80 ans du Rassemblement démocratique africain (RDA): à Yamoussoukro, les archives de la lutte anticoloniale [2/2]

Épisode de Reportage Afrique par RFI · 18 octobre 2026 · 2 min

Le 18 octobre 1946, il y a 80 ans, s'ouvrait à Bamako un congrès qui allait aboutir, trois jours plus tard, à la création du Rassemblement démocratique africain (RDA). Un mouvement politique qui marquera profondément la lutte contre le système colonial en Afrique francophone. À sa tête : l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, qui défend l'émancipation des peuples africains, mais privilégie la négociation et le maintien de liens avec la France plutôt qu'une rupture immédiate avec la puissance coloniale. Quatre-vingt ans plus tard, à Yamoussoukro, les archives permettent de retracer cette histoire et de revenir sur les choix politiques qui ont façonné le combat anticolonial.

De notre envoyé spécial à Yamoussoukro,

Au centre de documentation de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, plus d'une centaine de documents référencés retracent l'histoire du Rassemblement démocratique africain (RDA). Livres, articles de presse et films documentaires : autant de traces pour remonter aux origines de ce mouvement anticolonial. Matias Kouakou, responsable du centre, nous guide dans ces archives. Une simple recherche fait ressortir notamment les rapports entre le RDA et l'administration coloniale :

« On a saisi seulement ''RDA''. Tous les documents qui parlent du RDA apparaissent. Par exemple : circulaire du nouveau gouvernement Louveau au commandant de cercle du Soudan. Objet : nouvelle attitude de l'administration coloniale envers l'Union soudanaise RDA. Il y a eu des confrontations avec les autorités coloniales. »

Environ 800 délégués ont participé au congrès de Bamako qui a abouti à la naissance du RDA. Le mouvement entendait défendre les droits des Africains et combattre les injustices du système colonial, sans réclamer dès sa création une indépendance immédiate. Pour comprendre ce choix, il faut replacer le mouvement dans le contexte politique de l'après-guerre, explique le professeur Jean-Noël Loucou, historien et secrétaire général de la Fondation Félix Houphouët-Boigny. « Il faut se remettre dans le contexte historique de cette époque. Même le Viêt Minh était pour l'Union française, donc en 1946, c'était peut-être prématuré de parler d'indépendance. Et Sekou Touré va en parler seulement en 1958, pas avant », précise-t-il.

Dans les années qui suivent, Félix Houphouët-Boigny privilégie la négociation avec la France. Un choix pragmatique qui a fait ses preuves, commente le politologue Geoffroy Julien Kouao. « La coopération pacifique et stratégique avec la France a permis de faire de la Côte d'Ivoire un pays relativement prospère. L'ancienne puissance a permis à la Côte d'Ivoire d'avoir les ressources humaines qu'il fallait, un certain nombre de moyens logistiques pour construire l'État », estime-t-il.

À Yamoussoukro, un colloque réunit depuis le 17 octobre quelque 150 universitaires et chercheurs africains autour du Rassemblement démocratique africain. Objectif : confronter les travaux, revisiter l'action du mouvement et interroger son héritage.

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