33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

Épisode de Renouée - Agriculture de Régénération par Lennan Bate · 25 février 2026 · 46 min

Partir garder les chèvres avec Odile Christine, c’est comme assister à une masterclass où chaque geste, même le plus subtil, devient un enseignement.

Odile ne parle ni de GMQ, ni de qualité fromagère, ni d’équilibrage en oligo-éléments. Sa compréhension de son système est d’une autre nature : plus complexe, plus instinctive, plus fine. Un savoir profondément intégré, vivant. Un jour, je m’étais amusé à analyser ses résultats techniques et à les comparer à ceux d’éleveurs du coin, parfois bien plus “techniques”. Ses performances — et surtout sa marge — étaient pourtant nettement supérieures.

Chez Odile, il n’y a pas de grandes théories ni de sur-explications. Tout est incarné. Tout se joue dans l’attention et la finesse. Deux ou trois chèvres lèvent la tête ? On déplace le troupeau. L’une commence à grignoter de l’écorce ? On change de parcelle.

Résultat : les chèvres consomment une quantité et une diversité impressionnantes de végétaux, sans que la forêt ne subisse le moindre dommage. Bien au contraire, la régénération est au rendez-vous et les risques d’incendie sont considérablement réduits.

Odile est pour moi une immense source d’inspiration. J’ai énormément appris à ses côtés. Cet épisode a donc une saveur toute particulière, et je suis très heureux de pouvoir partager avec vous un moment de garde, aux côtés d’Odile et de ses chèvres.

Liens :

Jean Yves Ruelloux

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/un-chevrier-qui-fait-des-emules-9647200

Transcription :

33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

Odile Christine: Coucou Lennan Bon, si je ne me casse la figure... Pour répondre à ta

question, les biquettes, depuis qu'elles ne font plus de bébés, elles sont beaucoup plus

belles, en meilleure santé, plus grasses, et moi je trouve que c'est nettement mieux

comme ça. Sauf si tu veux faire du renouvellement du cheptel, il faut les remettre au

bouc parce que là ça fait déjà cinq ans qu'elles n'ont pas eu de bébé et du coup ça fait

des animaux en meilleure santé quand même. Mais si on veut, Si on veut garder des

chèvres, des chevrettes pour le renouvellement, je pense que leur faire faire des bébés

tous les 2 ou 3 ans, c'est pas mal aussi.

Lennan Bate: Oui. Parce que du coup, tu es en lactation longue depuis 5 ans, c'est ça?

Odile Christine: Oui, je suis en lactation longue depuis 2021.

Lennan Bate: Oui. Et alors pourquoi est-ce que tu es passée en lactation longue?

Odile Christine: Alors au début je suis passée en lactation longue parce que je veux

prendre ma retraite et que je ne voulais pas avoir de chevrettes de renouvellement. Je

ne voulais plus qu'elles aient des bébés les chèvres parce que je ne voulais pas

sacrifier toutes les belles chevrettes qu'il pouvait y avoir. Et continuer avec mon

trompeau tranquillement et laisser mourir de vieillesse à la maison.

Lennan Bate: C'est fou, je viens dans le Var pour avoir de la neige. Ok, et alors

concrètement, comment ça se passe la lactation longue? Est-ce que tu as une baisse

de production de lait? Comment tu gères ça?Odile Christine: L'hiver, en fait, je me cale sur le changement d'heure. Quand on passe

à l'heure d'hiver, je passe à une traite par jour parce qu'elles ont commencé à diminuer,

et quand on remet une heure en plus, au mois de mars, je me remets à traire deux fois

par jour, parce que là la lactation elle repart vraiment très très bien. Alors c'est sûr

que... celles qui ont un petit peu moins de lait, qui sont moins bonnes laitières, elles ont

une lactation qui baisse un peu, mais les super laitières, la lactation, elle ne bouge pas

du tout. Et ça remonte au printemps comme si elles avaient fait les chevrons. Je trouve

ça super.

Lennan Bate: Et tu dirais que c'est en lien avec la race? Est-ce que tu penses que

toutes les races peuvent... Ah non, moi je pense

Odile Christine: que toutes les races. Parce qu'il y a un monsieur qui est en Bretagne

qui s'appelle Jean-Yves Riou.

Lennan Bate: Oui, je crois que c'est ça.

Odile Christine: Je crois que tu as raison. C'est pas vraiment comme ça. J'avais le mot.

