Finale de la CAN 2025: «Si vous avez accepté de jouer, vous devrez accepter le résultat qui en découle»

Épisode de Le grand invité Afrique par RFI · 8 octobre 2026 · 7 min

Maroc ou Sénégal, qui va être déclaré vainqueur de la dernière Coupe d'Afrique des nations de football qui s'est jouée en janvier dernier ? C'est tout l'enjeu de la réunion à huis clos du Tribunal arbitral du sport (TAS), ce jeudi 8 octobre à Lausanne, en Suisse. Aucune décision ne sera rendue dès aujourd'hui, mais les deux pays vont plaider devant le tribunal. Joseph-Antoine Bell a été un grand international camerounais. Il est aujourd'hui consultant pour RFI et expert auprès de la Confédération africaine de football (CAF).

RFI: Joseph-Antoine Bell, au vu de la passion qui entoure cette affaire, est-ce que le tribunal arbitral du sport est en mesure de rendre une décision impartiale ?

Joseph-Antoine Bell: Elle devrait l’être. En théorie, le Tribunal arbitral du sport a été créé pour éviter que les affaires du sport n’aillent dans les tribunaux ordinaires. Et donc, le tribunal est censé rendre la justice eu égard aux textes que chacun devrait connaître, même si on ne les connaît pas toujours.

Le 18 janvier, le Sénégal a battu le Maroc (1-0 a.p) en finale de la CAN 2027. Deux mois plus tard, le 17 mars, le jury d’appel de la CAF, la Confédération africaine de football, a inversé le résultat et a donc déclaré que le Maroc avait battu le Sénégal par forfait (3-0). Comment expliquez-vous ce coup de théâtre ?

Ce qui s’est passé, c’est que le Maroc a porté plainte, a porté l’affaire devant les instances que tous les gens du foot, joueurs ou encadreurs et administrateurs, connaissent. Tout le monde sait qu’on a la possibilité d’écrire pour réclamer quelque chose quand on croit qu’on a été victime d’une injustice eu égard au règlement.

Donc cette affaire est particulière parce qu’il s’agit de la finale, mais des résultats de foot qui ont été inversés dans un bureau, ça existe, et ça existe dans les fédérations elles-mêmes, dont aucune ne pourrait dire que ce qui arrive n’arrive pas dans son propre championnat.

Le principal argument des Marocains, c’est de dire que comme la plupart des joueurs sénégalais ont quitté le terrain pendant une douzaine de minutes, cela vaut abandon et leur équipe doit donc être considérée comme perdante et éliminée de la compétition. Qu’en pensez-vous ?

À mon avis, on a un problème de morale en général : l’esprit chevaleresque du sport et du foot, puis on a la légalité. Maintenant, au vu de la réglementation, oui, les dirigeants marocains ont forcément raison d’aller de porter une réserve.

Mais au regard de l’esprit du jeu, si vous avez accepté de jouer, vous devriez accepter le résultat qui en découle.

Le principal argument des Sénégalais, c’est de dire que, l’arbitre congolais du match n’a jamais constaté un abandon ni un arrêt définitif du match et qu’au contraire il a autorisé la reprise du jeu, ce que les Marocains ont accepté. Est-ce que cet argument vous paraît valable ou pas ?

Christophe, je suis embêté parce qu’on ne porte réserve que sur des erreurs commises par l’arbitre. Et donc, si vous entérinez ce que l’arbitre a fait, ça veut dire que vous ne porterez jamais de réserves.

C’est précisément parce que l’arbitre est autorisé à se tromper, mais à être corrigé par les instances, que les Marocains ont raison d’aller écrire par la suite. Sur le coup, l’arbitre a commis une faute, mais il faudrait expliquer à tout le monde que, dans l’esprit, il n’était possible à aucun homme – je dis bien à aucun homme – d’arrêter le match à ce moment-là, parce que tous ceux qui sont dans le stade veulent voir le dénouement du match et tous ceux qui sont chez eux devant la télé veulent voir la fin du match.

À lire aussiLe TAS va-t-il enfin désigner le vainqueur de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal ?

Donc il n’est pas possible qu’humainement l’arbitre prenne sur lui pour dire que, comme vous êtes sortis et que je vous ai attendus, on arrête et puis vous avez perdu le match. Dire ça au public aurait causé encore plus de dégâts qu’il y en a eu ce jour-là. On a un exemple, c’est le Heysel (NDLR : drame survenu le 29 mai 1985 au stade du Heysel de Bruxelles (Belgique), où une bagarre généralisée et un mouvement de foule avaient entrainé la mort de 39 personnes) il y a très longtemps.

Donc l’arbitre a autorisé le match à reprendre. Aujourd’hui, il n’est pas possible de nier que le Sénégal est sorti du terrain, et on peut reprocher aux dirigeants marocains, aux administratifs marocains, de vouloir gagner un trophée sur tapis vert.

Le 19 janvier, au lendemain de la finale, le président de la Fifa a dit par communiqué qu’il condamnait fermement le comportement de quelques joueurs sénégalais et des membres de leur staff technique, et qu’il invitait les instances disciplinaires de la CAF à prendre les mesures appropriées. Est-ce que, par ce communiqué, Gianni Infantino n’est pas sorti de sa neutralité et n’a pas fait pression sur la CAF pour qu’elle inverse le résultat du match ?

Je ne suis pas sûr qu’il pensait forcément au résultat du match. Et puis évidemment, je connais la rengaine : on est Africain, puis après on est subsaharien, puis après on est noir.

Non, ce qui s’est passé ce jour-là n’était pas à la hauteur, non pas par la faute de l’arbitre, mais par la faute d’un entraîneur (NDLR : Pape Thiaw) qui a été impulsif. Pour ceux qui ont écouté RFI, je le disais en direct, ce n’était absolument pas l’attitude à avoir. On ne peut pas, quand on est encadreur, ne pas savoir que sortir du terrain vous fait perdre le match et qu’il ne faut pas le faire.

Et ce jour-là, après le match, je suis content de savoir que l’entraîneur sénégalais, une fois la finale terminée, la première des choses qu’il a faite en conférence de presse, c’est de présenter ses excuses.

Joseph-Antoine Bell, merci.

Merci.

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