RDC: «Le pic de l'épidémie Ebola est derrière nous», selon le ministre congolais de la Santé
Épisode de Le grand invité Afrique par RFI · 15 octobre 2026 · 14 min
« Oui, le virus Ebola se déplace vers la province du Nord-Kivu, mais le pic de l'épidémie est derrière nous et nous espérons le lancement d'un vaccin d'ici deux mois », déclare ce jeudi 15 octobre sur RFI le ministre congolais de la Santé publique, de l'Hygiène et de la Prévoyance sociale. En ligne de Kinshasa, le ministre Samuel Roger Kamba, qui est aussi médecin pédiatre, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : À ce jour, combien de cas Ebola et combien de décès dus à Ebola sont enregistrés dans votre pays ?
Samuel Roger Kamba : Nous sommes au-delà de 9 000 cas et au-delà de 4 300 décès. On est autour d'une mortalité de 48,2 %.
C'est-à-dire que, malheureusement, près d’un patient sur deux décède ?
À peu près oui.
Est-ce à dire, Monsieur le ministre, que le pic de l'épidémie n'est toujours pas atteint ?
Non, cela n'a rien à voir. Le pic, c'est le nombre de nouveaux cas par jour, le plus élevé que nous avons, et le nombre de décès par jour, le plus élevé. Alors, au plus haut de l'épidémie, nous avons atteint à peu près 120 nouveaux cas par jour et nous avons atteint à peu près 50 décès par jour. Et donc, actuellement, nous sommes autour de 50 à 70 cas nouveaux par jour. C'est pour cela que nous disons que le pic est dépassé parce que ce sont des données qui sont consolidées sur plusieurs semaines, ce ne sont pas des données journalières. Donc, quand nous disons que le pic est passé, cela ne veut pas dire que l'épidémie est passée. Cela veut dire que le nombre de nouveaux cas a baissé et le nombre de décès par jour a baissé et est en train de baisser. C'est pour ça que nous disons que le pic est passé.
Alors, plusieurs ONG, dont Médecins sans Frontières, affirment qu'après la province de l'Ituri, il y a maintenant une flambée de l'épidémie dans la province du Nord-Kivu. Est-ce que vous le confirmez ?
Je le confirme. Vous savez, la particularité de cette épidémie, c'est la mobilité. On voit que cette épidémie a commencé malheureusement dans une zone minière, qui est la zone de Mongbwalu, en Ituri. Et cette zone minière a bien entendu, comme toutes les mines, beaucoup de personnes qui viennent y travailler sans nécessairement résider de manière permanente dans la zone. Mais la conséquence est que, dès qu'elles tombent malades, qu'est-ce qu'elles font ? Elles essaient de rentrer chez elles. Et c'est ça qui a fait que l'épidémie s'est répandue très, très vite dès le départ. Parce que dans la zone de Mongbwalu, on trouve beaucoup d'habitants du Nord-Kivu qui viennent travailler, bien sûr comme commerçants ou comme mineurs. Dès qu'elles tombent malades, ces personnes rentrent chez elles et c’est donc difficile à suivre. La deuxième chose, c'est que cette épidémie est arrivée en Ituri, qui est un carrefour commercial très important, et donc les foyers qui sont très actifs sont à la frontière entre le Nord-Kivu et l'Ituri. Et effectivement, on a plus de nouveaux cas maintenant au Nord-Kivu qu’en Ituri. C'est pour ça que ces ONG disent - elles ont raison - que l'épidémie, en termes d'épicentre, s'est déplacée vers le Nord-Kivu. Maintenant, quand je dis, moi, que le pic est dépassé, c'est que je compte le nombre total de nouveaux cas par jour, que ce soit dans le Nord-Kivu et dans l'Ituri. Et quand on compare au taux que je vous ai dit tout à l'heure, on était autour de 120 nouveaux cas par jour, aujourd'hui, on est entre 50 et 70 nouveaux cas par jour. C'est variable. Il y a des jours où on a beaucoup plus et des jours où on a beaucoup moins, mais lissé sur trois semaines, on est entre 50 et 70 nouveaux cas par jour. Et c'est pour ça que nous disons que le pic est derrière nous. Mais c'est aussi pour cela que nous disons que le Nord-Kivu est l'endroit que nous regardons avec plus de vigilance maintenant, notamment trois endroits à Beni, à Butembo et Katwa. Ce sont des endroits que nous regardons avec beaucoup, beaucoup de vigilance maintenant. D'ailleurs, notre incident manager, le professeur Ahuka, est sur place à Beni parce que nous voulons absolument stopper cette épidémie là-bas.
