L'Orchestra Baobab, cinquante ans de carrière et un disque «Made in Senegal»

Épisode de Le choix musical de RFI par RFI · 23 octobre 2026 · 6 min

C'est l'un des groupes les plus mythiques du paysage musical sénégalais : l'Orchestra Baobab est de retour, cet automne, avec Made in Senegal, leur premier album studio en près de dix ans. 50 ans après les premiers pas du groupe, la formation prend le temps, sur ce disque, de célébrer un demi-siècle de carrière et les figures de ceux qui sont partis, tout en ouvrant la porte à une nouvelle génération de musiciens.

Rythmes afro-cubains, jazz, titres inspirés de la tradition wolof : en un demi-siècle d'existence (une longévité rare pour un groupe de musique !), l'Orchestra Baobab a su garder la signature qui rend ses titres reconnaissables entre tous, du très culte « Utrus Horas » à « Ndongo Daara » en passant par « Boulmamine ». C'est donc sans surprise, mais avec plaisir, que l'on retrouve les sonorités du « Baobab » sur les douze titres qui composent Made in Senegal, premier album studio du groupe depuis Made in Dakar, sorti en 2017.

Rendre hommage à ceux qui sont partis

En un peu moins d'une décennie, la physionomie du groupe a bien changé. Les racines du Baobab - Rudy Gomis, Balla Sidibé, Issa Cissokho ou Thione Seck - ont disparu, la faute notamment à la pandémie de coronavirus. « Le covid, c'était terrible » souffle le percussionniste Taga Koïté, dernier membre fondateur encore en vie et qui se considère comme « le dernier des Mohicans, » voire « le gardien du temple. »

Made in Senegal fait donc la part belle aux titres-hommage à ces disparus toujours bien présents - « on ne les oubliera jamais ! » martèle Taga Koïté -, en ouvrant sur « Ana Maria », une composition de Rudy Gomis, puis « Tioro Bye Samba », titre culte de Thione Seck. Car même partis, il est important de célébrer ceux « qui m'ont tout donné, » se souvient Taga Koïté, ceux « avec qui on a inventé notre propre musique et joué sur toutes les scènes du monde. »

Le Baobab étend ses branches

Pour autant, cet album était aussi l'occasion de se tourner vers le futur. Peu à peu, l'Orchestra Baobab a intégré de nouveaux membres - le bassiste Malick Sy, le saxophoniste Wilfrid Zinzou dont « Gorgorlou » est l'une des compositions originales. « Le baobab, c'est une grande famille, sourit Taga Koïté. Et j'ai eu la chance de rencontrer des fils et des filles avec qui on s'entend bien, et qui sont prêts à reprendre le flambeau. »

Pour la première fois, l'Orchestra Baobab ouvre également ses portes aux femmes : depuis 2023, Korka Dieng a rejoint la formation en tant que chanteuse principale. Et si elle s'amuse qu'il ne soit « pas toujours facile » de n'être entourée que d'hommes, elle se réjouit surtout d'avoir trouvé, dans cet arbre semi-centenaire, « des frères et des papas. » C'est donc sa voix que l'on entend reprendre avec enthousiasme des classiques du groupe, mais aussi des titres inédits. « Sur "Casamance" par exemple, on voulait rendre hommage à ces femmes casamançaises, mais partout ailleurs dans le monde aussi, qui se lèvent tôt pour travailler, que l'on voit partout. » « Désolée les hommes hein ! » ajoute-t-elle dans un éclat de rire.

C'est cette joie qui transparait sur Made in Senegal, la joie d'être toujours là 50 ans plus tard, malgré les coups durs de la vie ; celle de continuer à vivre l'incroyable aventure du Baobab, avec un espoir : celui de pouvoir, un jour, fêter le centenaire de cet arbre inébranlable.

Orchestra Baobab Made in Senegal (Strut Records), sortie le 23 octobre 2026

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