Sur son premier album «Aba», Sulaf raconte une histoire de famille et d'exil
Épisode de Le choix musical de RFI par RFI · 9 octobre 2026 · 6 min
Une histoire de traditions, de famille, et d'exil, racontée en une dizaine de titres : ce vendredi 9 octobre 2026, l'artiste soudanaise Sulaf a sorti son premier album Aba, du nom de son arrière-grand-père. Au fil des chansons piochées dans le répertoire de ce poète soufi, la compositrice et joueuse de oud rend hommage à ses ancêtres, autant qu'à son pays, dans lequel elle n'a pu retourner depuis 2022 à cause de la guerre.
Lorsqu'elle quitte le Soudan pour la France en 2022, Sulaf ne prend dans ses valises que son oud, quelques vêtements, et des enregistrements de son grand-père : après tout, le voyage n'est censé durer que quelques mois. Mais quelques mois plus tard, la guerre éclate dans son pays natal... en quatre ans, Sulaf n'est jamais retournée au Soudan.
Un ancêtre soufi comme étoile du berger
Dans cette France qu'elle « ne connaissait pas, avec des gens qu'elle ne connaissait pas », Sulaf se tourne alors vers ce qu'elle connaît intimement : la musique de son arrière-grand-père, Abdelazim Sayed Ahmed, poète soufi dont les textes et les chants ont bercé son enfance. C'est donc tout naturellement que la voix de cet ancêtre, enregistrée sur cassette lorsqu'elle était encore au Soudan, apparaît dès les premières minutes de l'album (Bitti Alhitali), avant de laisser la place à celle, aérienne et puissante, de Sulaf. Alternativement légère ou rauque, elle est toujours chargée d'une émotion qui traduit la connaissance intime de ces compositions. « Je voulais rendre hommage à mon arrière-grand-père, sourit la jeune femme, car j'ai grandi avec ses chansons. À mesure que je grandissais, je me suis rendue compte que les valeurs que ses textes véhiculaient m'apportaient les réponses à de nombreuses questions. »
Et parmi ces interrogations, celle de l'identité : « Quand j'ai décidé de me lancer professionnellement, j'ai voulu commencer par qui j'étais, d'où je venais, se souvient Sulaf. Et c'est devenu de plus en plus important avec la guerre. Car ces chansons, ces histoires, se sont les seules choses qui peuvent répondre à la question de l'identité et des souvenirs. » Avec le temps, plus qu'un album, le projet est devenu pour la jeune femme une « responsabilité », celle de « conserver un trésor ».
La patte de Maxime Kosinetz
La chanteuse ne s'est pas contentée, cependant, de reprendre tels quels les titres de son aïeul. Epaulée par le producteur Maxime Kosinetz, rencontré lors de collaborations avec Imarhan et Tinariwen, la jeune femme a mâtiné les sonorités bluesy héritées du nord du Soudan, et la folk issue de la région nubienne, d'influences plus contemporaines. Au gré des titres, les notes de oud rencontrent donc des basses, des violons, et surtout des nappes de synthétiseurs dont le producteur français est friand (Naada). « Ce genre d'arrangements, c'est différent de ce à quoi je suis habituée !, admet la musicienne. Mais j'aime le travail de Maxime et j'ai l'impression que, maintenant, l'album me ressemble vraiment : très soudanais à l'intérieur, mais avec des informations en plus ».
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Aba est donc, au-delà d'un hommage et d'une déclaration d'amour au Soudan, le miroir du parcours de la chanteuse. Une façon aussi de se recréer une communauté, et donc d'être fidèle au message de son arrière-grand-père : « Il était très tourné vers la communauté, conclut Sulaf. L'important, c'est de vivre à travers le "nous", et pas à travers le "je" ».
Sulaf, Aba, sortie le 9 octobre 2026 (Real World Records)
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