Ebola: «Aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance», affirme le Dr Jean Kaseya
Épisode de Le grand invité Afrique par RFI · 22 octobre 2026 · 13 min
Le Nigeria est sous le choc après l'annonce d'un premier cas Ebola en provenance d'Ouganda. Le docteur Jean Kaseya informe jeudi 22 octobre que cette patiente n'est jamais passée au préalable par la RDC, ce qui veut dire que, contrairement au discours officiel de Kampala, le virus circule en Ouganda. Cette patiente n'a été diagnostiquée Ebola que 16 jours après son arrivée au Nigeria, poursuit le médecin, ce qui signifie qu'il y a aujourd'hui beaucoup de cas contacts. Jean Kaseya est le directeur général d'Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, et répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : Un premier cas Ebola au Nigeria, est-ce très inquiétant ?
Dr. Jean Kaseya : ça montre que l'épidémie est sérieuse. Nous nous attendons effectivement à de nombreux cas contacts. Je parle très régulièrement avec le ministre de la Santé du Nigeria, le professeur Muhammad Ali Pate, qui fait un excellent travail. Effectivement, cette patiente est rentrée à Abuja le 3 octobre. Elle a eu des symptômes à partir du 6. Elle a été dans un premier centre privé, dans un deuxième et puis après elle a été hospitalisée le 11 octobre pour qu'elle soit diagnostiquée le 19 octobre. Donc, effectivement, nous nous attendons à ce qu'il y ait beaucoup de cas contacts.
Avant d'arriver à Abuja, elle est passée par Entebbe en Ouganda en provenance de RDC, c'est ça ?
Non, elle n’est jamais allée en RDC. Elle est partie avec son mari deux semaines en voyage à Kampala et elle n'a jamais quitté Kampala. Et puis, elle a voyagé de Kampala à Abuja via Addis-Abeba. Et donc, quand elle est arrivée à Abuja, elle a dit qu'elle n'avait pas de symptômes. Et les symptômes ont commencé deux jours après. Je rappelle que la fenêtre pour avoir Ebola part de 0 à 21 jours. Donc vous pouvez être contaminé aujourd'hui, vous pouvez développer la maladie dans trois jours, dans six jours, jusque durant le 20ᵉ jour.
Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que disent les autorités de l'Ouganda, il y a des cas d'Ebola dans leur pays ?
C'est une conversation que nous allons avoir avec les autorités ougandaises pour savoir où exactement la dame était, qui ont été les personnes qui ont été en contact avec la dame. J'appelle aussi à une grande réunion de tous les ministres africains le 28 octobre, pour que nous puissions discuter de ces activités transfrontalières et surtout savoir qu'aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance non seulement à la frontière, mais aussi dans les structures privées et publiques.
À ce jour, combien de cas Ebola sont enregistrés et combien de décès Ebola sont recensés ?
À ce jour, nous en sommes à plus ou moins 9 600 cas en prenant les neuf cas du Kenya. Et j'ai dit à peu près, puisque la situation évolue au quotidien et on a autour de 4 600 décès.
Est-ce que le pic est dépassé ou pas ?
Pour le moment. Premièrement, avec l'extension géographique, vous savez qu'en RDC on a maintenant huit provinces tuchées. Deuxièmement, avec l'extension géographique au niveau africain. Troisièmement, avec le nombre de nouveaux cas qui reste autour de 65 à 70 par jour et surtout avec cette circulation, et il y a beaucoup de cas venant de la communauté, nous disons que l'épidémie est encore sérieuse et elle n'est pas encore sous contrôle.
Le Kenya enregistre neuf cas dont un décès. Est-ce que la Coupe d'Afrique des nations de football, qui est prévue au mois de juin prochain dans ce pays et ses deux voisins, l'Ouganda et la Tanzanie, est compromise ?
Non, non, non. Je vais donner un message très clair. La Coupe d'Afrique n'est pas compromise jusque-là puisque le Kenya effectue un travail merveilleux. Vous allez voir que tous les neuf cas qu’on a répertoriés au Kenya viennent de la liste de cas contacts et l'Ouganda a une liste de contacts très élargie actuellement autour de 140 personnes dans la liste des contacts. Et l'Ouganda a fait un travail merveilleux.
Nous devons faire le ratissage. Vous savez, l'épidémie, elle est toujours sérieuse en RDC et vous avez vu le cas de la personne qui est passée par l'Ouganda pour aller au Kenya. Donc, je pense que, actuellement, dans ces deux pays, un travail important est en train de se faire.
Et donc, moi, je n'ai pas beaucoup d'inquiétudes par rapport à la Coupe d'Afrique. Je vais en parler avec Patrice Motsepe [le président de la Confédération africaine de football, NDLR]. Nous allons avoir une réunion pour discuter de tout cela, mais je pense que l'avis que je vais lui donner sur le plan scientifique, c'est que, jusque-là, il n'y a pas d'inquiétude par rapport à la Coupe d'Afrique.
Il y a une semaine, lors de votre dernier passage à Kinshasa, vous avez dit que sur les 962 millions de dollars mobilisés par la communauté internationale, quelque 700 millions de dollars restaient inconnus aux yeux des autorités de RDC et que c'était inacceptable. Pour certains, en disant qu'il y avait un flou dans la gestion de l'argent contre Ebola, vous avez sous-entendu que cet argent avait été détourné…
On ne peut pas sous-entendre ce que moi-même j'ai dit très clairement. J'ai dit qu'il y avait un flou dans le sens que le gouvernement n'avait pas connaissance de ces ressources. Je n'ai jamais dit que l'argent était détourné. Je n'ai jamais dit que l'argent a été mal utilisé. Donc, pour nous, tout ce que nous voulons, c'est que la souveraineté africaine que nous sommes en train de promouvoir tous les jours passe par le fait que le gouvernement doit connaître tout ce qui arrive sur son sol.
Donc, pas de suspicion ?
Pas de suspicion de notre part, c'est la recherche de l'information. Nous sommes en train de faire un partenariat basé sur le respect et la transparence. Les gouvernements africains veulent travailler avec tout le monde. Africa CDC travaille avec tout le monde, mais nous voulons des partenaires qui puissent venir et travailler en toute transparence avec nous.
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À propos du podcast
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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