«On s'appelle, on s'entraide»: au Sénégal, des malades du cancer du sein unies contre la maladie

Épisode de Reportage Afrique par RFI · 21 octobre 2026 · 2 min

À l'occasion d'Octobre rose, mois de mobilisation contre le cancer du sein, rendez-vous au Sénégal, où les malades n'ont pas accès aux soins de support comme un accompagnement psychologique et social pour lutter contre l'isolement, l'anxiété, la dépression. À Dakar, l'association Kinsiba propose des cours de boxe ou encore des séances de henné entre femmes, pour redonner confiance et briser la solitude.

Fatoumata Sané choisit un motif fleuri pour son henné, sur les mains et les pieds. Quelques jours avant sa mastectomie, ce moment au salon de beauté est une parenthèse entre femmes, loin du stress de la maladie. « Chaque fois, quand il y a quelque chose, le moindre bobo, je me dis : "Est-ce que ça ne serait pas les conséquences de la chimio ou de la maladie ?". Cela apporte un moment de répit par rapport à la maladie. On est entre copines. On passe du bon temps ensemble », explique Fatoumta Sané.

Pas simple de se sentir bien dans sa peau après les tests, la chimiothérapie, la radiothérapie. Salimata Sarr a 52 ans. Elle a eu un cancer du sein en 2021, puis une récidive en 2022. « On devient une autre personne, quand on est devant le miroir. On ne se sent plus femme. Vous avez un sein d'un côté, et de l'autre, vous avez une cicatrice. Il y a les séquelles après : les cheveux, les ongles qui cassent... Se faire chouchouter, cela fait du bien », reconnaît-elle.

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La peau noircit parfois sur les mains et les pieds, d'où le choix du henné. Ces rencontres sont organisées par l'association Kinsiba. Elles permettent aussi de rompre l'isolement, car la maladie reste taboue au Sénégal. Pour cette jeune femme de 37 ans, dont le cancer a été découvert à 30 ans, l'essentiel n'est pas de se sentir belle, mais de retrouver des femmes qui comprennent ce qu'elle vit :

« Honnêtement, l'esthétique, cela m'importe peu en fait. L'essentiel, c'est d'être en vie. Depuis que j'ai intégré Kinsiba, ça a changé beaucoup de choses pour moi. J'ai eu des sœurs. Maintenant, on s'appelle, on s'envoie des messages, on s'entraide. »

Pallier à un manque d'accompagnement

Ici, on rit, on parle de la maladie, mais aussi du quotidien, des embouteillages à Dakar. Dienaba Konaté est la fondatrice de l'association, qui accompagne les malades du cancer sur le plan thérapeutique et psychosocial. Son constat : il y a un manque d'accompagnement au Sénégal. Elle raconte :

« Nos proches qui ont été atteints, c'était en France. On a une prise en charge et tous les soins de support qui sont proposés. Au Sénégal, ça n'est pas du tout le cas. Quand une personne apprend qu'elle est diagnostiquée du cancer, c'est tout son monde qui s'écroule. Le stress déjà de mourir, du financement des traitements de chimiothérapie... Je me suis dit qu'il était important qu'à mon échelle je trouve une solution pour pouvoir les soulager. »

À terme, la jeune association veut offrir des soins de support à toutes les personnes diagnostiquées d'un cancer au Sénégal.

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