Centrafrique: les chiens errants de Birao «font la particularité de la ville» [1/3]
Épisode de Reportage Afrique par RFI · 1 octobre 2026 · 3 min
Rendez-vous en Centrafrique, dans l'extrême nord-est du pays. À Birao, plusieurs centaines de chiens déambulent librement dans les rues. Certains ont un propriétaire, mais beaucoup vivent en errance et se mêlent chaque jour à la vie des habitants. Cette présence canine, devenue presque emblématique de la ville, intrigue les visiteurs et alimente une histoire transmise de génération en génération. Selon plusieurs habitants, ces chiens auraient été envoyés à Birao sous le règne de l'empereur Jean-Bedel Bokassa, dans les années 1970, notamment pour éloigner de Bangui des chiens atteints de la rage. Légende locale ou réalité historique, ces animaux font aujourd'hui partie du paysage de Birao.
De notre correspondant de retour de Birao,
Alfred Samba, un acteur humanitaire, vient d'arriver à Birao en Centrafrique et décide de se promener. Tout de suite, son regard est attiré par un chien géant qui passe devant lui. Quelques mètres plus loin, une dizaine d'autres se reposent à l'ombre d'un acacia. Les chiens sont de grandes tailles, avec différentes couleurs – blanc, noir ou encore marron : « Je constate que les chiens font vraiment partie du quotidien ici. On les croise partout dans les quartiers et sur les avenues. J'ai parcouru plusieurs régions du pays mais ici, je peux dire que les chiens font la particularité de la ville. »
Quelques-uns seulement ont des propriétaires, mais beaucoup vivent seuls et cherchent leur nourriture dans les rues. Le jour, la cohabitation semble presque naturelle. Mais une fois la nuit tombée, l'ambiance change selon Assana Abdoulaye, un habitant de Birao : « Certains de ces chiens sont très agressifs. Quand tu veux sortir la nuit, il te faut un bâton en main. Ici, les chiens fuient les bâtons. C'est la nuit, tout le monde se promène avec un bâton. La nuit, si tu n'as pas de bâton, les chiens vont t'attaquer. »
Des chiens pour « sécuriser les alentours de la prison » selon une légende
Derrière cette présence canine devenue presque emblématique de Birao, une histoire se transmet depuis plusieurs générations. Elle remonte aux années 1970, sous le régime de l'empereur Jean-Bedel Bokassa. Arady Fotor, un notable de Birao, en parle : « La légende raconte deux histoires intéressantes liées à ces chiens. Premièrement, il y avait beaucoup de chiens qui souffraient de la rage et ils commettaient beaucoup de dégâts dans la capitale. Ils ont été traqués sur instruction de l'empereur avant d'être transférés dans cette ville. Aussi, plusieurs espèces de chiens plus géantes et costaud ont été envoyés là-bas pour sécuriser la grande prison. À l'époque, de redoutables criminels arrêtés à travers le pays ont été envoyés là-bas. Donc ces chiens dressés avaient pour mission de sécuriser les alentours de la prison. C'est pourquoi, avec le temps, ils se sont reproduits. Et ils traversent des générations. »
Mais derrière cette présence massive de chiens, une question de santé publique s'impose. Car une importante population de chiens errants signifie également des risques liés aux morsures et aux maladies : « Le problème, c'est qu'on ne connaît pas toujours l'état de santé de ces chiens. La plupart ne sont pas vaccinés, ils ne suivent pas de traitement. Il faudrait pouvoir les identifier, les vacciner et surtout sensibiliser la population pour éviter les morsures et les risques liés à la rage. En cas d'épidémie comme la rage ou de maladie infectieuse propre chiens, il sera difficile de les canaliser ils seront dangereux pour la société. »
Certains étrangers, acteurs humanitaires ou encore des visiteurs de passages à Birao repartent souvent avec des chiots de ces races afin qu'ils reproduisent chez eux ou dans leurs régions.
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