Drame d'Eseka au Cameroun: 10 ans après le déraillement, une ville entre mémoire et colère

Épisode de Reportage Afrique par RFI · 20 octobre 2026 · 2 min

Au Cameroun, la mémoire et la colère, 10 ans après le drame ferroviaire d'Eseka. Le 21 octobre 2016, à 12h04 TU, le train de la Camrail, société en charge de l'exploitation du réseau ferroviaire, reliant Yaoundé à Douala, avec plus de 1 200 personnes à bord, déraillait au niveau de la commune d'Eseka, causant la mort de 79 personnes. Des corps n'ont jamais été retrouvés, et plus de 500 personnes ont été blessées officiellement. Il y a quatre ans, une stèle commémorative a été érigée non loin de la gare, en mémoire des victimes de ce drame. Mais la population exprime aujourd'hui une profonde amertume au sujet des promesses non tenues par le gouvernement.

De notre correspondant au Cameroun,

Le train express siffle à nouveau à la gare d'Eseka, dans la région du Centre du Cameroun. Mais ici, le passage des wagons ne suscite plus un grand intérêt. À longueur de journées, les mototaxis font d'incessantes allées et venues sur les artères dégradées, boueuses et parsemées de nids-de-poule. Assis en bordure de route, Michel Ngom, l'un des témoins de la catastrophe, n'a cependant pas oublié ce qu'il appelle « la journée noire ».

« J'étais ici, au carrefour, à bord de ma voiture. J'ai vu le train passer à une allure inhabituelle. Puis, j'ai entendu un bruit et des pleurs venant de la gare. Quand j'ai traversé le petit carrefour qui est là devant, j'ai vu des wagons les uns sur les autres. Là-dedans, il y avait plein de morts », se souvient Michel Ngom.

Une stèle commémorative a été inaugurée, six ans après le déraillement. Le monument a la forme d'une locomotive. Arnaud, conducteur de taxi-moto, n'y trouve aucun intérêt et est très critique à ce sujet : « Ce qu'ils ont construit là, leur truc qu'on appelle la stèle, ça ne fonctionne pas. Ils ont mis la plaque "Commune d'Eseka", l'entrée est payante, mais il n'y a rien à l'intérieur. C'est une laverie qu'on a ouverte là-bas ».

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Des mauvaises herbes ont également poussé entre les allées du monument. Depuis trois mois, c'est la mairie d'Eseka qui est chargée de la gestion et de la valorisation de la stèle. Mais elle reste encore fermée au public. « La stèle est momentanément fermée parce qu'après la signature de la convention, il y a eu des actes de vandalisme sur le site. Les batteries et la plaque solaire ont été volées. La mairie a engagé des travaux pour rendre la stèle accessible et si possible, mettre l'entrée payante pour aider la mairie à garder la stèle propre », explique Marie Cécile Nguidjol, deuxième adjointe au maire d'Eseka.

Mais il y a d'autres sujets qui fâchent à Eseka, en relation avec le déraillement. « Les promesses que l'État avait fait à la population d'Eseka n'ont pas été réalisées , mentionne avec véhémence Michel Ngom, qui poursuit, l'air agacé : « On nous a promis beaucoup de choses pour l'hôpital d'Eseka, mais il n'y a rien là-bas. Où sont les mesures d'accompagnement pour notre hôpital qui n'a pas pu contenir l'affluence ce jour-là ? »

L'hôpital a fini par être doté d'une ambulance. Reste que le sentiment d'abandon de la localité est partagé par de nombreux habitants. La catastrophe ferroviaire n'a pas comblé le déficit de développement. Un peu comme si Eseka avait été le théâtre d'un drame pour rien.

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