à la maison, et lui il a des alpines, et lui ça fait je crois 30 ans qu'il fait la lactation

longue, et lui il fait des conférences, j'avais été invitée, c'était l'année dernière, mois de

mai, il faisait une grande conférence sur les lactations longues, et bon je ne pouvais

pas monter parce que c'est pas facile de laisser les lactations, mais voilà pour que les

gens connaissent un peu plus On va le laisser grignoter là. Et voilà, lui, il fait, je ne sais

pas s'il achète des chevrettes, ou il fait de temps en temps porter une biquette parce

qu'il en a de temps en temps des jeunes. Mais lui a un tout petit troupeau, il disait qu'il

ne voulait pas plus de 15 à 17 biquettes.Lennan Bate: Oui, c'est ça. Parce que toi, maintenant, tu en as...

Odile Christine: J'en ai plus que 21.

Lennan Bate: Et avant tu en avais?

Odile Christine: Jusqu'à 38, jusqu'à 40 même. Mais voilà, donc là je les laisse

tranquillement vieillir et mourir tranquille. Attention, ça passe. Allez les frangines. Ça

neige de rue!

Lennan Bate: OK, alors comment tu as démarré avec les chèvres? Ça remonte à

quand la première chèvre?

Odile Christine: Alors, ça remonte à 64 ans, quand ma mère n'avait plus assez de lait

pour me nourrir. Du coup, ils ont acheté une chèvre qui avait mis bas dans la journée

où ils l'ont achetée. Et voilà, j'ai été nourrie au lait de chèvre.

Lennan Bate: Génial. Et quand j'ai raconté cette histoire à quelqu'un, il m'a dit mais elle

buvait à même la chèvre? Je pense pas, parce que les chefs, ça fout des coups de

patte quand même. De temps en temps, ce serait un peu risqué.

Odile Christine: Il y avait un truc rigolo, c'est que je pense qu'au printemps, enfin, ma

mère trayait la biquette et le lait tournait. Donc, il me le donnait cru, finalement. Au

début, il faisait bouillir, puis après, il me le donnait cru, comme ça.

Lennan Bate: Ça va?Odile Christine: Oui, je pense que ça m'a pas mal réussi. Voilà.

Lennan Bate: Ok et du coup ensuite tu t'es installée en chèvre?

Odile Christine: Ouais alors après quand j'ai eu 16 ans il n'y avait rien qui m'intéressait

ailleurs et c'est vrai que la terre ça me parle, la forêt... C'est là où je me sens très, très

bien. Et je trouve que les biquettes, c'est un animal super. C'est des super animaux de

compagnie qui sont très, très sensibles. Et voilà, du coup, j'ai continué. On en a eu plus

et j'ai fait toute ma carrière là-dedans.

Lennan Bate: Et donc pour situer, parce que là il n'y a que l'audio qu'on va entendre,

donc on est où et c'est quoi ton environnement, comment ça se passe avec les

chèvres, où est-ce que vous allez?

Odile Christine: Alors on est dans la forêt, alors il faut que je dise à peu près les arbres

qu'il y a?

Lennan Bate: Tu décris ce que tu vois.

Odile Christine: Alors il y a des endroits où il y a plus de chênes verts, Il y a des

endroits où vraiment on a beaucoup de chênes verts, d'autres endroits où on a des

chênes blancs, il y a des ducades, des ronces, des oliviers sauvages qui restent des

anciennes plantations. Après il y a beaucoup de la broussaille parce que les biquettes

évidemment c'est ce qu'elles préfèrent le plus, la broussaille. Et du pain aussi, on a des

pains. Plusieurs catégories de pains. On a du pain d'Alep, du pain blanc, du pain... Je

ne sais plus comment ça s'appelle celui-là.Lennan Bate: Celui-là, ce n'est pas le pain d'Alep?

Odile Christine: Peut-être bien. Et ça y est, l'autre.

Lennan Bate: Le maritime.

Odile Christine: Ah oui, le maritime, c'est ça. Le maritime et du pain d'Alep. Parce que

là-bas, on a des longues aiguilles.

Lennan Bate: D'accord.

Odile Christine: Et puis après on a du schiste, le schiste cotonneux, voilà.

Lennan Bate: Oui, il y a de quoi faire.

Odile Christine: Oui, bon, le schiste, elle ne le mange pas. Je ne sais pas si c'est

quelque chose qu'elle mange.

Lennan Bate: Et donc tu les gardes tous les jours?

Odile Christine: Ouais, tous les jours on part dans la forêt, au moins deux heures ou

deux heures et demie pour qu'elles mangent de la groussaille et puis après elles

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À propos du podcast

Le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine.

Renouée - Agriculture de Régénération

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