septembre 2026 · 3 min

Pendant que les chefs d’État et de gouvernement sont réunis cette semaine à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies, la Cour pénale internationale (CPI), autre pièce essentielle du système et de l’ordre international, est en difficulté. Elle est toujours dans le viseur des États-Unis.

L’administration américaine s’en était déjà prise à plusieurs responsables de la Cour, dont la présidente japonaise Tomoko Akane, le substitut du procureur sénégalais Abdoulaye Sene ou le juge français Nicolas Guillou, en les sanctionnant personnellement. Résultat : interdiction de séjour sur le territoire des États-Unis, et interdiction d’accès au système financier américain. Par exemple, cela signifie pas de carte bancaire, puisque la plupart des organismes des émetteurs sont américains, et c'est assez peu pratique au quotidien.

Démanteler la CPI

Les États-Unis souhaitent aller plus loin, comme l'a annoncé le Wall Street Journal dimanche 20 septembre. Il existe un projet pour sanctionner la CPI en tant qu’institution. Les mesures pourraient être annoncées dans la semaine. Il s’agit là encore de couper l’accès de la Cour au système financier américain. En clair, l’empêcher de faire des transactions en dollars et empêcher les sociétés qui travaillent aux États-Unis de faire des transactions avec la Cour. Ce serait très ennuyeux, mais finalement pas si surprenant que ça, dans la mesure où le secrétaire d’État américain Marco Rubio a ouvertement affirmé l’intention de son pays de démanteler la CPI brique par brique.

Mandats d'arrêt

D’abord parce que cela fait partie des attaques américaines contre le système international, au même titre que la création, en opposition au Conseil de sécurité de l’ONU, du Conseil de la paix de Donald Trump dont les résultats peinent à se matérialiser. Ensuite, parce que même s’ils n’ont pas adhéré à la Cour, les États-Unis peuvent être poursuivis. Des enquêtes sur les agissements de soldats américains en Afghanistan ont déjà eu lieu. Surtout, l’allié israélien, lui aussi non-signataire du statut de Rome qui fonde la CPI, est dans le viseur de la justice internationale. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant font l’objet de mandats d’arrêt émis par la CPI pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en lien avec la guerre à Gaza. Des accusations qu’ils contestent.

Forte pression

Ils ne sont pas les seuls. Vladimir Poutine fait lui aussi l’objet d’un mandat d’arrêt depuis 2023, pour des transferts illégaux d’enfants de l’Ukraine vers la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. La Russie a sanctionné des juges. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel - le Mali, le Burkina Faso et le Niger - ont quitté la CPI. Ils y voient un instrument de répression néocolonial.

La CPI est régulièrement accusée de s’en prendre particulièrement aux dirigeants de pays africains. Une trentaine d’entre eux sont signataires du statut de Rome, et c’est souvent de ces pays que viennent les accusations et les signalements. Il faut ajouter à ce tableau l’éviction du procureur Karim Khan pour des accusations d’inconduite sexuelle. Les États-Unis ont apparemment exercé une forte pression dans ce sens, et se sont félicités du résultat. Il faut dire qu’il les arrange dans leur campagne contre une institution décrite par eux comme irrémédiablement corrompue.

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