Prenons le cas, justement, de ces deux grandes villes du Nord-Kivu que sont Beni et Butembo, et qui sont sous le contrôle gouvernemental. Est-ce que vous y avez à présent suffisamment de personnel congolais et international, et suffisamment de matériel et de centres de soins ?
Absolument. Et sur place, à Beni, nous avons mis le laboratoire pour pouvoir diagnostiquer le plus rapidement possible. Nous avons mis les équipes de traitement. Parce que vous savez que maintenant nous utilisons un protocole qu'on appelle protocole Meuri, qui nous permet effectivement d'utiliser des médicaments déjà connus comme le Remdésivir. Ce médicament montre des résultats très positifs quand on le donne aux malades rapidement, sans qu'il soit déjà trop tard, et quand on le donne aux personnes contact pour qu'elles ne développent pas la maladie. Et donc nous avons ces équipes de traitement qui sont déjà à Beni pour ça.
Qu'en est-il, Monsieur le ministre, des zones qui sont sous le contrôle des rebelles et qui sont aussi touchées par le virus Ebola ? Je pense notamment aux localités de Kayna et d'Alimbongo.
D'abord, vous savez que nous n'avons pas de contact avec les rebelles et donc nous n'avons pas nécessairement les informations fiables. Mais, ce qui est certain, c'est que nos équipes parviennent à nous transmettre les résultats et, justement, nous donnent de temps en temps des résultats que nous pouvons évaluer. Mais le problème, c'est que quand nous avons des résultats de laboratoire, ça ne dit rien par rapport à la situation réelle des malades dans ces zones contrôlées.
Est-ce que la lutte contre ce virus ne pourrait pas être une cause commune à tous les Congolais, quel que soit leur bord politique ou militaire ? Est-ce que cette lutte ne pourrait pas être à l'ordre du jour des prochains pourparlers au Qatar, si jamais il y en a de nouveau ?
Dès le départ, si vous vous rappelez, de cette épidémie, nous avons dit, et moi personnellement je l'ai dit : l'épidémie n'a pas de frontières. Nous avons demandé en ce temps-là que nous puissions avoir le contrôle. Parce que je vous donne un exemple. Un malade qui est dans la zone que nous contrôlons, nous cherchons à savoir quelles sont les personnes avec lesquelles il a été en contact. Et c'est très important, le suivi des contacts. Mais cette personne se déplace et elle rentre dans la zone sous contrôle rebelle. Nous n'avons plus de contact avec la personne, mais nous n'avons plus, non plus, le moyen de suivre ses contacts. Et donc, nous perdons effectivement la possibilité de savoir combien de personnes sont contaminées par cette personne-là. Nous avons dès le départ dit qu’il fallait que le gouvernement contrôle l'épidémie sur toute la zone, parce qu’un cas qui revient d'on ne sait d'où, ce cas va entraîner une résurgence de l'épidémie. Et pourquoi nous ne pouvons pas laisser ça aux mains des rebelles ? Premièrement parce que c'est la souveraineté du Congo, mais deuxièmement, parce que l'organisation sanitaire est sous notre contrôle de manière générale.
Donc, vous ne reconnaissez pas aux rebelles les compétences pour gérer l'épidémie, mais vu qu'ils occupent une partie importante de la province du Nord-Kivu, est-ce qu'il ne faut pas que vous partagiez des informations avec eux ?
On ne peut pas. On n'a pas de canaux de travail avec eux, nous n'en aurons pas. Mais les organisations internationales comme l'OMS, comme l'Unicef, sont là. Et vous vous rappelez que ce n'est pas la première épidémie que nous avons. Nous avions déjà le Mpox, et nous avions déjà demandé des couloirs pour que nous puissions, nous, ramener nos équipements pour soigner, pour vacciner, pour donner les intrants à nos populations. Et déjà pour les organisations internationales, c'était très difficile. Donc nous ne leur reconnaissons ni compétence, ni légalité, pour faire quoi que ce soit.
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À propos du podcast
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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