Fatiha Keloua-Hachi : «La France Insoumise n’est pas un ennemi, pas même un adversaire»

Épisode de L'Atelier politique par RFI · 19 septembre 2026 · 39 min

Députée socialiste de la huitième circonscription de Seine-Saint-Denis et ancienne professeure de lettres pendant près de trente ans, Fatiha Keloua-Hachi revient sur la primaire à venir du Parti socialiste, la suspension du député Philippe Brun et son combat contre les violences scolaires. Invitée de l'Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.

Une primaire, un outil démocratique à saisir

Alors que plusieurs candidatures s'affrontent déjà à gauche, le Parti socialiste s'apprête à organiser une primaire pour la présidentielle de 2027. Fatiha Keloua-Hachi ne cache pas son enthousiasme. « Je crois en la démocratie et je crois au débat démocratique. Il n'y a pas plus merveilleux que des gens qui s'affrontent sur des idées », affirme-t-elle. Dans sa ville de Rosny-sous-Bois, un débat de la primaire sera organisé pour toute la Seine-saint-Denis.

Sur le principe même des primaires, apparues il y a une quinzaine d'années, elle distingue deux plans. « Si on se place du côté des électeurs, je pense que c'est une bonne chose. J'ai vu de l'enthousiasme dans les primaires précédentes », note-t-elle. Sur la fabrique interne du candidat, en revanche, elle se montre plus réservée : « Là, franchement, je suis plus mesurée. Je ne suis pas contre la primaire, je ne suis pas pour la primaire, mais c'est un outil démocratique, il faut s'en saisir. »

Philippe Brun écarté : « Je ne présume absolument pas de sa culpabilité »

Annoncé parmi les candidats à la primaire, le député socialiste Philippe Brun a finalement été écarté quelques minutes avant la date limite de déclaration, en raison d'accusations portées par une ancienne collaboratrice. Il conteste ces accusations et affirme avoir appris sa suspension « avec stupeur ».

Fatiha Keloua-Hachi défend le choix du parti en le comparant à une pratique de l'Éducation nationale. « On a une mesure conservatoire d'éviction d'une personne accusée. C'est important d'avoir ces mesures, ça ne préjuge absolument pas de la culpabilité de la personne », explique-t-elle. Elle y voit aussi un signal politique : « Pour le Parti socialiste, ça veut dire quelque chose clairement de notre position féministe. Une femme dénonce, on prend en compte cette dénonciation. »

Sur le fond du dossier, la députée dit ne pas le maîtriser et se refuse à tout jugement sur son collègue, qu'elle dit bien connaître. « Il va trouver, je pense, ses moyens d'expliquer et d'expliciter. Mais en attendant, je pense que le parti a bien fait », conclut-elle.

Face à La France insoumise : « Ce ne sont pas du tout mes ennemis »

Alors que Jean-Luc Mélenchon écarte toute idée de primaire à gauche, Fatiha Keloua-Hachi refuse de désigner La France insoumise comme un adversaire. « Ma vie, je l'engage contre le Rassemblement national et contre l'extrême droite. Tout le reste, tous les autres, pour moi, ce ne sont pas du tout mes ennemis, même pas mes adversaires. Je peux travailler avec absolument tout le monde », affirme-t-elle, rappelant qu'à l'Assemblée nationale, socialistes et insoumis votent souvent les mêmes textes.

Elle formule toutefois une réserve claire sur le fonctionnement du mouvement mélenchoniste. « J'ai du mal avec le fait que le candidat ne soit pas désigné démocratiquement », affirme-t-elle, tout en refusant de « diaboliser » La France insoumise. « Il y a un problème démocratique à la France insoumise et ils doivent s'en rendre compte, et même le dénoncer eux-mêmes. »

De la précarité étudiante aux violences scolaires

Défendue par Fatiha Keloua-Hachi, la proposition de loi sur le repas à 1 € pour les étudiants, rejetée une première fois puis adoptée en 2024, reste selon elle inachevée. « Je suis très fière du repas à 1 €, mais il y a un goût d'inachevé, parce qu'il y a un autre angle de la précarité étudiante qui est énorme : le logement », précise-t-elle.

Ancienne présidente, en 2025, de la commission d'enquête sur le contrôle de l'État et la prévention des violences dans les établissements scolaires, ouverte après les révélations sur Notre-Dame de Bétharram, elle reçoit encore « une dizaine de témoignages par semaine » et transmet chaque semaine plusieurs signalements à la justice au titre de l'article 40. Elle pointe un manquement précis de l'Éducation nationale : « Lorsqu'un enseignant est en mesure conservatoire, il ne devrait pas pouvoir enseigner dans une autre académie. Or, on a vu que ça a été le cas très souvent. Il y a des agresseurs en série qui vont d'un établissement à l'autre. » Elle dénonce également l'absence de contrôle dans le privé : « Il y a un gros sujet sur les inspections des établissements privés. »

Logement : le désaccord avec le Rassemblement national

Lors de sa rentrée à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a proposé de réserver le logement social et les aides au logement aux Français et d'abroger la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants. Pour Fatiha Keloua-Hachi, ce thème prospère sur un terrain bien réel. « Il n'y a pas de logement en France, il y a très peu de construction. La France s'est paupérisée », observe-t-elle, citant l'exemple de professeurs incapables de payer la cantine de leurs enfants.

Mais sur la loi SRU elle-même, la députée dit ne plus suivre le Rassemblement national. « En Seine-saint-Denis, on a des communes qui ne construisent pas de logements sociaux et qui préfèrent payer des pénalités plutôt que de construire, alors qu'il y a un besoin énorme. Il va falloir qu'elle s'explique : sans la loi SRU, beaucoup de communes ne construiront plus rien du tout », prévient-elle.

Interrogée pour finir sur le second tour de la présidentielle, Fatiha Keloua-Hachi ne s'aventure guère au-delà d'un pronostic prudent : un « homme de gauche » face à un adversaire encore incertain. Et l'autre pourrait être une femme ? « Peut-être », glisse-t-elle.

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« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le…

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